BMCR 2022.09.35

The Coptic life of Aaron: critical edition, translation and commentary

, , The Coptic life of Aaron: critical edition, translation and commentary. Vigiliae christianae, supplements, 155. Leiden; Boston: Brill, 2020. Pp. xvi, 327. ISBN 9789004413009 €138,00.

Publiée pour la première fois en 1915 par W.E. Budge[1], ce qu’il convient de nommer aujourd’hui la Vie d’Apa Aaron, fut, à l’époque de Budge, publié sous le titre de «History of the Monks in the Egyptian Desert by Paphnutius», à cause du fait que les premières pages du manuscrit, qui auraient pu nous fournir le titre et l’auteur du texte, sont manquantes. Ce texte fait aujourd’hui l’objet d’une nouvelle édition, revue, augmentée et commentée grâce à Jacques van der Vliet et Jitse Dijkstra.

Le texte qui nous est parvenu est conservé dans deux manuscrits: un ensemble de feuillets de papier provenant d’un recueil de textes, conservé à la British Library, sous la cote Or. 7029, qui fut jadis publié par Budge, et dont les photographies sont aisément consultables sur internet (British Library Digitised Manuscripts Or 7029), et trois fragments de papyrus, retrouvés dans des reliures de livres, qui furent d’abord édités par Jitse Dijkstra[2] (on trouvera dans son édition de belles reproductions photographiques des papyrus).

Une introduction très complète (p. 1-62) présente tout d’abord les circonstances dans lesquelles a été produite l’édition critique qui nous est livrée, les deux manuscrits dont elle tient compte, l’orthographe et la syntaxe des manuscrits, avant d’envisager son contenu de manière large: structure du texte, auteur, date de rédaction (quel les auteurs situent au vième siècle) sources, ainsi que les références historiques auxquels il renvoie. L’édition en elle-même (p. 64-149) présente le texte et sa traduction en miroir, celles-ci étant suivies d’un riche commentaire (p. 150-269), presque ligne à ligne du texte. L’ouvrage se clôt sur une bibliographie et de multiples indexes très complets.

Cette réédition était nécessaire. En effet, comme les auteurs le rappellent dans leur introduction, l’objectif premier de Budge, lorsqu’il publia les manuscrits d’Edfou, était tout d’abord de les rendre accessibles au public dans les plus brefs délais. Il s’agissait donc somme toute d’une édition préliminaire qu’il était nécessaire de reprendre, et ce d’autant plus que de nouveaux fragments sont venus s’ajouter au manuscrit d’Edfou. Cette nouvelle édition permet ainsi de corriger de nombreuses approximations ou erreurs commises par Budge dans son empressement à publier les textes. Et on peut dire que le soin qu’y ont apporté les auteurs en fait une édition très fiable, dont la qualité à elle-seule justifie son existence.

Mais, loin de se limiter à cela, ce volume apporte bien plus qu’une édition. C’est une plongée dans l’univers d’Aaron, son environnement, son histoire, les us et coutumes de son époque, que nous proposent les auteurs à travers leur introduction et leur commentaire.  Ils ont trouvé dans cet ouvrage mainte fois matière à se compléter, nous offrant une transcription du texte très affinée par rapport à celle de Budge, notamment grâce à leur connaissance approfondie des spécificités dialectales propres aux textes d’Edfou/Esna à cette époque: ainsi, ils ont indiqué en apparat les corrections apportées tant au texte édité par Budge qu’au manuscrit. À travers un commentaire détaillé et précis dans lequel aucun aspect de la culture copte n’est laissé de côté, les auteurs proposent d’éclairer le sens de plusieurs vocables rarement attestés et dont le sens reste peu connu, notamment, dans certains cas, avec l’aide du vieux Nubien qui offre parfois certaines possibilités de rapprochement[3].  Mais, si le commentaire des auteurs au texte qu’ils éditent est très riche de remarques lexicales, grammaticales ou orthographiques, avec de nombreux renvois à des textes variés, il est loin de s’arrêter aux traits relatifs à la langue.

Ainsi, certains points d’histoire ou de littérature sont abordés et traités de manière détaillée. Le miracle du pauvre homme et de l’homme riche (§109-115), par exemple, donne lieu dans son commentaire à de nombreux renvois, scripturaires autant que littéraires, les rapprochements avec d’autres textes étant chaque fois évoqués: ce type de miracle, en effet, étant un peu un « lieu commun » de la littérature ancienne, les exemples de rapprochements ne manquent pas, puisque les déclinaisons de ce motif, inspiré des évangiles, sont multiples dans la littérature.

En somme, c’est un excellent ouvrage, qui, bien que donnant à lire un texte qui était déjà connu du public, en présente une version revue, corrigée, améliorée, et même augmentée d’un papyrus. Enfin, le commentaire permet d’approfondir le texte, et de le replacer dans son contexte historique, géographique, linguistique ou littéraire. La lecture de ce bel ouvrage est donc aussi intéressante qu’enrichissante, son sérieux et son exhaustivité sont manifestes, et il ne reste qu’à souhaiter qu’il inspire un aussi grand nombre que possible d’éditeurs de textes.

 

Notes

[1] E.A. Wallis Budge, Miscellaneous Coptic Texts in the Dialect of Upper Egypt, Londres, 1915, p. lvi-lix (introduction), 432-495 (texte) et 948-1011 (traduction).

[2] J. Dijkstra, « The Earliest Manuscript of the Coptic Life of Aaron (British Library Or. 7558 [89] [93] [150]) », Vigiliae Christianae 69, 2015, p. 368-392.

[3] Voir par exemple p. 254-255 du commentaire au § 117.