BMCR 2026.02.16

Voci di donne nell’epica: personaggi e modelli poetici femminili nell’Iliade e nell’Odissea

, Voci di donne nell'epica: personaggi e modelli poetici femminili nell'Iliade e nell'Odissea. Lingue e letterature Carocci. Rome: Carocci Editore, 2023. Pp. 156. ISBN 9788829020874.

Cecilia Nobili traite ici des « Voix de femmes dans l’épopée » dans un style alerte, sans jargon, en six chapitres bien charpentés. Le premier chapitre rassemble les femmes de l’épopée autour des thèmes du tissage, du chant et de la mémoire, en commençant assez loin de l’épopée, par l’évocation de la « voix silencieuse » de Philomèle dans le roman d’Achille Tatius, qui communique par les images. Le deuxième présente la prière aux dieux comme prérogative féminine, en se fondant sur les prières de Thétis, d’Hécube via la prêtresse Théano, et de Pénélope. Le chapitre 3 développe les « voix dangereuses » de la lamentation funèbre « entre poésie et rituel » en montrant la proximité du goos et du threnos des « mères douloureuses » homériques, Thétis, Hécube et Pénélope, avec la poésie lyrique, pour finir sur la lamentation d’épouse et l’auto-commisération d’Andromaque. « Nausicaa et la poétique nuptiale » font l’objet du chapitre 4, les « noces manquées » de la princesse phéacienne évoquant Sappho et l’Épithalame d’Hélène de Théocrite. Le chapitre 5 porte sur « les femmes aux marges : Circé, Calypso et la poétique de l’exclusion », Calypso incarnant une poétique « féministe » dans un monologue fameux, tandis que le langage de Circé la rapproche de la magie et de la prophétie. Le chapitre 6 rapproche Hélène et Pénélope comme deux alter ego d’Homère : Hélène, ses vies et ses voix multiples, son attachement aux klea andrôn ; Hélène et Pénélope rapprochées par le langage prophétique (le prodige interprété par la première pour Télémaque et le rêve de la seconde). :Le dernier paragraphe enfin se concentre sur les « voix silenciées » de Pénélope : silence imposé par Télémaque quand elle souhaite que l’aède Phémios évite des thèmes douloureux pour elle, mais surtout, récit de ses nuits passées à pleurer à l’image d’Aédon pleurant son fils Itylos, puisque c’est ainsi que la douleur se mue en poème.

C’est je crois le premier ouvrage qui présente de manière synthétique les femmes de l’Iliade et de l’Odyssée[1], à la suite de nombreuses monographies consacrées à Hélène, à Pénélope, à Calypso, aux Muses ou aux Sirènes, et de nombreux travaux sur le genre et la sexualité[2]. La bibliographie internationale est bien connue, mobilisée dans une annotation pertinente et sans féminisme partisan. L’auteure rend bien compte, en un nombre de pages limité, des fines nuances de l’âme des femmes homériques, qu’elles soient déesses ou humaines, des douleurs qu’elles partagent et des innombrables lamentations qu’elles entraînent. Le destin des femmes, lié au kleos des hommes, est essentiellement tragique, mais permet l’expression poétique d’une manière indirecte. On a longtemps eu l’impression que l’épopée était un genre essentiellement masculin, faisant l’éloge de l’héroïsme des hommes, mais cette lecture contribue à faire prendre conscience de la face féminine, douloureuse, de cet héroïsme.

Un livre à recommander vivement donc.

 

Notes

[1] Signalons l’article d’Emily Hauser dans le récent Cambridge Companion to Ancient Greek Epic édité par Emma Greensmith (2024), que l’auteure ne pouvait pas connaître au moment de la publication.

[2] On pourrait ajouter les références suivantes : Sexuality and Gender in the Classical World, Laura McClure ed., Malden, Blackwell, 2002 et The Distaff Side: Representing the Female in Homer’s Odyssey, Beth Cohen ed., Oxford, 1995 (en particulier Froma Zeitlin, « Figuring Fidelity in Homer’s Odyssey »).