Bryn Mawr Classical Review

BMCR 2019.11.40 on the BMCR blog

Bryn Mawr Classical Review 2019.11.40

Dorota Gorzelany, Macedonia - Alexandria: Monumental Funerary Complexes of the late Classical and Hellenistic Age.   Oxford:  Archaeopress, 2019.  Pp. iv, 236.  ISBN 9781789691368.  £32.00.  


Reviewed by Vincent Jolivet, CNRS, UMR 8546, Paris (vincent.jolivet@ens.fr)

Table of Contents

Ce volume se propose de comparer les pratiques funéraires en vigueur en Macédoine et à Alexandrie entre le milieu du IVe siècle et celui du IIe siècle av. J.-C. en fonction d’une vision très ample, puisqu’il traite aussi bien de l’architecture que du mobilier des tombes, et de ce qu’ils nous apprennent des cultes rendus aux morts. En rapprochant ces deux régions, il pose donc la question de la transmission de l’héritage macédonien à Alexandrie après la création du royaume lagide.

Le corps de l’ouvrage est organisé en fonction de 5 chapitres proposant systématiquement une présentation paratactique de ces deux aires: synthèse historique (chapitre 1); types de complexes funéraires en Macédoine (chapitre 2) et à Alexandrie (chapitre 3); symbolisme des formes architecturales en Macédoine (chapitre 4) et à Alexandrie (chapitre 5). Ce choix de présentation a manifestement été conçu pour faciliter le rapprochement des données issues de ces deux contextes, mais il est probable qu’une division plus simple de l’ouvrage en deux parties (Macédoine, Alexandrie) en aurait rendu la lecture plus fluide. Achevé en 2004 (p. 10), le manuscrit du livre a fait l’objet par la suite d’intégrations bibliographiques dont les dernières références remontent à 2014. 1 En dépit des inévitables lacunes relevant de l’écart entre ses dates de rédaction et de publication,2 l’ouvrage se présente comme une véritable mine d’indications bibliographiques, avec un nombre total de références de l’ordre du millier (p. 200-232).

L’introduction propose un rappel utile de l’histoire de la recherche et esquisse une typologie des sépultures macédoniennes. L’auteur réserve la dénomination de « Macedonian tomb » à un type précis, propre à cette aire géographique: les tombes sous tumulus présentant un dromos et une façade plus ou moins monumentale, précédant une chambre carrée couverte en berceau, normalement à déposition unique, éventuellement dotée d’un vestibule. Ces tombeaux, qui apparaissent comme un véritable marqueur de la présence de l’aristocratie macédonienne dans le Nord de la Grèce, ont été imités ailleurs, en particulier en Italie méridionale. Ils sont manifestement aux antipodes des grands tombeaux collectifs d’Alexandrie, ce qui pose d’emblée la question de la pertinence du rapprochement de ces deux aires géographiques, ultérieurement compliquée par les problèmes de datation de la plupart des monuments considérés — notamment en contexte alexandrin —, faute d’études suffisamment approfondies, ou en raison des pillages dont ils ont fait l’objet.

Le premier chapitre apporte un éclairage historique bienvenu sur la période considérée, mais dont le suivi nécessite le recours aux plans publiés plus loin dans le volume (p. 26 et 89): pour la Macédoine, depuis le premier Âge du Fer jusqu’à la succession de défaites essuyées face à l’armée romaine qui aboutit, en 148 av. J.-C., à la fin de son indépendance; pour l’Égypte, où la présence grecque est bien attestée dès le début du VIIe siècle av. J.-C., et définitivement enracinée avec la fondation d’Alexandrie, en 331 av. J.-C., l’exposé s’achève sur la mort de Ptolémée V en 180 av. J.-C, d’une manière qui peut sembler d’autant plus abrupte que plusieurs tombes alexandrines présentées ici ne semblent pas antérieure à la seconde moitié du IIe siècle av. J.-C.

Le deuxième chapitre, au titre un peu réducteur (comme celui du troisième) — Types of funerary complexes in Macedonia —, présente les différents types de tombes attestés en Macédoine, puis le mobilier qui y a été découvert. Cet exposé distingue trois types propres à la seule élite macédonienne — il est question incidemment p. 47, de tombes à puits (« shaft tombs »), évidemment destinées à une classe sociale plus modeste. L’auteur retrace, à partir de l’époque archaïque, l’évolution des tombes à ciste, formées d’un simple caisson construit en dalles de pierre, surmonté par un tumulus, dont procède, à partir du milieu du IVe siècle av. J.-C., ce qu’il est sans doute toutefois exagéré de qualifier (p. 25) d’« official Macedonian type of tomb »; à la différence des tombes à ciste, la chambre est dotée d’une façade précédée par un dromos. Ces deux types, indifféremment associés à l’inhumation ou à la crémation, apparaissent ensuite conjointement jusqu’au IIIe siècle av. J.-C., et présentent un mobilier dont le niveau de richesse est comparable, comme le montre en particulier celui, spectaculaire, de la tombe à ciste de Derveni B (p. 37-42) — et ceci en dépit du biais induit par les pillages dont ils ont fait l’objet (je ne suis pas sûr, à cet égard, qu’une tombe à ciste soit plus difficile à piller qu’une « Macedonian tomb », p. 136). Le décor architectural, d’inspiration dorique ou ionique, les lits funéraires et le décor peint des tombes sont minutieusement décrits (note 138, à propos de la tombe du Jugement de Lefkadia, corriger « Ajax » en « Éaque »). Le soin apporté à la réalisation du monument contraste avec sa courte période de fréquentation, puisqu’il devait être définitivement remblayé après les cérémonies funéraires, même si l’auteur conserve une certaine ambiguïté sur cette question: elle écrit (p. 68; aussi p. 160) que ce type de tombe «was not accessible», mais que sa réutilisation était possible en rouvrant son dromos. Certaines tombes étaient signalées par des stèles funéraires fichées dans le tumulus (traitées ici p. 80-82, avec le mobilier). Les tombes rupestres (« rock-cut tombs »), des hypogées familiaux accessibles par un dromos, et apparemment destinés à une classe sociale plus modeste, n’apparaîtraient qu’au début du IIIe siècle av. J.-C.3

Le troisième chapitre — Types of funerary complexes in Alexandria — offre un panorama très large des sépultures conservées dans les différentes nécropoles alexandrines, aménagées dans une pierre tendre et dans du sable — ce qui, selon l’auteur, expliquerait qu’elles ne soient pas surmontées par des tumulus (p. 90; aussi p. 194). Elle en retient principalement deux types de tombes, à oikos et à péristyle ou pseudo-péristyle, dont le plan s’inspirerait de celui des maisons grecques (p. 99). Même si ces hypogées, du fait de leur décor, de leur aménagement ou du recours à la voûte en berceau, présentent des points de contacts avec l’architecture macédonienne — ou, plus largement, grecque — de même époque, leur plan et leurs fonctions (simple lieu de sépulture dans un cas, lieu de culte funéraire autour du tombeau dans l’autre) divergent clairement des modèles connus en Macédoine, et aucune de celles que nous connaissons n’était sûrement surmontée par un tumulus (le cas du « tombeau d’albâtre », dont les blocs ont été retrouvés hors contexte, est évoqué p. 102; voir aussi p. 168-169). Le mobilier de ces tombes, assez limité, et constitué principalement de céramiques (notamment les « hydries de Hadra », utilisées comme cinéraires), ne présente pas d’affinités significatives avec celui déposé dans les tombes macédoniennes.

Compte tenu de l’absence de sources écrites spécifiques, le corpus archéologique présenté dans ces deux chapitres constitue la base à partir de laquelle l’auteur entend dégager le symbolisme délivré par les formes architecturales, le décor peint et le mobilier des tombes concernées. Le quatrième chapitre — qui présente les rituels funéraires macédoniens comme dérivant de « long-evolving traditions rather than religious conditions » (p. 124) — s’interroge d’abord sur la source d’inspiration des « Macedonian tombs » qu’elle identifie, pour leur partie externe, dans l’architecture palatiale et domestique des élites macédoniennes et, pour leur partie interne, dans l’andron où se déroulaient les banquets (masculins), promesse d’une vie idéale dans l’Au-Delà (il est permis de douter qu’il soit pleinement justifié d’opposer le banquet macédonien, en tant que « political and social », à celui des Grecs, p. 136). L’accent est placé sur l’héroïsation du défunt, encouragée par la diffusion des croyances orphiques et des mystères dionysiaques et éleusiniens, et dont la mise en scène était favorisée par l’absence de lois somptuaires relatives au luxe funéraire, telles qu’elles existaient à la même époque en Grèce.

Le cinquième chapitre, reprenant les mêmes thèmes pour Alexandrie, offre sans surprise un cadre totalement différent, à l’exception de points de contact communs à une large partie du monde méditerranéen (la tombe conçue comme une maison, le défunt au banquet, les éléments de décor largement répandus au sein de la koinè hellénistique…). Il s’ouvre sur une évocation des vicissitudes du corps d’Alexandre (p. 166-168), transporté de Babylone à Memphis, puis à Alexandrie, en dernier lieu dans le sèma (ou sôma) aménagé par Ptolémée IV en 215 av. J.-C., où il reposait entouré de ceux des souverains lagides. Curieusement, l’auteur n’envisage pas que ces grandes tombes alexandrines, dont la chronologie demeure assez floue (un tableau synthétique des datations des différents monuments aurait été utile à cet égard), puissent avoir été inspirées par ce complexe funéraire: leur monumentalité, la présence fréquente d’une sépulture principale en position axiale, leur cour dotée d’un autel et de dispositifs destinés au déroulement du culte funéraire composent pourtant un cadre tout à fait conforme à celui que suggèrent les mentions de visites régulières de grands personnages romains, de César à Caracalla, au tombeau cosmopolite d’Alexandre. Compte tenu du brassage de populations à Alexandrie, la diversité des rites funéraires (y compris la momification, largement adoptée par les Grecs) et des croyances, profondément influencées par la religion égyptienne, complique ultérieurement le tableau, et rendait difficile la présentation d’une véritable synthèse.

La multiplicité des données présentées dans le texte, concernant un très large éventail de sujets complexes, et traités au travers de descriptions très minutieuses reposant sur un appareil de notes abondant, mais passablement desservies par une illustration trop rare, rendait donc particulièrement importante la conclusion de l’ouvrage, présentée aux pages 195-198. À partir d’un désir commun d’immortalité — très largement partagé dans le monde méditerranéen d’alors, et pas seulement —, l’auteur invite à distinguer la Macédoine, où les croyances eschatologiques liées à Dionysos et Déméter seraient centrées sur la recherche d’une forme de déification (qui ne concerne, cependant, qu’une frange limitée de la société), d’Alexandrie où, sous l’influence des croyances égyptiennes, on s’attacherait plutôt à la rédemption du défunt.4 Très schématiquement, d’un côté, la tombe est conçue comme un heroon individuel, de l’autre comme un tombeau familial: les éléments réunis dans cet ouvrage mettent donc davantage en évidence ce qui sépare radicalement ces deux aires culturelles, plutôt que ce qui les rapproche.


Notes:


1.   On s’explique mal par conséquent, pour la Macédoine, l’omission de la somme fondamentale de H. von Mangoldt, Makedonische Grabarchitektur: die makedonischen Kammergräber und ihre Vorläufer, Tübingen, 2012, ou celle de la synthèse figurant dans S. Descamps-Lequime et K. Charatzopoulou (dir.), Au royaume d’Alexandre le Grand. La Macédoine antique, cat. d’expo., Paris, 2011. Pour Alexandrie, il aurait été utile de faire figurer en bibliographie les deux volumes dirigés par J.-Y. Empereur et M. D. Nenna, Necropolis 1 et 2, Le Caire, 2001 et 2003 (Études Alexandrines 5 et 7), cités seulement à partir d’articles.
2.   Parmi les ouvrages récents qui pourraient aujourd’hui nourrir ultérieurement cette réflexion, je signalerai ici seulement M. D. Nenna, S. Huber et W. Van Andringa (dir.), Constituer la tombe, honorer les défunts en Méditerranée antique, Alexandrie, 2018 (Études Alexandrines 46).
3.   L’une des plus complexes et intéressantes d’entre elles, datée de la fin du IVe siècle av. J.-C., aurait mérité d’être traitée ici: M. Lilibaki-Akamati, Ο πολυθάλαμος τάφος της Πέλλας, Thessalonique, 2008 (Πέλλης 2). Sa datation précoce, et son rapport planimétrique étroit avec les tombes d’Étrurie, pourraient en effet suggérer une influence de cette région sur la création de ce type en Macédoine (cf. V. Jolivet, Macedonia and Etruria at the Beginning of the Hellenistic period: A Direct Link, dans D. Katsonopoulou et E. Partida (dir.), ΦΙΛΕΛΛΗΝ/PHILHELLENE. Essays Presented to Stephen G. Miller, Athènes, 2016, p. 317-333.
4.   Sur cette question, voir en dernier lieu A.-M. Guimier-Sorbets, André Pelle et M. Seif el-Din, Renaître avec Osiris et Perséphone, Alexandrie, 2015 (Antiquités Alexandrines 1) = (Resurrection in Alexandria. The Painted Graeco- Roman Tombs of Kom al-Shuqafa, Alexandrie, 2017).

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