Bryn Mawr Classical Review

BMCR 2018.12.27 on the BMCR blog

Bryn Mawr Classical Review 2018.12.27

W. Graham Claytor, A. M. F. W. Verhoogt (ed.), Papyri from Karanis: The Granary C123. Michigan papyri, XXI.   Ann Arbor:  University of Michigan Press, 2018.  Pp. xix, 196.  ISBN 9780472130870.  $95.00.  


Reviewed by Jean A. Straus, Université de Liège (jean.straus@uliege.be)

Précisons d’emblée que W.G. Claytor et A. Verhoogt ont édité ce volume des P. Mich. avec l’assistance de Paul Heilporn et Samantha Lash et qu’une petite dizaine de leurs étudiants ont pris part au déchiffrement et au commentaire de plusieurs papyrus.

En 1989, J. Bingen et W. Clarysse publiaient les ostraca grecs d’Elkab et jugeaient « qu’il importait, dans la mesure du possible, de regrouper les textes comme leurs derniers utilisateurs l’avaient fait plus ou moins consciemment et de les présenter dans leur contexte archéologique. »1 Ils éditaient donc les textes en les rangeant par maison où ils avaient été trouvés et en donnant chaque fois le plan de la maison. Les éditeurs des P. Mich. XXI poussent cette façon de faire aussi loin que les rapports de fouilles le permettent. Ils publient les papyrus trouvés dans les décombres d’un grenier (le grenier public ?) de Caranis (identifié par le sigle C123) en les rangeant selon chaque pièce et loge à grain du grenier dans laquelle ils ont été découverts et en fournissant pour chaque lieu informations, plans et parfois photographies. On sait donc exactement où se trouvait le papyrus que l’on est en train de lire et on peut même souvent visualiser l’endroit où on l’a découvert grâce aux photos. C’est une des qualités de la publication.

Dans une introduction numérotée comme un chapitre 1, les éditeurs font une brève histoire de Caranis, l’historique de l’activité archéologique dans le village et, plus particulièrement, celui des fouilles de l’Université du Michigan. Dans le chapitre 2, ils présentent de manière approfondie le résultats des fouilles effectuées dans le grenier C123. Ce chapitre est fondé sur une thèse de licence présentée par Samantha Lash. Vient ensuite l’édition de trente-sept papyrus qui ont été choisis pour des exercices « scolaires » sur base de leur lisibilité, caractère complet et intérêt de leur contenu.

Le grenier C123, construit dans la seconde moitié du premier siècle, a été pendant longtemps un des plus importants de Caranis. Assez étonnamment peu de papyrus trouvés sur le site informent sur le fonctionnement du grenier ; la grande majorité de ces papyrus sont des documents privés. Les éditeurs concluent que ces papyrus n’ont pas été abandonnés dans le grenier par des gens qui occupaient les lieux, mais qu’ils avaient été déposés là en tant que vieux papiers.

Le plus intéressant des papyrus publiés dans ce recueil est sans conteste le n° 827 (ca. 120-124). Il s’agit d’une prière, plus précisément, d’une litanie qui a dû être dite lors d’une ou de manifestations en rapport avec le culte de l’empereur. Le texte commence par une formule propitiatoire (léger doute) et une invitation à prier pendant le sacrifice. Suit une prière principale. Elle commence par une invocation à l’empereur régnant, Hadrien, et à ses prédécesseurs déifiés. Au dessus de la ligne 11, le scribe ajoute le préfet Haterius Nepos. Un second groupe d’invocations s’adresse aux dieux olympiens. On relève que parmi ceux-ci figurent Auguste déifié comme Zeus Eleutherios Sebastos et Alexandre le Grand qualifié de « fondateur » (ktiste̅s). La prière concerne ensuite les Romains, Alexandrins, habitants de Ptolémaïs du nome Arsinoïte, « amis et alliés » du peuple romain. Elle se termine par un groupe de douze souhaits pour le bien-être et la prospérité de la communauté qui fait la prière et toute la population de l’empire. Vient ensuite une prière propre à Caranis dont la structure est la même que celle de la prière principale avec les adaptations requises : les dieux grecs sont remplacés par des divinités locales et la population du village est associée à la prière. Le papyrus est remarquablement édité par le regretté Traianos Gagos et Paul Heilporn. Il en est de même du recto 828 qui contient au moins trois colonnes de noms de contribuables et de montants de céréales payés à l’État de la fin du premier siècle au début du second. – 836 (3-9-129) est un reçu délivré par des nomarques. Il concerne sans doute le transfert de taxes du bureau de douane de Caranis aux nomarques de l’Arsinoïte. – 842 (157/158 ou 158/159) Déclaration de terre non-inondée. 845 (87/88) Duplicata d’un certificat de penthemeros, le corvéable ayant perdu l’original. Ces quatre papyrus sont édités par Claytor.

Tous les autres documents sont moins étendus et sont incomplets. 829 (IIe-IIIe siècle) (Claytor). Couverture en bois de tablettes de cire. Le mot Caisairos y est inscrit, transcrivant du grec en caractère latins. – 830 (Lash). Registre de paiements de taxes sur la terre privée. Quatre paiements sont effectués entre le 23 août et le 22 septembre 308. – 831 (IIe s.) (T. Mayo). Fragments d’un traité astrologique. – 832 (avant 137) (A. Verhoogt). Compte. Attestation d’un nouveau stratège de la méride de Polémon. Le dos du document est utilisé pour une liste de personnes, ¬– 833 (IIe s.) (Verhoogt). Autres listes de personnes : 841 (écrit en Haute Égypte ?, fin Ier- début IIe s.) (Claytor et McLaughlin), 844 (milieu IIIe-début IVe s.), 851 (écrit en Haute Égypte ?, fin Ier-début IIe s. ?) et 850(IIe-IIIe s.), liste de tisserands (tous, Claytor). – 834 (Arsinoïte, 2e moitié du IVe s.) (Claytor). Liste de toponymes de l’Arsinoïte. – 835 (IVe s.) (Claytor). Document concernant la taxe levée en vue de l’achat de mules pour l’armée. – 837 (fin Ier-début IIe s.) (Claytor et A. Pistone). Registre journalier concernant le transport d’huile (et les droits de douane sur cette huile ?). – 839 (écrit à Phylakitike dans l’Arsinoïte ?, 300-301 ?) (Claytor et J. Stimson). Reçu délivré par un sitologue à deux personnes qui ont payé pour la location de terres à la place d’une autre en fuite. – 840 (IVe s.) (Claytor et Loehndorff). Quatre lignes d’un document (lettre ?) rédigé en une belle écriture de chancellerie. D’autres lettres se trouvent dans 843 (IIe s.) (Heilporn), lettre latine déjà publiée comme ChLA V 300 et C.Ep.Lat. I 163, mais avec ajout d’un fragment qui ne permet pas une meilleure compréhension du texte, et dans 853 (juin-juillet 122) (Claytor, Kimmerle, Mayo) , 854 (IIe s.) (Claytor et Stimson) et 856 (IIe-IIIe s.) (Lash). – 846 (91-96) (Claytor et Heilporn). Renonciation à une revendication sur des biens situés dans les environs de Caranis. – 847 (96/97) (Lash et Verhoogt). Reçu délivré par un signifer de la IIIe légion cyrénéenne pour le remboursement partiel d’un prêt. – 848 (après 138-140) (M. Landolfi). Document légal comprenant la copie d’une pétition à l’épistratège G. Iulius Petronianus. Des fragments de pétition se trouvent aussi dans 838 (fin Ier-milieu IIe s.), plainte pour agression et vol), et vraisemblablement dans 857 (IIe s.), seconde attestation en Égypte du nom romain Marinianus, 859 (Ier s. av. n.è.) quelques mots répartis sur quatre lignes (tous, Claytor) et 860 (écrite dans le nom Memphite, 176-179 ?) (A.P. Hayat, Lash, Stimson), en rapport avec un conventus tenu par le préfet d’Égypte Titus Pactumeius Magnus. – 849 (fin Ier-début IIe s.) (Claytor). Location d’un verger. – 852 (fin Ier-début IIe s.) (A. Kemmerle et T. Mayo). Fragment d’un document légal. – 855 (145 ?-146/147) (Claytor). Recus pour la taxe des jardins. – 858 (2e moitié du IIe s.) (Verhoogt). Liste de villages et de personnes. – 861 (258-260) (Kemmerle et Stimson). Formule de datation. – 862 (écrit dans le nome Memphite, IIe s.) (Claytor et Verhoogt). Offre de prise en location d’une maison du trésor public. – 863 (IIIe s.) (Lash) Document au contenu inconnu.

Tous les papyrus sont illustrés par une photographie située le plus souvent près du texte ce qui faciliterait la vérification de la transcription si la photo n’était parfois un peu petite.

Un des buts poursuivis par les éditeurs était de déterminer dans quelle mesure les nombreux papyrus trouvés dans les décombres du grenier C123 pouvaient aider à interpréter l’archéologie de la structure du grenier. L’apport est limité, constatent-ils. Il est surtout présent dans la date du bâtiment et de ses modifications. Sauf le numéro 827, les textes publiés, souvent très fragmentaires, apportent peu d’informations neuves. Mais tout papyrus doit d’être publié, car il peut être utile plus tard. L’édition des textes est excellente. Félicitations aux jeunes papyrologues et à leurs mentors, W.G. Claytor et A. Verhoogt !


Notes:


1.   J. Bingen & W. Clarysse, Elkab III. Les ostraca grecs (O. Elkab. gr.), Bruxelles, 1999, p. 28.

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