Bryn Mawr Classical Review

BMCR 2018.07.05 on the BMCR blog

Bryn Mawr Classical Review 2018.07.05

Kathleen W. Slane, Tombs, Burials, and Commemoration in Corinth's Northern Cemetery. Corinth: Results of excavations conducted by the American School of Classical Studies at Athens, 21.   Princeton, NJ:  American School of Classical Studies at Athens, 2017.  Pp. xxix, 270; 91 p. of plates.  ISBN 9780876610220.  $150.00.  


Reviewed by Andras Marton, EPHE – CRBC (saxamus@gmail.com)

Kathleen W. Slane et ses collaborateurs présentent dans ce volume les sépultures trouvées et documentées en 1961 et 1962 lors de la construction de l’aqueduc moderne allant de Stymphale à la Corinthie orientale. Ces fouilles ont mis au jour 70 sépultures—tombes en tegulae, sarcophages en calcaire, crémations, et sept chambres funéraires datées entre le Ve s. avant n.è. et le VIe s. de n.è. Au total, elles contenaient env. 240 squelettes. La période la mieux représentée est le Ier siècle de n.è. Slane ajoute, comme annexe, la description détaillée de la chambre funéraire découverte à Hexamilia près de la station ferroviaire en 1937, ainsi que son mobilier.

Des notes explicatives sur les divers systèmes de numérotation existants et le vocabulaire adopté 1 pour la description des tombes et du mobilier sont suivies par une introduction et un résumé des résultats (p. 1-7). Cette introduction à la topographie funéraire de Corinthe est particulièrement utile car on peut facilement confondre le nom « Northern cemetery » choisi par Slane pour cette partie de la vaste zone funéraire au nord de la ville avec le « North cemetery ».2 Même si les deux se trouvent au nord de Corinthe, elles se distinguent l'une de l’autre par leur situation topographique et, à aucune des périodes concernées, elles n’ont formé une seule nécropole physiquement continue. Il aurait été préférable de choisir une appellation plus facile à distinguer pour l’ensemble publié dans le présent volume. La présentation des tombes suit le modèle du « North cemetery » et inscrit le volume dans la tradition des publications des nécropoles de Corinthe, donnant une certaine familiarité au lecteur. Les tombes sont décrites d’ouest en est. Les chambres funéraires ne sont pas incluses dans la liste des tombes, mais sont traitées séparément.

Les fouilles servant de sources pour cette publication sont relativement bien documentées et Slane a réalisé une excellente synthèse. Elle présente les tombes et les dépôts au chapitre 2 et les tombes construites aux chapitres 3-5. Cette partie constitue l’épine dorsale de l’ouvrage. Dans le cas des chambres funéraires, le mobilier est abordé par phase et des figures présentant le plan de la tombe avec les miniatures des objets indiquent leur lieu de découverte exact. Néanmoins certains choix de Slane sont discutables. Dans le catalogue des tombes, il aurait été utile de préciser, après la description de chaque tombe, la datation de l’ensemble et pas seulement de la donner dans le tableau 2. Les planches ne reproduisent pas les assemblages. Les objets sont groupés par catégories et selon leur typologie. Il est donc difficile d’avoir un aperçu des assemblages funéraires. Un tableau supplémentaire classifiant le mobilier des tombes par matériaux et catégories fonctionnelles aurait pu largement faciliter la tâche du lecteur.

Ethne Barnes présente l’étude anthropologique. Son travail a été rendu difficile par de nombreux facteurs. D'une façon générale, les ossements humains ne sont pas bien conservés dans le sol de Corinthie. Certains, comme les ossements brûlés et ceux jugés trop fragmentés, n’ont pas été prélevés lors des fouilles. De plus, après les fouilles, ils ont été stockés par lots, les squelettes provenant de la même tombe ayant été mélangés. L’étude des ossements animaux est due à David S. Reese (chapitre 7).

Le chapitre 8 est dédié à l’architecture des chambres funéraires et à leur décoration.3 Elles ont été construites lors des deux premiers siècles de n.è. et remodelées au moins une fois, puis réutilisées à l’Antiquité tardive. Slane fait des observations importantes, notamment la récurrence des plans de ces tombeaux à Corinthe ou le fait que les inhumations en sarcophage ne soient pas des additions secondaires. Elle donne des comparaisons utiles en Italie centrale et dans la Méditerranée orientale. Le mobilier portable (petit mobilier et céramique) est traité dans le chapitre 9.

Dans le chapitre 10, Slane synthétise les données et les observations faites dans les chapitres précédents afin de mieux comprendre les nécropoles, les pratiques d’enterrement et les coutumes funéraires. Bien entendu Slane n’a pas pu travailler à partir des observations fines et très précises que les techniques de terrain de l’archéologie funéraire moderne peuvent nous offrir. Dans le vocabulaire choisi, les expressions liées à la phase de la crémation mériteraient d’être plus nuancées (p. 225, n. 21).4 L’intéressante remarque (n. 20) sur les corps enterrés en rigidité cadavérique appelle une explication plus détaillée ou au moins une référence bibliographique. Il faut noter que l’absence de crémations en position primaire (busta selon la terminologie de l’auteur) ou des lieux de crémation n’est pas forcément liée au fait que les crémations auraient eu lieu sur une ou des aire(s) permanentes de crémation (p. 227), car un bûcher éphémère construit sur sol, par exemple, près de la tombe, ne laisse pas forcément de traces encore détectables de nos jours.

L’annexe 1 contient la description de la chambre funéraire trouvée à Hexamilia en 1937, près de la station ferroviaire, et de son mobilier.

David R. Jordan, dans l’annexe 2 présente les trois tablettes de défixion. Malheureusement seule l’une d’entre elles a été déchiffrée. Elles ont été trouvées dans la « Chambre avec des sarcophages » découverte près de l’Atelier de tuiles de l’époque grecque « Greek Tile Works ». La tablette lue est d'un intérêt particulier non seulement car elle a été écrite par la même main qu’une autre tablette trouvée à Corinthe, mais elle remonte également à un modèle écrit adaptant une formule égyptienne à l’usage régional. Le volume se termine par des concordances et un index facilitant l’orientation du lecteur.

Cette publication apporte une contribution majeure à notre connaissance des nécropoles et des pratiques funéraires à Corinthe. La durée d’utilisation étendue de la partie fouillée a permis à Slane de mener une investigation diachronique. Selon ses observations, il s’agit de la limite méridionale d’une nécropole dont le bord suit le contour de la terrasse nord et à laquelle on accédait sans doute depuis la plaine. Cette ligne qui marque la fin de la zone funéraire peut nous indiquer la limite du pomerium au nord de la colonie romaine. Les sépultures de l’époque classique et hellénistique suivent les tendances déjà observées à Corinthe. Avec la fondation de la colonie, de nouveaux éléments apparaissent, comme par exemple, les chambres funéraires destinées à des foyers relativement aisés. Slane a pu mettre en évidence des composantes italiques dans les pratiques funéraires. Leur persistance au cours du Haut Empire a récemment été le sujet d’un débat scientifique instructif.5 Il est également intéressant de signaler que même si la plupart des crémations datent surtout du Haut-Empire, certaines datent du Bas-Empire. Durant cette période on peut observer la réutilisation de certaines chambres funéraires. L’auteur voit dans la progression de l’orientation ouest-est au cours du Ve s. de n.è., une influence de pratiques funéraires chrétiennes. Les crémations sont toutes en position secondaire (en urne), et, autant que la documentation permette de l’estimer, des inhumations primaires. Les tombes de l’époque classique et hellénistique sont dotées de vases en céramique, dont au moins une cruche et un vase à boire en général. Les pratiques et la composition du mobilier sont très semblables à ce que l’on trouve dans le « North cemetery » A l’époque romaine, on constate une rareté et une « pauvreté » du mobilier qui paraît être un choix intentionnel plutôt que la conséquence d'une véritable pauvreté économique (il faut néanmoins tenir compte de la proportion importante des sépultures qui semblaient pillées ou perturbées). La diversité plus importante et la richesse relative du mobilier dans les chambres funéraires sont évidentes. Le mobilier non céramique se limite à quelques parures simples, des objets de toilette (spatule, cuillère), deux strigiles… Les offrandes monétaires ne sont pas systématiques dans les tombes. Elles se trouvent presque toutes dans des chambres funéraires. Plusieurs pratiques post-funérailles peuvent être observées : des profusions pour libation et des dépôts de vases utilisés dans les diverses étapes de l’enterrement ou des visites à la tombe. Les vases en terre sigillée et en général, les importations, se limitent également aux chambres sépulcrales. On peut faire la même constatation concernant les impressions faites sur une fine feuille d'or, utilisée comme parure à usage funéraire. Le cas de la cavité sépulcrale X est particulièrement intéressant. Elle contenait cinq turribula et sept figurines en terre cuite. L’interprétation de Slane va parfois trop loin. Par exemple dans le cas du sarcophage 38, les unguentaria placés près de la tête n’indiquent pas forcément l’application d'onguents sur le corps après son dépôt dans la tombe (p. 230).

Cette étude est accompagnée d'un abondant dossier d’illustrations avec de nombreux plans et des photos faites lors des fouilles. D'excellentes photos documentent les objets. Les profils d'une bonne partie de la poterie ont également été dessinés. Des photos présentent les marques des potiers en taille réelle (des frottis auraient peut-être été utiles ici). La peinture funéraire du « Tombeau peint » est reproduite sur des dépliants en couleurs. La série de haute qualité des volumes de Corinth offre un cadre parfait à ce travail qui servira de référence pour les études à venir sur les nécropoles et les pratiques funéraires de l’époque classique, hellénistique et romaine en Grèce et dans la Méditerranée.


Notes:


1.   Les définitions d’une crémation ou inhumation primaire ou secondaire utilisées par Slane sont compréhensibles, mais un peu imprécises. Pour une définition plus précise, cf. Bel, V., “Pratiques funéraires du Haut-Empire dans le Midi de la Gaule. La nécropole gallo-romaine du Valladas à Saint- Paul-Trois-Châteaux (Drôme)”. Monographies d’Archéologie Méditerranéenne 11. Lattes 2002, 83 ; et dans le cas des inhumations : Boulestin, B., Duday, H., “Ethnologie et archéologie de la mort : de l’illusion des références à l’emploi d’un vocabulaire”. in, Mordant, Cl. – Depierre G., dir., Les pratiques funéraires à l’âge du Bronze en France. Actes de la Table Ronde de Sens-en-Bourgogne, 10-12 juin 1998. Documents préhistoriques 19. Paris 2005, 17-30. Par ailleurs le prélèvement des ossements ou des corps après les funérailles des reliquiae et leur transfert à travers les territoires et sans doute d’une nécropole à l’autre ou d’une sépulture à l’autre était réglementé par les edicta et rescripta impériaux et la permission des Pontifes, Cracco-Ruggini, L., “Les morts qui voyagent : le rapatriement, l’exil, la glorification”. in, Hinard, F., ed., La mort au quotidien dans le monde romain. Actes du colloque organisé par l’Université de Paris IV (Paris – Sorbonne 7-9 octobre 1993). Paris 1995, 117-134.
2.   Blegen, C. W. – Palmer, H. – Young, R. S., “The North Cemetery”. Corinth XIII, Princeton (N.J.) 1964.
3.   Walbank, M. E. H., Walbank, M. B., “A Roman Corinthian Family Tomb and Its Afterlife”, Hesperia 84.1 (2015), 149-206. Le corpus des chambres funéraires à Corinthe a été augmenté de trouvailles spectaculaires faites en 2012-2013 dans la même zone funéraire mais mis au jour après la clôture du manuscrit du volume présenté ici, cf. Chronique.efa.gr.
4.   La signification du terme bustum, souvent évoqué par les archéologues, n’est pas constante dans les sources antiques : il est appliqué au lieu de la crémation et/ouau lieu de l’enterrement des résidus, même si celui-ci est différent, cf. Blaizot, F. – Tranoy, L., “La notion de sépulture au Haut-Empire. Identification et interprétations des structures funéraires liées aux crémations”. in, Baray, L., ed., Archéologie des pratiques funéraires. Approches critiques. Collection Bibracte 9. Glux-en-Glenne 2004, 171-187.
5.   Slane, K. W., ”Remaining Roman in Death at an Eastern Colony”. Journal of Roman Archaeology 25 (2012), 442-455 et Walbank, M. E. H., “Remaining Roman in Death at Corinth: A Debate with Kathleen Slane”. Journal of Roman Archaeology 27 (2014), 403-417.

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