Bryn Mawr Classical Review

BMCR 2018.04.55 on the BMCR blog

Bryn Mawr Classical Review 2018.04.55

Vassiliki Pothou, Anton Powell (ed.), Das antike Sparta.   Stuttgart:  Franz Steiner Verlag, 2017.  Pp. 319.  ISBN 9783515113717.  €60.00.  


Reviewed by Pierre Pontier, Sorbonne Université (pierre.pontier@paris-sorbonne.fr)

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[La table des matières est listée ci-dessous.]

Cet ouvrage, édité avec soin, rassemble 12 contributions issues d’une rencontre à Regensburg de l’International Sparta Seminar, en 2009. Comme le rappelle Anton Powell dans son avant-propos et Vassiliki Pothou dans son introduction, il présente l’originalité d’avoir peut-être une orientation plus allemande que certains volumes d’inspiration proche publiés aux Classical Press of Wales, du fait des contributeurs, ainsi que de certains sujets d’étude choisis (en particulier ceux de Stefan Rebenich et d’Helen Roche). L’essentiel du volume est en allemand à l’exception de trois contributions en français et en anglais. En raison de la diversité des sujets traités ainsi que des méthodes utilisées, le seul dénominateur commun de ces études est le fait qu’elles portent sur la « Sparte antique ». La liste des contributions et des auteurs se trouve à la fin de ce compte rendu.

Georg Rechenauer s’intéresse à la corporéité dans la Sparte antique et à la relation établie entre le corps et la force militaire et politique de la cité (essentiellement à partir du corpus de Tyrtée), la contrepartie de cette prééminence corporelle étant, à ses yeux, la place singulière et active occupée par les femmes à l’intérieur de la cité, aspect qu’il examine dans un dernier temps et dont il trouve une preuve dans la corporéité féminine du témoignage d’Alcman.

Anton Powell aborde un passage du livre V de Thucydide (V.54-75) qui représente un moment de crise du régime spartiate, en 418, peu avant la bataille de Mantinée : le commandement militaire d’Agis est remis en question et le roi placé sous surveillance. L’auteur s’interroge notamment sur l’orientation des sources spartiates du récit et leur degré d’opposition à la royauté spartiate (Agis en particulier) : l’importance du kairos, du spectacle que donne l’armée, l’éloge du kosmos, etc. (on notera une erreur minime de référence p. 46-47 sur un passage de l’Agésilas de Xénophon, VI.7 et non VII.6) sont autant de caractéristiques spartiates que le récit de l’historien met ici en avant.

Stephen Hodkinson s’intéresse à l’épisode de Sphodrias en tant que source pour l’histoire sociale de Sparte (Xén., Hell. V.4.24-34), dans une version mise à jour et complétée d’un article publié ailleurs en anglais.1 Il reprend le récit du raid, l’acquittement du responsable et souligne ce que l’anecdote nous apprend sur la corruption alléguée de Sphodrias par les Thébains, sur la réalité de la politique de l’amitié menée par Agésilas et sur son influence, sur l’importance de la relation entre Cléonymos et Archidamos, sur le fonctionnement du corps d’élite des hippeis dans l’armée spartiate et sur la « belle mort ».

Nicolas Richer constate que, dans l’imaginaire occidental, la cité de Sparte est associée au secret et au silence de l’obéissance militaire ; or, quantité de témoignages montrent une utilisation (notamment politique) des bruits et de la musique : l’importance des bruits qui courent dans l’établissement de la réputation sociale de chaque individu, l’expression populaire de l’acclamation dans les procédures de vote, l’utilisation communautaire de la musique au service de la norme sont autant de particularités connues de la cité spartiate.

Stefan Rebenich dresse un portrait utile et précis de la Sparte vue par un certain nombre de chercheurs allemands du XXème siècle après 1945, à partir de la figure tutélaire de Hartmut Berve, qui contribua très activement à faire de Sparte un modèle antique pour le Troisième Reich, puis en analysant l’œuvre des élèves de Berve après la guerre, Konrad Wickert et surtout Franz Kiechle (notamment sur la question messénienne puis sur la Sparte archaïque) à qui l’on doit un changement de paradigme certain dans l’appréhension de Sparte, toujours néanmoins dans une certaine continuité par rapport à Berve, avec un simple déplacement épistémologique de la « Volksgeschichte » à la « Sozialgeschichte ». 2

Fritz-Gregor Herrmann s’intéresse à l’influence de Sparte sur Critias, vaste sujet abordé sur trois points : l’analyse contrastée du vocabulaire relatif à la sōphrosynē et au kosmos spartiates dans les fragments conservés, l’importance des auloi ; tout en ayant tiré profit de sa proximité politique avec Sparte, Critias semble plus fasciné par une ancienne Athènes fantasmée que par la Sparte de son temps.

Helen Roche étudie l’influence de Sparte dans l’armée prussienne dès le XIXème siècle, en particulier dans le corps des cadets et leurs écoles, avec une insistance marquée sur l’éducation physique et une discipline pour le moins rigide (cf. l’invention du verbe « spartanern » et les comportements qu’il implique, p. 159-160), dont plusieurs exemples édifiants tirés d’instructions, de manuels, de romans ou de témoignages de l’époque sont donnés. Les représentations de ce qu’était l’éducation spartiate ont ainsi eu une influence importante sur la formation de centaines d’officiers prussiens qui ont joué un rôle majeur dans l’histoire mondiale, de Franz von Papen à Hermann Göring.

La contribution de Thomas Blank, « Archidamos rhētōr », s’intéresse à l’exception notable que représente l’Archidamos dans le corpus isocratique, où non seulement Isocrate fait parler un Spartiate, le roi Archidamos, mais où les idées défendues semblent aller à l’encontre de ce qu’Isocrate expose dans d’autres discours, concernant la politique étrangère de Sparte en particulier. Thomas Blank relit le discours à partir de la caractérisation de son personnage principal : Isocrate dessinerait les contours d’un orateur incompétent et peut-être même, ironiquement, d’un mauvais conseiller politique, une inversion de son ancêtre, Archidamos II, tel que Thucydide le dépeint, un nouvel homme politique en rupture avec les valeurs spartiates.

Nancy Bouidghaghen traite brièvement de la campagne des Thermopyles et du témoignage d’Hérodote qu’elle relit de façon cursive. On corrigera la traduction p. 209 de VII.175 : le défilé est « unique » (mia) et non « plus unique », comme l’indique l’auteur de l’article (lire aussi « coiffé » et non « coiffés » à la dernière ligne de la p. 211).

Philip Davies consacre un article à la conspiration de Cinadon ; il n’est pas le premier à le faire, et l’on peut par exemple ajouter à la liste de la douzaine de savants qu’il dresse n. 2 p. 221 l’étude récente de Jean Ducat.3 Ce succès de l’épisode s’explique par l’anomalie que représente ce récit dans les Helléniques. La mise en scène de ce récit par Xénophon s’expliquerait par le désir d’achever le portrait flatteur d’Agésilas qu’il a commencé à faire dans les pages précédentes des Helléniques.

Dorothea Rohde étudie les finances publiques de Sparte, en l’opposant à la fois au système athénien et à l’abondance des sources dont on dispose sur Athènes, puis en retraçant de façon chronologique comment la guerre du Péloponnèse a servi de catalyseur pour le développement des finances publiques à Sparte (p. 266). Son fonctionnement à l’origine assez décentralisé pouvait selon elle être fondé sur une étroite coopération entre éphores et rois, il reposait aussi sur la contribution sous différentes formes des périèques, le système étant moins transparent qu’à Athènes.

Vassiliki Pothou essaie d’examiner dans quelle mesure la cité spartiate a pu influencer d’une part les Esséniens (du point de vue de son organisation sociale, à des différences fondamentales près : l’interdiction des esclaves, le mépris pour la guerre, le célibat), et d’autre part l’école des Thérapeutes d’Alexandrie (d’un point de vue plus intellectuel que concret).

Doté également d’un triple index (index locorum, index rerum et nominum, index verborum graecorum potiorum), ce recueil d’articles variés est donc un outil précieux pour les chercheurs, dans la continuité des autres volumes produits par l’International Plato Seminar qui a contribué à renouveler les études sur la « Sparte antique ».

Table des matières

Anton Powell, Vorwort 9
Vassiliki Pothou, Prologos 13
Georg Rechenauer, Körper und Macht : Zur Konzeption der Körperlichkeit im antiken Sparta 19
Anton Powell, Die Könige Spartas im Licht einer Krise und einer außergewöhnlichen Quelle 37
Stephen Hodkinson, Die Episode von Sphodrias als Quelle für die Sozialgeschichte von Sparta 57
Nicolas Richer, Rumeur, acclamations et musique (Phèmè, boè et mousikè) à Sparte 87
Stefan Rebenich, Alter Wein in neuen Schläuchen ? 111
Fritz-Gregor Herrmann, Hat Kritias nach Spartas Pfeife getanzt ? 133
Helen Roche, ‘Spartanische Pädagogik deutscher Art’ : The influence of Sparta in the Royal Prussian Cadet-Schools (1818-1920) 157
Thomas Blank, Archidamos Rhētōr : Spartas Bruch mit der Tradition in Isokrates’Archidamos 181
Nancy Bouidghaghen, « Ceux dont j’ai appris le nom » : Hérodote et les Thermopyles 207
Philip Davies, The Cinadon Conspiracy as Literary Narrative and Historical Source 221
Dorothea Rohde, « Weder haben wir in der gemeinsamen Kasse Geld, noch zahlen wir mit Leichtigkeit aus unseren eigenen Mitteln » - Die öffentlichen Finanzen Spartas in klassischer Zeit 245
Vassiliki Pothou, Sparta, Qumran und Alexandria : so nah, so fern 271
Indices 297


Notes:


1.   Stephen Hodkinson, « The episode of Sphodrias as a source for Spartan social history », in Nicholas Sekunda (ed.), Corolla Cosmo Rodewald. Monograph Series Akanthina 2. Gdansk:  Foundation for the Development of Gdansk University, 2007, p. 43-65.
2.   Ce tableau prend en quelque sorte la suite d’une autre étude publiée par Stefan Rebenich, « From Thermopylae to Stalingrad. The Myth of Leonidas in German Historiography », in Anton Powell et Stephen Hodkinson (ed.), Sparta. Beyond the mirage, London, 2002, p. 323-349.
3.   Jean Ducat, « La conspiration de Cinadon (Xénophon, Helléniques, III, 3, 4-11) », Ktèma 41, 2016, p. 343-391.

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