Bryn Mawr Classical Review

BMCR 2016.11.47 on the BMCR blog

Bryn Mawr Classical Review 2016.11.47

Arnaud Zucker, Jacqueline Fabre-Serris, Jean-Yves Tilliette, Gisèle Besson (ed.), Lire les mythes. Formes, usages et visées des pratiques mythographiques de l’Antiquité à la Renaissance. Mythographes.   Villeneuve d’Ascq:  Presses Universitaires du Septentrion, 2016.  Pp. 336.  ISBN 9782757411544.  €27.00 (pb).  


Reviewed by Jacques Elfassi, Université de Lorraine (jacques.elfassi@univ-lorraine.fr)

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En 1999, deux universitaires françaises, Jacqueline Fabre-Serris et Françoise Graziani, ont créé le réseau de recherche international Polymnia, qui a pour objet l’étude de la tradition mythographique en Europe de l’Antiquité au XVIIe siècle. Ce réseau organise des colloques et publie la collection « Mythographes », qui propose principalement des traductions annotées de textes mythographiques. Le livre recensé ici est issu de trois colloques qui ont eu lieu à Lille, Lyon et Genève, en 20111 : sur les 39 communications présentées, 9 ont été publiées dans le premier numéro de la revue électronique Polymnia, et 12 sont reprises dans ce volume.

L’histoire éditoriale de ce volume explique certaines de ses anomalies apparentes, comme la présence de deux articles écrits par le même auteur, Arnaud Zucker : ils sont en fait issus de deux colloques différents. Mais la comparaison des différents programmes des colloques et de la table des matières du livre permet surtout de comprendre les choix des éditeurs : lorsque plusieurs communications portaient sur un même auteur, ils en ont sélectionné une seule, et ils ont ordonné les chapitres par ordre chronologique. Ainsi composé, le livre apparaît comme un ouvrage cohérent, qui peut se lire d’un seul bloc, et non comme une collection de contributions isolées.

Il peut se lire, en particulier, comme une histoire de la tradition mythographique de l’Antiquité à la Renaissance, dont il présente plusieurs jalons importants, ordonnés chronologiquement : les premiers mythographes, Hécatée de Milet, Phérécyde, Hellanicos (contribution de Robert Fowler), Palaiphatos (Arnaud Zucker), Parthénios de Nicée (Dominique Voisin), Hygin (Marcos Martinho), Cornutus (Arnaud Zucker), le Sur les fleuves du Pseudo-Plutarque (Charles Delattre), Servius (Alain Deremetz), le Troisième Mythographe du Vatican (Gisèle Besson), le commentaire « Vulgate » aux Métamorphoses d’Ovide (Frank T. Coulson), Conrad de Mure (Jean-Yves Tilliette), Boccace (María Consuelo Alvárez Morán et Rosa María Iglesias Montiel) et Natale Conti (Françoise Graziani). Chaque contribution, même lorsqu’elle se concentre sur une problématique précise, commence par présenter l’auteur ou l’œuvre étudiés, en les replaçant dans leur contexte historique et culturel. Il est important de signaler que presque tous les contributeurs sont des spécialistes des œuvres qu’ils présentent, qu’ils ont généralement éditées ou traduites. Plusieurs travaux comportent même des informations inédites, issus de travaux philologiques non encore parus : ainsi, Gisèle Besson présente les premiers résultats de son édition critique, encore inachevée, du Troisième Mythographe du Vatican, et Frank T. Coulson propose même l’édition princeps de certains extraits du commentaire « Vulgate » aux Métamorphoses d’Ovide.

Toutefois, ce livre n’est pas un manuel d’histoire littéraire. Les éditeurs précisent bien, dans l’introduction (p. 9), qu’ils n’ont pas cherché à être exhaustifs et que certaines œuvres importantes, voire « canoniques », de cette tradition ne sont pas directement étudiés ici : la Bibliothèque d’Apollodore, la Bibliothèque historique de Diodore ou l’Ovide moralisé. L’ambition de l’ouvrage est plutôt méthodologique : comment analyser les différentes pratiques mythographiques dans leur contexte et par rapport à leur public ? Une des principales questions est celle de l’autorité et de la vérité. Comment choisir entre plusieurs versions d’un mythe la version plus autorisée ? Ou au contraire, comment ne pas choisir et mettre en scène cette absence de choix ? Car la version qui a le plus d’autorité n’est pas nécessairement la plus « vraie » : mais précisément, sur quels critères fonder cet argument de vérité ? Avec la christianisation du monde latin, cette question de la vérité a pris un autre sens : comment intégrer les mythes païens à la « vérité » chrétienne ? De manière schématique, deux solutions ont été apportées à cette délicate question : soit réduire les mythes à un savoir mort, destiné uniquement à usage scolaire, soit en proposer une interprétation allégorique, découvrant derrière le voile de la fiction païenne des vérités chrétiennes plus profondes. Loin d’être de simples compilateurs, les mythographes n’ont donc cessé d’analyser, d’interpréter et, d’une certaine façon, de réinventer les mythes : ils ont ainsi profondément marqué la culture occidentale.

On peut regretter que la limite chronologique du XVIIe siècle ne soit pas expliquée : tout au plus les éditeurs écrivent- ils, dans l’introduction (p. 23), que les humanistes ont pris le parti de ne pas codifier des figures et des fonctions univoques, et ils ajoutent alors une parenthèse : « ce que fera la “mythologie” inventée au XVIIIe siècle ». Même si ce n’était pas l’objet du livre et même si cette question a sûrement été développée ailleurs, le lecteur aurait aimé en savoir un peu plus sur cette « invention » de la « mythologie » (le mot est mis entre guillemets par les éditeurs eux-mêmes) au XVIIIe siècle. Cette petite réserve n’enlève rien à l’intérêt de ce livre, qui montre tout l’intérêt que comporte la tradition mythographique et éclaire avec science et clarté des textes souvent peu connus.


Notes:


1.   On peut trouver le programme précis de ces colloques sur le site de Polymnia.

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