Bryn Mawr Classical Review

BMCR 2014.04.25 on the BMCR blog

Bryn Mawr Classical Review 2014.04.25

Koray Konuk (ed.), Stephanèphoros. De l'économie antique à l'Asie mineure: Hommages à Raymond Descat. Mémoires, 28.   Bordeaux:  Ausonius Éditions, 2012.  Pp. 421.  ISBN 9782356130631.  €70.00.  


Reviewed by Paraskevi Martzavou, Corpus Christi College Centre for the Study of Greek and Roman Antiquity, Oxford (paraskevi_martzavou@hotmail.com)

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Ce volume/hommage à Raymond Descat réunit 29 études sous la houlette de Koray Konuk et s’intègre au sein d’une tradition de plus en plus répandue de nos jours, celle des volumes/hommages contenant des contributions de haute qualité. Dans le cas présent, le volume est doté en outre d’une thématique cohérente et ciblée.

L’ouvrage commence par une préface de Patrice Brun, suivie d’une brève introduction par Koray Konuk. Une liste de publications de Raymond Descat vient ensuite, offrant une très bonne idée des thématiques majeures qui régissent l’oeuvre de l’historien, thématiques illustrées par la répartition des contributions en deux parties. La première partie, constituée par une quinzaine d’articles plutôt courts et bien ciblés, est consacrée à l’économie antique, l’un des pôles principaux des intérêts de Raymond Descat. La deuxième partie, comprenant quatorze contributions, se concentre sur l’Asie Mineure, autre pôle des intérêts de l’historien. Pour des raisons d’espace et de préférences personnelles, je traiterai ici surtout des études de la première partie, plus conceptuelle et « historique », en faisant seulement une brève mention des études de la deuxième partie. Ces dernières études traitent de thèmes aussi variés que la réception de la royauté macédonienne ou le culte des évergètes romains et les concours en Asie Mineure. Un index des sources et un index général rendent cet ouvrage utile à la fois pour le novice dans le domaine de l’histoire économique et sociale et pour le chercheur.

Le bref et substantiel article de Jean Andreau, qui ouvre la première partie, a comme sujet les Latins Juniens, une sub-catégorie d’esclaves dans l’Ouest latin. Les problèmes que pose une liste de noms provenant d’Herculaneum sont presentés systématiquement par Andreau afin de comprendre et interpréter le statut juridique des Latins Juniens. Zosia Archibald montre comment des bijoux d’or et d’argent, provenant des fouilles des cimetières de l’ancienne Macédoine et Thrace, peuvent être contextualisés. Archibald suggère que la question de la possession de métaux précieux et celle du genre et de sa signification dans un contexte funéraire méritent d’être examinés de manière diachronique, en combinaison avec d’autres types de sources, par exemple les sources littéraires. Véronique Chankowski, en prenant appui sur l’étude de la loi sur la vente du bois et du charbon provenant de Délos hellénistique (ID 509), propose une précieuse contribution aux débats concernant le caractère primitif, ou non, de l’économie antique. En contextualisant l’analyse de ce document, Chankowski ouvre de nouvelles perspectives de discussion, notamment en ce qui concerne l’époque hellénistique. La cité de Délos au cours de la seconde moitié du IIIe siècle apparaît dotée d’un mécanisme institutionnel puissant, à même de favoriser un équilibre entre besoins civiques, nécessités du sanctuaire, et exigences du commerce de transit. Chankowski met notamment en évidence les mécanismes institutionnels au moyen desquels la cité réglemente les ventes et contrôle le développement de spéculateurs, qui pouvaient être aussi bien Déliens qu’étrangers. L’étude pointue de Michel Cottier concerne un document de collecte de taxes douanières en Egypte achéménide, le célèbre papyrus palimpseste TAD C3.7. Cottier, en considérant à la fois les éléments banals et les éléments innovateurs de ce document, pose des questions concernant l’interaction mutuelle entre le système de taxation perse et le système de taxation valable en Égypte. La distinction entre deux catégories de contribuables, les étrangers (Grecs) et les membres de l’Empire (Phéniciens), est intéressante. François de Callataÿ revisite le miracle grec, depuis longtemps remis en question, et le réaffirme d’un point de vue inattendu, c’est-à-dire quantitatif et économique. Il met l’accent sur trois aspects : la croissance, le bien-être, et le bonheur. Ce point de vue est à prendre cum grano salis dans la mesure où l’optimisme de cette étude, pointue et précise, peut laisser certains sceptiques. Gerald Finkielsztejn, en offrant aussi des exemples quantifiés, modifie des prises de position antérieures, notamment en ce qui concerne le caractère civique et officiel du marquage des instruments et récipients à l’époque hellénistique. En se concentrant sur l’exemple d’Akanthos, cité de Chalcidique, Finkielsztejn fait clairement apparaître le contrôle de la cité dans certains cas, même si la possibilité d’un monopole total de celle-ci sur la production de la céramique doit être relativisée. Une autre conclusion importante est que le timbrage des amphores et leur exportation peuvent être deux activités dissociées. Catherine Grandjean traite la question de la nature de l’état achéen, en prenant appui sur un passage de Polybe (2.27-9-11) et en examinant aussi des données numismatiques. En offrant des observations très fines sur le poids des monnaies, leur formes et leur zones de circulation, elle conclut que des pratiques monétaires beaucoup plus souples qu’on ne l’a cru jusqu’à récemment ont dû caractériser les transactions de l’époque hellénistique. Le privilège de frapper monnaie relevait de la sphère civique, mais seulement pour les monnaies de bronze. Pour comprendre la production et la circulation des monnaies d’argent, un modèle régional serait plus approprié. Cette contribution méticuleuse et intéressante finit par des remarques pessimistes concernant les rapports entre monnaie unique et identité européenne.

Claire Hasenohr traite la question des lieux d’échange à Délos athénienne (167-88 a.C.). Elle examine les aménagements portuaires, les “agoras”, les édifices commerciaux, les magistrats, les marchés. Elle revisite les questions de l’identification et de la datation des espaces commerciaux pour évaluer l’implication d’Athènes dans le commerce délien qu’elle juge décisif “au moins jusqu’au début du Ier siècle et ce compris après la dissolution de la clérouchie”. Les particularités du cas de la Délos athénienne ressortent très bien de cette étude. John H. Kroll entreprend une étude sur deux poids de bronze en provenance de Corinthe, un archaïque et un hellénistique, menant à des questions générales concernant l’uniformisation de l’étalon sur les poids à travers diverses époques. Léopold Migeotte explore la question des prêts auprès des particuliers (rois et bienfaiteurs) dans le cadre civique en utilisant l’exemple de Milet, de la basse époque hellénistique. Christophe Pébarthe examine, en surplomb, les débats concernant la nature et l’historiographie sur l’économie antique. Il s’interroge sur la question du “marché” comme outil pour étudier l’économie et la société anciennes. Il examine, entre autres, l’approche de Moses Finley par rapport à celle de Karl Polanyi, en un rapide tour d’horizon détaillé, clair et stimulant. Isabelle Pernin, en étudiant les pratiques de viticulture en Attique à travers les baux, arrive à la conclusion que la culture de la vigne en Attique, même à l’époque classique, était modeste et que c’était plutôt les propriétés d’outre-mer qui produisaient des quantités plus considérables. Gary Reger offre une analyse et un commentaire d’un inventaire d’offrandes provenant de Mylasa. Il met l’accent sur le poids des objets, sur leur nature et leur fonction rituelle, sur la date et le type de culte; il suppute l’existence d’un culte héroïque à caractère public à Mylasa. Jean-Manuel Roubineau offre une étude d’histoire sociale, en examinant le cas du traitement des orphelins de guerre, des dotations pour les filles epiclères pauvres et la prise en charge des invalides pauvres pour discerner les motivations civiques et sociales aux racines de l’action “sociale” de la cité. Il finit par conclure qu’il faut absolument opérer un clivage entre les valeurs modernes et les valeurs anciennes nourrissant les motivations institutionnelles. Julien Zurbach tente de préciser le contexte de la naissance de l’oeuvre d’Hésiode, notamment « Les Travaux et les Jours ». Cette étude riche et profonde commence par la question du “genre” de l’oeuvre. Il explore notamment l’hypothèse d’influences orientales et aussi les pièges de nature idéologique dérivant des jugements de valeurs sur les rapports et la conception même de l’Est et de l’Ouest, l’antiquité grecque, les identités modernes.

Les contributions de la deuxième partie illustrent des aspects de l’histoire de l’Asie Mineure : rapports avec d’autres régions (Ignacio Adiego-Michalis Tiverios-Eleni Manakidou-Despoina Tsiafakis sur les inscriptions cariennes en Macédoine), archéologie des débuts de l’époque archaïque (Kaan Iren, Ayla Ünlü sur des rites funéraires d’époque géométrique à Téos, Olivier Mariaux sur les pratiques funéraires dans la région d’Halicarnasse à l’époque géométrique), histoire hellénistique (Alain Bresson sur une nouvelle inscription d’Apamée, Laurent Capdetrey sur les questions complexes concernant les pouvoirs en Carie vers 300 a.C., Winfried Held sur les palais attalides à Pergame, Laurence Cavalier et Jacques des Courtils sur la continuité d’honneurs cultuels rendus à Xanthos dans un enclos funéraire d’époque classique ou “dynastique”), histoire romaine (Fabrice Delrieux sur les tremblements de terre et les empereurs, Gaetan Thériault sur le culte des évergètes), questions numismatiques (Koray Konuk sur des monnaies de communautés cariennes), histoire religieuse (Askold Ivantchik-Alexander Falileyev sur une dédicace olbienne), nouvelles recherches archéologiques (présentation de Zeugma par Kutalmiş Görkay, nouveau fragment du sarcophage de Payava publié par Francis Prost), historiographie (Pierre Briant sur la royauté macédonienne perçue au XVIIIe siècle). En général il s’agit d’études détaillées et pointues. Certaines pourraient être considérées comme liées aux thématiques de la première partie (Gary Reger dans la partie concernant l’économie antique, Laurence Cavalier et Jacques des Courtils traitant des cultes héroïques à partir de perspectives différentes).

Le volume dans l’ensemble reflète à la fois l’école historique de Bordeaux et sa réception, son influence. Il constitue une sorte d’instantané des débats actuels sur l’économie, très utile et très riche, à l’intention des étudiants et des chercheurs.

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