Bryn Mawr Classical Review

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Bryn Mawr Classical Review 2014.02.22

Massimo Blasi, Strategie funerarie: onori funebri pubblici e lotta politica nella Roma medio e tardorepubblicana (230-27 a.C). Studi e ricerche, 1.   Roma:  Sapienza Università Editrice, 2012.  Pp. xii, 334.  ISBN 9788895814773.  €22.00 (pb).  


Reviewed by Yasmina Benferhat, Université de Lorraine (Yasmina.Benferhat@univ-lorraine.fr)

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Funerum nulla ambitio : c’est ce que Tacite déclare à propos des Germains (Germ. 27, 1) et de toute évidence cette simplicité tranche avec les habitudes romaines qui sont ici critiquées implicitement. De fait, l’on trouve des exemples chez cet auteur de funérailles grandioses, telles celles de Junia à la fin du livre III des Annales. Massimo Blasi a choisi, lui, de s’intéresser à cette pratique sous la République, dans la période qui va de 230 à 27 avant J.C., et il en a fait le sujet de sa thèse, soutenue en 2010 à Rome (La Sapienza). C’est une version remaniée de ce travail que voici, version laurée également par l’attribution d’un prix de tesi di dottorato 2012 attribué par la Sapienza.

Le livre s’articule en deux temps : une première partie est une étude des honneurs funèbres (funérailles publiques, éloges, tombeaux, monuments, statues et jeux publics) décidés par le Sénat pour honorer des hommes politiques, et l’auteur s’attache à montrer comment ces honneurs étaient instrumentalisés par les proches ou les adversaires dans le cadre d’une compétition féroce. Dans un deuxième temps, après une table synoptique (pp. 155-158), il donne au lecteur plusieurs outils utiles dans les appendices, en particulier une liste de notices prosopographiques à propos des bénéficiaires de ces honneurs, ainsi que l’ensemble des sources littéraires et épigraphiques utilisées. L’ensemble est clair, agréable à consulter, et sera bien utile à tous ceux qui s’intéressent à la question.

Dans son introduction (pp. 1-11), l’auteur présente le cadre chronologique et le corpus retenus pour ses recherches, avant de revenir sur la doxographie. Son travail s’insère dans toute une série de publications récentes sur les honneurs funèbres, mais veut s’en distinguer par le choix d’étudier la République et une approche politique plutôt qu’anthropologique.

Sa première partie se compose de trois chapitres : quoi (les différents types d’honneurs funèbres, pp. 13-121), qui (les bénéficiaires, pp. 123-131), pourquoi (l’instrumentalisation à des fins politiques, pp. 133-154). Le premier chapitre, qui est donc de loin le plus long, suit une logique à la fois thématique – en étudiant chaque type d’honneur – et chronologique, à l’intérieur de chaque rubrique.

L’auteur commence avec le funus publicum, et le cas de Sylla en 78, même si avant lui il y eut Cincinnatus et Agrippa Menenius pour ne citer qu’eux (hors de la période étudiée). Les funérailles du dictateur et les enjeux politiques sont longuement analysés (pp. 13-23) avant d’arriver à deux cas d’honneurs funèbres honorant des femmes membres de la famille de Jules César. Le premier intervient en 69, avec la laudatio funebris de l’épouse de Marius, tante de César, Julia (pp. 23-26). Ce fut en effet un grand moment de communication politique, les portraits du cortège permettant à César de se présenter comme héritier de la tradition popularis. Le second exemple est offert par le funus publicum de Julie, sa fille, en 54 (pp. 26-28), dont l’auteur remet en cause l’existence. En réalité, l’exact pendant des funérailles publiques de Sylla fut le funus publicum accordé à César en 44, longuement étudié à son tour (pp. 28-43). L’auteur souligne à juste titre la théâtralité d’une part, et d’autre part la violence populaire qui n’est pas sans faire songer aux funérailles de Clodius.

On compte plusieurs bénéficiaires de funérailles publiques après César (pp. 43-59) : Publius Servilius Vatia Isauricus, peu après les Ides de Mars et résultant de manoeuvres de Marc Antoine selon Blasi, puis le juriste Servius Sulpicius Rufus en février 43, avant les deux consuls de l’année morts en avril – Pansa et Hirtius – et Blasi attribue ces honneurs à Cicéron. Les deux derniers cas présentés sont celui de Publius Alfenus Varus vers 40 et de Ventidius Bassus (en 35 ?).

L’auteur étudie ensuite les laudationes funebres publicae sans funérailles : il mentionne le cas de la sœur de Jules César, Julie, en 51, avant celui de Tiberius Claudius Nero, premier époux de Livie, en 33 a priori. Dans les deux cas il met en avant la figure d’Octave, qui prononça l’éloge funèbre de sa parente et qui rendit hommage à Nero, peut-être pour se capter la bonne volonté de la noblesse romaine.

Les honneurs analysés ensuite sont les monumenta/sepulchra publice data (pp. 69 sqq), dont bénéficièrent les deux frères Scipion morts en Espagne en 211, puis Sylla, puis Bibulus (cos. 58) avant la fille de César, Julie, et César lui-même. On retrouve ensuite (pp. 83 sqq) Sulpicius Rufus, les deux consuls de 43, et Laterensis (un légat de Lépide), une autre victime d’Antoine honorée par Cicéron pour mieux disqualifier son ennemi. De ce fait, on peut se demander s’il n’aurait pas valu la peine d’essayer de regrouper ces honneurs autrement, de façon à mieux mettre en valeur les manœuvres politiques de la fin de la République avec les années 50 puis le pic des années 44-43, avant la propagande octavienne des années 30. On retrouve la mère d’Octave pour clore cette étude des tombeaux publics, ce qui pose aussi la question de l’évolution dans l’attribution des honneurs funèbres : ceux-ci concernent des seconds couteaux au début de la période étudiée puis distinguent les hommes les plus importants comme Sylla et César, et sont également attribués désormais à des femmes en tant que membres de la famille de tel ou tel.

L’auteur se penche par la suite sur les statuae publice datae (pp. 94- 108) : on retrouve Coruncanius, puis la fille de César, Sulpicius Rufus et Laterensis, à côté de nouvelles figures comme celle du legatus Gnaeus Octavius (mort en 162) et Pontius Aquila défendeur de Modène en 43 contre Marc Antoine. Il conclut avec la consecratio (pp. 108-113) qui concerna Sylla puis César. Ce premier chapitre s’achève sur une synthèse récapitulant les destinataires des honneurs étudiés et ceux qui en bénéficièrent indirectement (pp. 114-121) : c’est l’occasion pour Blasi de dégager de grandes lignes, même si elles sont un peu obscurcies par la volonté louable d’énumérer toutes les personnes pouvant profiter indirectement des honneurs votés, alors que dans certains cas il semble évident qu’il y avait un grand bénéficiaire et meneur de jeu, à savoir César ou Cicéron.

Le deuxième chapitre est nettement plus bref et concerne les formes gentilices de commémoration associées aux honneurs funèbres (pp. 123-131) : l’auteur suit un ordre purement chronologique avec les frères Scipion de 211, Sylla, la fille de César et César lui-même, pour présenter les combats de gladiateurs, les banquets, les sacrifices et les jeux. Il y a un grand absent ici : Paul-Emile avec les célébrations de 160, ce qui peut se comprendre puisqu’il n’eut pas droit à des honneurs publics, mais pose la question de l’occupation de l’espace urbain par les célébrations funéraires, qu’elles soient votées par le Sénat ou non.

Le troisième chapitre, assez bref lui aussi (pp. 133-154), porte sur le sens à accorder à ces honneurs funèbres publics et aux manœuvres politiques que l’on peut deviner derrière : l’auteur revient sur ce qu’il a déjà abordé au fil de la liste des différentes formes d’honneurs pour proposer une présentation thématique avec les efforts de légitimation d’abord, d’un groupe comme les Scipions ou d’une guerre comme celle menée contre Antoine. Puis Blasi évoque la volonté de célébrer quelqu’un : on peut penser que le terme « propagande » devrait s’appliquer à l’ensemble des manœuvres envisagées et non pas seulement à une célébration. Il s’intéresse enfin à ce qui constituait probablement des attaques contre un autre camp, comme lorsqu’Antoine fit attribuer des honneurs à Vatia Isauricus, ou au contraire une défense. Ce passage s’achève sur l’étude de la divinisation de César (pp. 145-46). L’auteur commence alors une subtile analyse des rapports entre types d’honneurs votés et intentions politiques (pp. 146-154) en soulignant les innovations apportées par César et les choix de son héritier.

La table synoptique qui suit cette première partie, avant une conclusion très brève (pp. 159-160) offre une grande clarté aux lecteurs. Les notices prosopographiques qui suivent ne peuvent être reprises toutes en détail : on relèvera simplement que la « bibliographie principale » apparaît bien maigre pour certains, comme Tiberius Claudius Nero, par exemple (p. 234) ou Sulpicius Rufus (p. 201) : on attendrait les ouvrages classiques de R. Baumann ou de W. Kunkel sur les juristes romains. Le deuxième appendice concerne les rares cas de personnages étrangers, comme Syphax en 201 (pp. 235-245), Persée le roi de Macédoine (pp. 245-247), et Sphairos le précepteur d’Octave (pp. 253-256), dont l’auteur doute qu’ils aient pu bénéficier d’honneurs funèbres publics. Le livre s’achève avec une bibliographie assez curieusement présentée – avec d’abord la liste des usuels et ensuite une seconde partie mélangeant sources et littérature secondaire – ainsi que plusieurs indices, ce qui est tout à l’honneur de son auteur : index des sources, index des noms et index des notions.

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