Bryn Mawr Classical Review

BMCR 2014.02.17 on the BMCR blog

Bryn Mawr Classical Review 2014.02.17

Massimo Osanna, Mariasilvia Vullo (ed.), Segni del potere: oggetti di lusso dal Mediterraneo nell'Appennino lucano di età arcaica. Polieion.   Venosa:  Osanna Edizioni, 2013.  Pp. 327.  ISBN 9788881674015.  €45.00 (pb).  


Reviewed by Alain Duplouy, Institut d’art et d’archéologie, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne (aduplouy@univ-paris1.fr)

[Authors and titles are listed at the end of the review.]

Parmi les plus extraordinaires découvertes de l’archéologie du Sud de l’Italie au cours de la dernière décennie figure assurément la résidence « princière » mise au jour et fouillée par Massimo Osanna à Torre di Satriano au cœur de la Basilicate. Depuis 2000, l’Université de la Basilicate, à travers l’École de spécialisation en archéologie de Matera, mène un programme de recherche archéologique dans ce secteur de la périphérie de Potenza. Dès 2009, une première exposition (Principi ed eroi della Basilicata antica. Immagini e segni del potere tra VII e V secolo a.C.) organisée au Musée archéologique national Dinu Adamesteanu de Potenza présentait au public, dans le cadre prestigieux du Palazzo Loffredo, le matériel archéologique de ce programme de recherches. Intégrée dans le parcours d’exposition permanent du musée, celle-ci a été revue en profondeur au cours du printemps 2013 afin de tenir compte des dernières découvertes, pour l’essentiel inédites, effectuées dans le secteur de la résidence princière du VIe siècle, que le fouilleur désigne sous le terme d’anaktoron. Le présent livre accompagne cette seconde exposition qui place l’accent sur les insignes du pouvoir et du prestige, ainsi que sur les rituels qui caractérisent la vie et la mort de ces élites indigènes. La nouvelle exposition offre également l’occasion de présenter pour la première fois le contexte funéraire de la tombe 35 de Baragiano et celui de la tombe 103 de Braida di Vaglio, qui trouvent dans la confrontation avec Torre di Satriano un éclairage nouveau.

Dans l’ensemble, le site de Torre du Satriano met en lumière les relations que les communautés indigènes de l’intérieur entretenaient avec les colonies grecques de la côte ionienne à l’époque archaïque. On assiste à ce moment à l’affirmation de petits groupes émergents au sein de la société indigène locale, capables de contrôler les ressources du territoire, mais aussi d’accumuler d’énormes richesses en biens de prestige. Si la présence de tombes au contact direct des habitats, la typologie même de ceux-ci en cabanes et l’absence de césure entre espaces aux fonctions différentes correspondent à des formes d’occupation bien éloignées de celles de la cité grecque, c’est pourtant vers le monde grec qu’est tournée une part de la culture des ces élites indigènes. Les manifestations de pouvoir et de prestige passent en effet par une adhésion au modèle culturel grec et, en particulier, homérique, qui permet à ces individus émergents de construire leur statut à travers l’adoption du banquet et du service à vin grec, mais aussi – et c’est ce qui fait le caractère extraordinaire de la découverte de Torre di Satriano – par la construction d’une vaste demeure pourvue d’une décoration architecturale parfaitement grecque. Outre le décor architectural remarquable de l’anaktoron, c’est aussi l’ensemble du mobilier qui est conservé de manière exceptionnelle, en raison même des conditions d’abandon de l’édifice, détruit brutalement par un tremblement de terre qui scella ainsi le complexe, offrant aujourd’hui aux archéologues une image particulièrement vivante et complète de la vie et des coutumes de ces élites indigènes. Les objets dont s’entouraient ces individus, tant dans l’anaktoron que dans la nécropole associée – comme d’ailleurs dans les tombes de Baragiano et de Serra di Vaglio –, témoignent par leurs origines variées des vastes connexions méditerranéennes et des circuits d’échanges dans lesquels s’inscrivaient ces communautés indigènes de Basilicate archaïque, avant que la région ne connaisse de profondes mutations liées à la « lucanisation » de l’arrière-pays indigène à partir du Ve siècle.

Les auteurs évoquent à plusieurs reprises une société « princière » au modèle homérique, où les performances sont autant de représentations symboliques permettant aux élites de construire et d’asseoir leur statut entre pairs et sur toute la communauté. Bien que les contextes institutionnels soient très différents, nous sommes en réalité très proches, avec ces sociétés indigènes de Basilicate archaïque, des pratiques de distinction et des modes de reconnaissance sociale que je mettais pour ma part en évidence dans les sociétés grecques archaïques (Le prestige des élites 2006), avec lesquelles les comparaisons sont décidément nombreuses.

L’ouvrage, coordonné par Massimo Osanna et Mariasilvia Vullo, rassemble une série de contributions dues tant à des spécialistes confirmés qu’à de jeunes archéologues ; il est divisé en trois parties, comportant chacune de nombreuses contributions.

La première partie ( « Gente di montagna: Italici dell’area nord-lucana ») offre une présentation générale de ce secteur de Basilicate que l’on a pris l’habitude de qualifier de « nord-lucanien ». A. Bottini rappelle tout d’abord les modèles d’occupation en vigueur dans la Basilicate du premier âge du fer, distinguant les spécificités « dauniennes » ou « apuliennes » de la région de Lavello et Banzi, ouverte sur l’Adriatique, des caractéristiques « nord-lucaniennes » de la zone montagneuse de l'Appennino lucano, allant de Roscigno à Oppido Lucano en passant par Torre di Satriano, Barargiano, Ruvo del Monte et Serra di Vaglio. M. Osanna présente ensuite brièvement le cas de Torre di Satriano et les recherches qu’il y conduit depuis une dizaine d’années, à travers des prospections de surface d’abord, puis des fouilles. Il souligne notamment la nature polynucléaire des établissements qui se succèdent du milieu du VIIIe siècle à la fin du IIIe siècle, l’habitat n’y adoptant une forme urbaine qu’avec l’arrivée des Lucaniens vers le milieu du IVe siècle. De la même manière, les activités cultuelles trouvaient probablement une place dans l’anaktoron, véritable « maison du chef » selon le modèle homérique mis en évidence par A. Mazarakis Ainian pour la Grèce des âges obscurs ( From Rulers’ Dwellings to Temples. Architecture, Religion and Society in Early Iron Greece (1100-700 B.C.), 1997). A. Bottini poursuit avec trois textes consacrés à la stratification sociale dans les tombes du Ve siècle et au remplacement rapide de la céramique locale matt-painted par des vases peints de type grec, à la fin de la culture « nord-lucaniene » et au délicat problème de l’ethnogenèse des Lucaniens, ainsi qu’au marqueur culturel que constitue la nestoris dans le monde « nord-lucanien ».

La deuxième partie ( « Élites al potere. Vita e morte da principi ») s’attache à présenter en détails le complexe de l’anaktoron, ses terres cuites architecturales, le service à banquet du « prince », ainsi que les armes et biens de prestige mis au jour lors des campagnes de fouilles récentes. Il revient tout d’abord à M. Osanna de présenter la résidence « princière » du VIe siècle, l’anaktoron, mais aussi son prédécesseur du VIIe siècle, dans leur contexte régional. Selon Osanna, les établissements de la zone « nord-lucanienne », comme ceux de Torre di Satriano ou de Braida di Vaglio, contrôlaient un territoire compris entre 100 et 150 km2, dont les centres, généralement non fortifiés et visibles les uns des autres, étaient distants d’une vingtaine de kilomètres environ à vol d’oiseau. À l’intérieur de ces communautés, le pouvoir et le prestige passaient, semble-t-il, d’un groupe gentilice à l’autre, comme cela semble être le cas à Torre di Satriano, où deux demeures « princières », l’une – une grande cabane à abside – du VIIe siècle, l’autre – l’anaktoron au décor architectural de type grec – du VIe siècle, ont été fouillées à quelques centaines de mètres de distance. Les tombes qui y étaient associées comportaient un matériel au caractère local bien marqué (céramique matt-painted et nestorides), mais surtout, pour les tombes de l’anaktoron, une série d’importations qui situent l’élite à qui appartenait cette résidence dans un cadre désormais pleinement méditerranéen. Viennent ensuite plusieurs contributions consacrées aux toitures de l’anaktoron (B. Baglivo, F. Lembo, Fr. Marino et M. Osanna), qui sont l’œuvre d’un atelier tarentin et, partant, d’artisans grecs attirés à Torre di Satriano, dont l’ergasterion a d’ailleurs été localisé et fouillé à proximité du palais. Pour la couverture du corps central du bâtiment, les artisans ont fait le choix d’une toiture à double pente à tuiles de type laconien, réalisée sur place en argile locale, à laquelle il faut ajouter une frise décorée de cavaliers et d’hoplites – selon un type déjà connu par d’anciennes fouilles à Braida di Vaglio, où l’on restituera donc désormais l’existence d’une résidence « princière » analogue à celle de Torre di Satriano –, ainsi qu’un acrotère central et une sphinge du plus remarquable effet. G. Ferreri et M. Vullo présentent ensuite la céramique découverte dans la fouille de l’anaktoron, tant de production locale que des importations des colonies grecques comme de la Mère patrie, qui trahissent surtout l’introduction de la pratique grecque du banquet au sein de ces élites. C’est sur cette pratique et sur tout le faste qui l’entoure en tant que moment de représentation et de construction de la hiérarchie sociale que se penche M. Osanna dans la contribution suivante, détaillant le mobilier, l’aménagement et la décoration des espaces intérieurs de l’anaktoron, qui renvoient à une convivialité rituelle analogue à celle des tombes « princières » de Baragiano et Vaglio. Notons d’ailleurs que la présence d’une petite structure circulaire dans le vestibule, interprétée comme un probable autel, indique que les fonctions cultuelles appartenaient alors, comme dans la Grèce des âges obscurs, au « prince ». Les trois contributions suivantes sont consacrées aux biens de prestige et objets de luxe : A. Bottini présente les objets en bronze de l’anaktoron et des centres « nord-lucaniens », puis les armes (en particulier des tombes de Vaglio et Baragiano) qui dénotent l’adoption dans toute la région du modèle hoplitique grec, tandis que P. G. Guzzo discute les rares bijoux d’or et d’argent découverts à Torre di Satriano, en particulier une extraordinaire fibule d’argent en forme d’oiseau de production probablement laconienne. Enfin, A. Florenzano et A. M. Mercuri présentent les résultats des analyses polliniques et paléo-environnementales, qui permettent de restituer un paysage agraire et une flore adaptée à une économie pastorale.

La troisième partie ( « Catalogo » ) offre un catalogue complet des pièces exposées : une sélection des pièces mises au jour dans les fouilles de l’anaktoron de Torre di Satriano et de sa nécropole, mais aussi les terres cuites architecturales de Serra di Vaglio et de Baragiano, ainsi que le mobilier des tombes 103 et 108 de Braida di Vaglio, 36 et 70 de Ruvo del Monte, 35, 37 et 57 de Baragiano et 68 de Serra di Vaglio, sans oublier la nestoris du peintre d’Amyklos.

De belle facture, le volume contient une riche illustration en N/B et en couleurs ; il constitue une publication préliminaire, mais néanmoins remarquablement aboutie, des découvertes extraordinaires effectuées à Torre di Satriano au cours des dernières années.

Table of Contents

7 A. De Siena, Premessa
l0 M. Osanna, Le ragioni di una mostra

I. Gente di montagna: Italici dell'area nord-lucana
17 A. Bottini, Il modello insediativo "nord-Lucano"
21 M. Osanna, Il caso di Torre di Satriano
27 A. Bottini, Stratificazione sociale e tombe nel V secolo
35 A. Bottini, La fine di una cultura
39 A. Bottini, Elementi di continuità: il caso della nestoris

II. Élites al potere. Vita e morte da principi
45 M. Osanna, Un palazzo come un tempio: l'anaktoron di Torre di Satriano
69 B. Baglivo, Un ergasterion tarantino a Torre di Satriano: installazioni artigianali per il tetto dell'anaktoron
75 F. Lembo, F.P.R. Marino, Ipotesi di ricostruzione del sistema delle coperture dell'anaktoron di Torre di Satriano
83 M. Osanna, Le coperture e le terrecotte architettoniche dell'anaktoron
99 G. Ferreri, M. Vullo, L'arte del convivio, fra rappresentanza e prassi. I manufatti in ceramica dall'anaktoron di Torre di Satriano
117 M. Osanna, A banchetto in casa del "principe"
137 A. Bottini, Lusso e prestigio: lo strumentario in bronzo a Torre di Satriano e nei centri "nord-lucani"
145 A. Bottini, Eroi armati. Gli strumenti della guerra
159 P.G. Guzzo, Parate come dee. Oggetti di ornamento in oro e argento dall'anaktoron di Torre di Satriano
163 A. Florenzano, A.M. Mercuri, Dal polline nei sedimenti alla ricostruzione del paesaggio e dell'economia di Torre di Satriano

III. Catalogo
187 I manufatti dell'anaktoron (G. Ferreri, P.G. Guzzo, M. Osanna, M. Vullo)
230 Serra di Vaglio. Le terrecotte architettoniche (S. Mutino, G. Soppelsa)
235 Baragiano. Le terrecotte architettoniche (A. Bruscella)
236 Torre di Satriano. Le tombe dell'anaktoron (M. Scalici)
245 Braida di Vaglio. Le tombe 103 e 108 (A. Bottini, E. Setari)
261 Ruvo del Monte. Le tombe 36 e 70 (M. Scalici)
272 Baragiano. Le tombe 35, 37 e 57 (A. Bruscella, S. Pagliuca)
304 Serra di Vaglio. La tomba 68 (G. Greco)
313 La nestoris del pittore di Amykos (S. Mutino)

314 Bibliografia generale

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