Bryn Mawr Classical Review

BMCR 2013.07.23 on the BMCR blog

Bryn Mawr Classical Review 2013.07.23

Giuseppina Azzarello, Il dossier della 'domus divina' in Egitto. Archiv für Papyrusforschung und verwandte Gebiete, Beiheft 32.   Berlin; Boston:  De Gruyter, 2012.  Pp. viii, 161.  ISBN 9783110247183.  $98.00.  


Reviewed by Jean A. Straus, Université de Liège (jean.straus@ulg.ac.be)

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La domus divina (θειοτάτη οἰκία), attestée à partir de la fin du 4e s., désigne l’ensemble des propriétés données à des membres de la famille impériale et réparties entre diverses provinces de l’empire. Plusieurs spécialistes ont étudié l’origine, le rapport avec la res privata et l’administration de la domus divina. Certains points demeurent toutefois encore incertains. C’est le cas de l’organisation territoriale de la domus divina et de la hiérarchie de ses administrateurs au niveau local. Sur ce dernier point, les papyrus d’Égypte apportent de nombreux renseignements, mais la terminologie qu’on y rencontre n’est pas toujours aussi claire qu’on le voudrait. En effet, les termes utilisés ¬— par exemple ἐπίτροπος, φροντίζων, διοικητής — prennent une signification différente selon la sphère dans laquelle ils sont employés. Ainsi φροντιστής est le terme généralement utilisé pour désigner le curator d’un οἶκος, mais dans la documentation relative à la famille des Apions, il se réfère plus précisément à l’intendant supérieur d’un petit centre rural. Et des doutes subsistent sur le rôle que joue un ἐπίτροπος par rapport à celui d’un διοικῶν τὰ πράγματα ou sur le rapport entre un φροντίζων τῶν πραγμάτων et un διοικητής.

L’objet de l’ouvrage recensé est l’examen minutieux des témoignages papyrologiques relatifs à la domus divina dans le but de faire pour la première fois le point de la situation sur les propriétés impériales en Égypte byzantine. G. Azzarello veut avant tout reconstruire le dossier de l’institution et, sur base de celui-ci, tenter d’éclairer les aspects encore peu clairs comme sa distribution sur le territoire ou sa structure administrative et ses rapports avec les autres propriétaires terriens de l’Égypte byzantine. Le choix est motivé par le fait que ce pays a donné un nombre consistant de sources qui concernent les propriétés impériales: la relative consistance de leur nombre laisse espérer qu’il est possible d’obtenir des résultats sûrs, applicables aussi à d’autres provinces de l’empire. Loin de vouloir proposer des solutions définitives, la contribution se pose comme objectif principal celui d’offrir un instrument de réflexion et de travail aux chercheurs qui s’occupent de ce thème.

La base de la recherche est l’ensemble des soixante-dix papyrus qui concernent la domus divina en Égypte. Un tel corpus, jamais réalisé de manière exhaustive, est constitué en sélectionnant de manière la plus complète possible les papyrus qui mentionnent la domus divina explicitement ou implicitement (dans ce dernier cas parce que, par exemple, ils contiennent un toponyme ou le nom d’une personne en rapport avec le sujet). L’auteure établit donc la distinction entre témoignages certains (58) et témoignages hypothétiques (12). Le Catalogo delle testimonianze constitue la seconde partie de l’ouvrage (p. 53-121). Les documents sont rangés selon l’ordre chronologique avec l’indication de leur publication, le lieu, la date, le résumé du contenu, la partie du texte qui se rapporte à la domus divina, à ses administrateurs, aux personnes qui s’y rapportent ou aux lieux où se trouvent les propriétés impériales. Les numéros imprimés en cursives sont frappés d’un doute. Les numéros 12 et 44 sont inédits. Le 12 est édité en Appendice I par T. M. Hickey.

La première partie de l’ouvrage contient l’analyse des témoignages (p. 4-52). Pour étoffer sa recherche papyrologique, l’auteur utilise des textes provenant d’autres provinces de l’empire et des sources historico-juridiques. Elle aborde les sujets suivants: 1) la distribution chronologique et géographique des textes; 2) le contenu des témoignages; 3) les administrateurs, identifiés et discutés dans des paragraphes particuliers sur la base de leur désignation et de leur rôle; 4) les autres personnes que l’on peut relier à la domus divina; 5) les localités égyptiennes dans lesquelles la famille impériale avait des intérêts économiques. Pour les localités oxyrhynchites, riches en données, l’auteure tente de tracer d’éventuels parcours diachroniques d’acquisition ou cession par la domus divina en comparaison avec les autres propriétaires de la région; 6) les conclusions.

Les témoignages qui constituent le dossier proviennent pour la plus grande part de la province d’Arcadie, plus précisément 39 de l’Oxyrhynchite, 5 de l’Héracléopolite et 3 de l’Arsinoïte. De la Thébaïde proviennent 18 documents dont la majeure partie peut être attribuée à l’Antaiopolite. De l’Hermopolite, un seul texte. 3 sont envoyés de Constantinople. On ignore la provenance de trois autres. Deux régions sont bien documentées: l’Oxyrhynchite et l’Antaiopolite. Les dates des papyrus s’étalent du 4e s. à la première moitié du 7e s. Un seul papyrus est daté du 4e-5e s. La plupart proviennent du 6e s. Le contenu des textes est varié, mais ne diffère pas de celui des textes en provenance des domaines impériaux ou privés: ventes, baux d’immeubles ou de matériaux, prêt d’argent, contrat de travail, ordres de paiements, lettres, pétitions, comptes, etc.

La documentation papyrologique atteste l’existence de divers administrateurs de la domus divina au niveau central ou local. Leur rôle et leur position dans le système de gestion des propriétés impériales ne sont pas fixés en toute sûreté. L’étude permet toutefois de formuler une hypothèse sur une possible structure hiérarchique des administrateurs impériaux en Égypte qui pourrait trouver confirmation dans les sources épigraphiques, littéraires et juridiques relatives aux autres provinces. L’auteur présente les différents administrateurs selon l’ordre hiérarchique qu’elle a pu établir, en commençant par le degré inférieur et en montant: προνοητής, διοικῶν τὰ πράγματα et διοικητής, φροντίζων (τῶν πραγμάτων) / φροντιστής, κουράτωρ, ἐπίτροπος.

Le προνοητής est le plus important des administrateurs de rang inférieur qui opèrent au niveau local. Sa fonction à l’intérieur de l’administration de la domus divina consiste en la récolte et la remise des taxes prélevées dans son district de compétence, appelé προστασία. Il s’occuperait aussi, probablement avec son supérieur, de l’organisation et de la gestion du travail effectué dans les champs par les paysans de son district. Peut-être réglait-il aussi des affaires judiciaires dans lesquelles étaient impliqués les paysans de son district.

Le διοικῶν τὰ πράγματα ou διοικητής est le supérieur direct du προνοητής. La dénomination διοικῶν τὰ πράγματα ne se trouve que dans l’Oxyrhynchite, au 5e s. et en rapport avec deux personnages. Διοικῶν τὰ πράγματα et διοικητής désignent une fonction identique. Le dioecète récoltent des taxes dans son district de compétence. Il passe des contrats de location et de travail au nom de la domus divina. Il semble aussi que les paysans font appel à lui comme arbitre en cas de litige. Le domaine de compétence du dioecète s’appelle διοίκησις.

Le φροντίζων (τῶν πραγμάτων) ou φροντιστής semble être un administrateur de rang plus élevé que celui du dioecète. Il administre la domus divina au niveau d’une province entière. Parmi ses fonctions figurent la réception des pétitions envoyées par les dépendants de la domus divina qu’il administre. Des contrats passent entre ses mains et il est impliqué dans la gestion financière et fiscale des propriétés qu’il gère.

Le κουράτωρ. Les sources attestent l’existence d’un administrateur de rang plus élevé que les précédents, sans doute responsable de la totalité de la domus divina d’un membre de la famille impériale qui pouvait être répartie dans plusieurs provinces. Ce type d’administrateur apparaît plus souvent dans les sources épigraphiques et juridiques que papyrologiques. Mais ces dernières ont incité certains savants à penser que les κουράτορες étaient identiques aux φροντίζοντες. G. Azzarello penche plutôt pour l’hypothèse selon laquelle κουράτωρ et φροντίζων/φροντιστής sont des charges différentes, le second étant subordonné au premier.

Un seul papyrus atteste l’existence de l’ἐπίτροπος. Il n’est donc pas possible de le situer dans la hiérarchie des administrateurs impériaux. D’autres sources laissent penser qu’il s’agit d’un administrateur de rang élevé équivalent au curator.

Les papyrus permettent de relever un avancement de carrière de certains de ces administrateurs pour peu qu’ils aient exercé leurs fonctions suffisamment longtemps.

Un personnel varié exerçait diverses fonctions dans la domus divina. Citons pour exemple un χαρτουλάριος, un νοτάριος, des τραπεζῖται. Plusieurs personnes sont désignées comme “appartenant à la domus divina”. L’auteur passe en revue tout ce personnel.

La conclusion principale de G. Azzarello est que la documentation papyrologique contribue de manière substantielle à la connaissance de l’étendue et de la structure administrative de la domus divina entre la fin du 4e et le 7e s.

Concordances et index du dossier (titulaires de domus divinae, personnes, lieux, fonctions professions et institutions, titres honorifiques) sont utiles de même que l’index général des sources (littéraires, juridiques, épigraphiques, papyrologiques) et des choses, lieux et personnes notables.

G. Azzarello a bien mené la recherche des sources et leur analyse. Elle présente quelques corrections textuelles reprises en appendice (II. P.Oxy. XVI 1915, 11-13; III. P.Fouad 20, 2; IV. P.Giss. I 121, 8). Elle discute les points litigieux avec maîtrise et avance des hypothèses prudentes. Elle rencontre les objectifs qu’elle s’était fixés. Son travail mérite d’être apprécié pour deux raisons: d’une part, il met une riche documentation à la dispostion des savants qui voudraient poursuivre ou étendre la recherche; d’autre part, il apporte déjà une belle moisson de résultats concrets. On a donc affaire à un livre très satisfaisant.

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