Bryn Mawr Classical Review

BMCR 2013.04.03 on the BMCR blog

Bryn Mawr Classical Review 2013.04.03

Rumen Teofilov Ivanov (ed.), Tabula Imperii Romani K-35/2 Philippopolis.   Sofia:  Tendril Publishing House, 2012.  Pp. xv, 591; CD-ROM.  ISBN 9789549280913.  €150.00.  


Reviewed by Dan Dana, CNRS/ANHIMA, Paris (ddana_ddan@yahoo.com)

Ce gros ouvrage1 qui vient compléter l’énorme puzzle qu’est le projet international Tabula Imperii Romani 2 se compose d’une brève introduction, de notices ponctuelles sur les sites antiques (connus par leurs noms antiques et/ou modernes), d’une bibliographie, des indices et d’un CD Rom avec la documentation cartographique et d’autres illustrations.

Dans l’introduction, l’éditeur, Rumen Ivanov présente le destin du projet, entamé il y a plus de 30 ans. Cette entreprise de longue haleine a été menée sous l’égide de l’Institut National d’Archéologie et Musée de l’Académie Bulgare des Sciences. Tabula Imperii Romani K-35 couvre la plupart du territoire de la Bulgarie, sa partie occidentale étant déjà traitée dans TIR K-34.3 Si la partie grecque de la section K-35 a été publiée en 1993,4 la partie turque de la Thrace (à savoir, la Turquie européenne) sera traitée dans le futur TIR K-35/3, sous la direction de Mustafa Sayar.

Le territoire couvert est le suivant : à l’est, une ligne qui part d’Oryahovo (sur le Danube) vers Velingrad (dans les montagnes Rhodopes) ; à l’ouest, la totalité du territoire bulgare jusqu’à la côte pontique. Du point de vue des limites administratives antiques, le répertoire concerne la plupart des deux provinces du Haut-Empire, la Mésie Inférieure et la Thrace ; dans l’Antiquité Tardive, Scythia, Moesia Secunda, Dacia Ripensis, Haemimontus, Thracia, Rhodope. Du point de vue chronologique, les notices inventorient les données qui s’échelonnent d’Auguste à Héraclius ; sont parfois signalées les découvertes préromaines ou la continuité d’habitat après le VIe siècle ap. J.-C.

Plusieurs décennies ont donc été nécessaires pour la constitution et la publication de ce travail monumental. L’équipe fut constituée de plus de 50 des collaborateurs issus premièrement des musées régionaux, mais aussi des structures centrales, la plupart étant des archéologues.5 Les auteurs des notices ont exploité les mentions littéraires, les fouilles archéologiques, les découvertes fortuites et les mentions épigraphiques, même si l’on peut constater des écarts de traitement entre des sites similaires. Sont également inclus des sites qui ne sont pas localisés, puisqu’ils sont connus uniquement par des mentions littéraires ou épigraphiques, y compris des diplômes militaires qui apportent des nouveautés sur la toponymie ancienne de la région.

La description des sites respecte en général la même structure : le nom ancien et/ou moderne (avec transcription bulgare et d’autres translittérations), ainsi que le nom antérieur ; la région administrative moderne ; la province antique ; les données littéraires, épigraphiques et archéologiques (habitats, fortifications, nécropoles, routes), les découvertes numismatiques ; la mention par des cartes historiques ; à la fin, la bibliographie, toujours en deux parties (bulgare ; langues de circulation). Des notices sur les provinces viennent compléter l’ensemble. L’étendue des notices varie considérablement, passant des notices rapides, où l’information manque ou est trop lacunaire, aux contributions plus longues et détaillées (ainsi, Abritus, p. 1-8, et Iatrus, p. 152-156, Nicopolis ad Istrum, p. 244-252, Novae, p. 255-262, et Philippopolis, p. 293-299). La transcription des toponymes bulgares s’est faite en accord avec « official Romanization 2009 », qui, sans être une transcription phonétique fidèle, est davantage adaptée à l’anglais.

Comme tout travail mené en équipe, les contributions sont plutôt inégales, et les spécialistes trouveront des choses à redire. On peut citer quelques notices trop rapides, par exemple sur Chomakovtsi (p. 84), site d’importance moyenne qui a livré nombre d’inscriptions ; quant à Dionysopolis (auj. Balchik), on est surpris par l’absence de toute mention sur la très importante découverte du sanctuaire de Cybèle en 2007, qui renouvelle complètement la connaissance de la ville. 6

Le répertoire se clôt par plusieurs annexes : une liste d’abréviations ; les sources primaires (littéraires) ; une bibliographie richissime (plus de 80 pages), d’abord en bulgare (partie, naturellement, plus consistante), puis les études publiées dans des langues de circulation ; une liste des sites par provinces ; un index géographique ; un index des sujets.

Le livre est accompagné d’un CD Rom, facile à manier : il contient des cartes avec la localisation de chaque site traité (dans la région administrative contemporaine), ainsi que des plans archéologiques et même des photos ; ces derniers documents sont en partie issus d’archives. On retrouve systématiquement les sites sur une carte régionale (format PNG) , qui comporte de nombreux symboles avec les découvertes archéologiques, par type.7 Quant à la cartographie, réalisée par Stefan Dalakov, le CD Rom comporte des cartes en couleurs d’échelle variable (de M = 1:250000 à M = 1:500000). Il n’y a pourtant que trois cartes générales : la carte des routes d’époque impériale, tardo-romaine et du début de l’époque byzantine ; la carte des limites entre les provinces ; la carte de la région concernée. Des problèmes techniques liés au choix du format font que la qualité de l’image et des légendes se perd si l’on veut zoomer.

K 35/2 n’est pas exempt de problèmes techniques ou d’autre nature : je relève au passage quelques coquilles,8 ainsi que des problèmes liés à la traduction à partir du bulgare.9

Cette masse de données, accompagnée d’une bibliographie quasi-exhaustive,10 et d’une illustration très riche, justifie pleinement l’achèvement du projet. Il convient donc de saluer la parution de cet important instrument de travail qui, à l’instar d’autres parutions récentes,11 vont sans doute désenclaver les recherches sur cette partie du monde antique.


Notes:


1.   Je précise que j’ai publié un article commun avec l’éditeur bulgare : « Deux épitaphes latines d’Abritus (Mésie Inférieure). Considérations sur le peuplement d’Abritus », ZPE, 181, 2012, p. 235-244.
2.   Comme l’avait posé William Harris dans son compte-rendu de TIR K-32 (2006) (BMCR 2008.02.49), « Hearing from the Tabula Imperii Romani is like getting a letter from someone you thought had died. It will certainly surprise some to learn that the project is still alive, and indeed this seems to be only the third fascicle to have been produced in the last decade. So a new sheet inevitably raises the question whether the TIR still serves a purpose ».
3.   J. Šašel (éd.), Tabula Imperii Romani K-43: Naissus ‒ Dyrrhachion ‒ Scupi ‒ Serdica ‒ Thessalonike, Ljubljana, 1976.
4.   A. Avraméa (éd.), Tabula Imperii Romani. K-35 ‒ Philippi, Athènes, 1993.
5.   Et l’épigraphiste Nikolay Sharankov, qui signe les notices sur les toponymes mentionnées dans les inscriptions grecques et latines, de Bulgarie ou d’ailleurs (origo de militaires thraces dans la plupart des cas), parfois tirés des épithètes topiques de divinités honorées dans l’espace thrace.
6.   Voir quelques données archéologiques et épigraphiques dans l’étude préliminaire de I. Lazarenko, E. Mircheva, E. Encheva, N. Sharankov, « The Temple of the Pontic Mother of Gods in Dionysopolis », dans E. K. Petropoulos, A. A. Maslennikov (éds.), Ancient Sacral Monuments in the Black Sea Area, Thessalonique, 2010, p. 13-62. Sur le CD Rom on trouve pourtant un plan du sanctuaire de la Mère Pontique des Dieux.
7.   Avec des légendes en latin, à partir de lettres capitalisées ; mais, puisque les textes ont été par la suite normalisés, le résultat a été la présence partout du -v- à la place du -u-, par exemple « Tvmvlvs ».
8.   Liste très sélective : « Bulgarain » (p. XV), « Visogoths » (p. 4), « Dyonysopolis » (p. 103, trois fois), « Milletus » (p. 221), « Sexti Aurelii Victoriae » (p. 294), « Atila » (p. 294).
9.   Quelques exemples : « Bendida » au lieu de « Bendis » (p. 220) ; « Mesemvria » (p. 222) ; « Athena » au lieu de « Athens » (p. 221).
10.   Par exemple, on note l’absence de l’étude (récent, c’est vrai) de M.-G. Parissaki, « Étude sur l’organisation administrative de la Thrace à l’époque romaine. L’histoire des stratégies », REG, 122, 2009, p. 319-357.
11.   R. Ivanov, G. von Bülow, Thracia. Eine römische Provinz auf der Balkanhalbinsel, Mayence, 2008 ; I. P. Haynes (éd.), Early Roman Thrace. New Evidence from Bulgaria, Portsmouth (Rhode Island), 2011 (JRA Suppl. Ser. 82).

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