Bryn Mawr Classical Review

Bryn Mawr Classical Review 2012.08.57

James G. Clark, Frank T. Coulson, Kathryn L. McKinley (ed.), Ovid in the Middle Ages.   Cambridge; New York:  Cambridge University Press, 2011.  Pp. xii, 372.  ISBN 9781107002050.  $105.00.  



Reviewed by Marylène Possamai, Université Lyon2-Lumière (marylene.possamai@univ-lyon2.fr)

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Le recueil comprend treize articles sur les réécritures européennes d’Ovide au Moyen Âge. L’introduction de James G. Clark, en présentant les contributions, brosse un panorama très détaillé de cette transmission dans tout le Moyen Âge occidental et oriental. Elisabeth Fischer ne trouve guère de traces d’Ovide chez les auteurs grecs médiévaux, sauf dans les traductions du moine byzantin Planoudès (fin XIIIe siècle), dont elle montre la qualité au moyen de comparaisons minutieuses avec les originaux. Frank T. Coulson se penche avec précision sur la tradition scolaire en France entre 1180 et 1400, dont les Allegoriae d’Arnoul d’Orléans et les Integumenta Ovidii de Jean de Garlande, qui furent souvent associés ou recopiés par morceaux dans les marges des manuscrits d’Ovide, et enfin assemblés avec d’autres commentaires pour aboutir à ce qu’on appelle le « commentaire Vulgate », qui fit autorité dès la fin du XIIIe siècle, mais ne nous est parvenu que sous la forme de gloses interlinéaires dans des manuscrits des Métamorphoses. Ana Pairet présente les défis de l’Ovide moralisé, qui « recrée » les Métamorphoses au XIVe siècle : grâce à des analyses de détail très fines, du prologue en particulier, elle dégage le « cadre herméneutique » et la « poétique de la métamorphose » : en lisant fable et commentaire comme une partie du continuum poétique et non comme deux modes distincts de discours placés en juxtaposition, A. Pairet peut ainsi affirmer la cohérence de l’Ovide moralisé. Marilynn Desmond étudie la transposition romane des conceptions d’Ovide sur les femmes et sur le désir sexuel : elle rappelle que la réception médiévale de l’Ars amatoria et des Héroïdes fut fondamentale pour le développement d’un discours érotique dans les traditions textuelles médiévales. L’Ars fut lu comme un traité didactique sur la performance érotique, et la translation en prose – l’Art d’amours – inclut les commentaires marginaux, ce qui crée un registre didactique à la place de l’ironie originelle d’Ovide. Quant aux translations des Héroïdes, insérées dans des contextes narratifs plus larges, elles constituèrent les traits de la subjectivité et du désir féminin. Robert Black décrit des manuscrits glosés et des lectures d’Ovide dans l’Italie du Moyen Âge et du Rinascimento : il recense avec minutie les citations d’Ovide chez Dante, Pétrarque, Boccace, Giovanni del Vergilio, qui les utilisent pour les éléments mythologiques ou les allégorisent, mais aussi chez les grammairiens italiens des XIIe, XIIIe, XVe siècles, qui s’en servent comme exemples linguistiques. Il décrit aussi des manuscrits glosés d’Ovide, utilisés en Italie comme livres d’école dès le XIe siècle. De longues notes érudites accompagnent les descriptions de R. Black. Warren Grinsberg révèle les subtilités de l’utilisation par Dante des écrits d’Ovide, qu’il imite, transforme et rejette à la fois : c’est comme si, œuvre après œuvre, Dante enjoignait Ovide au silence, mais cela relève de sa stratégie littéraire. Il censure Ovide moins pour des raisons morales que pour des raisons poétiques, moins pour son obscénité que pour son ironie. Siegfried Wenzel, examinant les citations d’Ovide dans des sermons anglais des XIVe et XVe siècles, constate que des récits ou simplement des vers tirés surtout des Métamorphoses ou des Héroïdes, mais aussi de la poésie amoureuse, ainsi que des commentaires mythographiques, sont utilisés pour illustrer les leçons morales des sermons. James G. Clark retrouve la présence d’Ovide dans les monastères de l’Angleterre du Moyen Âge tardif : les XIVe et XVe siècles voient le retour des studia litterarum, spécialement d’Ovide, dans les monastères anglais, où pendant cette période nombre de manuscrits furent rénovés, rachetés et enrichis d’accessus, de commentaires, d’apparats critiques. Cette renaissance s’explique par les réformes du XIIIe siècle et du début du XIVe siècle, qui introduisirent l’ars dictaminis dans le programme d’étude des cloîtres, et par l’expansion de la prédication chez les moines anglais du XIVe siècle, qui utilisaient les textes d’Ovide pour les expositions morales qu’ils trouvaient dans l’Ovidius moralizatus de Bersuire. Kathryn L. McKinley montre comment Gower et Chaucer ont lu Ovide : Gower utilise Ovide pour construire un monde idéal, du point de vue politique, éthique et théologique (ce qui est très novateur), « l’Ovide » de Gower est reconstitué à partir des versions moralisées. Chaucer, lui, utilise Ovide pour explorer des questions morales et éthiques, ce qui explique qu’il retienne les détails les plus incongrus et toute l’ironie d’Ovide ; mais il transforme les contes ovidiens en exempla pour sonder le terrain complexe de l’action morale. Vicente Cristóbal examine l’influence d’Ovide en Espagne aux XIIIe et XVe siècles, s’arrêtant tout particulièrement sur la General Estoria d’Alphonse X, et poursuivant jusqu’aux écrits de Mendoza ou de Mena. D’une part, le contenu mythographique des Métamorphoses et des Héroïdes se prête à des usages historiographiques et moralisants, en fournissant des exemples de vices et de vertus, et propose différentes formes d’expression narrative et des concepts et images pour exprimer les processus mentaux ; d’autre part les textes sur l’amour sont une source importante pour ce qui concerne l’amour et les relations entre hommes et femmes, et un modèle pour le langage sentimental. Carla Lord étudie le programme iconographique de manuscrits médiévaux des Métamorphoses et de leurs récritures, dont l’Ovide moralisé français (en particulier le manuscrit Rouen O 4, dont les rubriques annoncent les images et non le texte), l’Ovidius moralizatus de Bersuire et ses images des quinze dieux, qui se répandirent dans toute l’Europe, et les initiales historiées de manuscrits italiens, qui peuvent servir de marques pour les changements de livres. Elle s’appuie en particulier sur les illustrations du conte de Diane et Actéon, et de celui d’Io, Mercure et Argus. Elle montre que l’image médiévale a du mal à représenter la métamorphose dans son déroulement : le plus souvent, elle la présente comme un fait accompli. Et le plus souvent, les programmes iconographiques concernent les fables plus que les moralisations. Enfin Ralph J. Hexter s’intéresse aux écrits attribués faussement à Ovide pendant le Moyen Âge, et montre que les « pseudo-ovidiana » sont indispensables pour compléter l’image que les médiévaux se faisaient du poète latin. Certains textes, écrits au Moyen Âge, ont même été signés du nom d’Ovide, et représentent « l’ovide le plus médiéval ». Hexter discute alors sur l’emploi du préfixe « pseudo » et sur la notion d’invention (« forgery »), qui sont en relation avec le concept d’auteur et la notion d’authenticité. Il suggère de remplacer le préfixe « pseudo- », entaché du soupçon de tromperie, par un préfixe plus neutre, celui de « para- ». Il examine successivement l’Halieutica, le Nux, des textes comme l’Ovidius puellarum, le Pamphilus, et surtout le fameux De Vetula, qui se présente comme une autobiographie d’Ovide, et qui coïncide avec les interprétations moralisantes et allégorisantes des Métamorphoses.

Le recueil permet donc un tour d’horizon des copies, traductions, commentaires et réécritures d’Ovide tout au long du Moyen Âge : cette nouvelle contribution à l’étude de la réception du poète latin se distingue en particulier par cette extension géographique et temporelle. La bibliographie du recueil, qui recense éditions et études de la fin du XIXe à nos jours, donne une bonne idée de l’étendue des domaines étudiés : les copies, les gloses marginales, les résumés, les allégories, les traductions en plusieurs langues vernaculaires, les programmes iconographiques, les écrits pseudo-ovidiens et para-ovidiens, du XIe siècle au XVe siècle, de l’est à l’ouest et du nord au sud de l’Europe, sont examinés dans leurs différents usages et lieux de productions, cours seigneuriales, monastères, ateliers de copistes et d’enlumineurs. Avec ses appendices – une liste annotée de manuscrits médiévaux des principaux textes et commentaires d’Ovide, l’abondante bibliographie déjà citée, un index des auteurs et œuvres médiévaux, un index des manuscrits et un index général des sources premières et secondaires – il fournit donc aux chercheurs qui s’intéressent à la réception médiévale d’Ovide un outil très utile et même précieux dans des domaines étendus. Même si plusieurs études reprennent des aspects déjà présentés par le passé, le spécialiste de la question peut aussi apprendre beaucoup dans ce recueil.

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