Bryn Mawr Classical Review

Bryn Mawr Classical Review 2012.07.54

Katerina Servi, The Acropolis: the Acropolis Museum.   Athens:  Ekdotike Athenon, 2011.  Pp. 167.  ISBN 9789602134528.  $36.00 (pb).  



Reviewed by Adeline Grand-Clément, Université de Toulouse 2-Le Mirail (adeline.grand-clement@univ-tlse2.fr)

L’Acropole d’Athènes, véritable « lieu de mémoire »pour les Athéniens de l’Antiquité, le reste encore pour les Européens d’aujourd’hui : elle est depuis 1987 classée au Patrimoine mondial de l’UNESCO et reçoit chaque année la visite d’un flot de touristes. Les travaux de restauration de ses monuments, en particulier du Parthénon, ainsi que l’ouverture du nouveau musée de l’Acropole en juin 2009, ont renforcé l’intérêt des historiens et archéologues pour ce rocher situé au cœur de la ville antique et moderne.Des publications récentes en témoignent, telles les monographies de J. Hurwit et de B. Holtzmann1 ou encore les études plus détaillées dont le Parthénon a fait l’objet.2 Le livre de Katerina Servi, consacré à l’Acropole d’Athènes ainsi qu’à son nouveau musée, n’a pas leur ambition scientifique. Son objectif est autre : offrir une synthèse commode et accessible aux touristes étrangers, amateurs éclairés, enseignants et étudiants, qui se rendraient à Athènes. Il appartient en effet à la série des guides que les éditions Ekdotike Athenon publient en format de poche sur les principaux sites archéologiques et musées grecs, et qui sont traduits dans plusieurs langues (grec, anglais, français, allemand, italien,…). L’auteur, une archéologue grecque, a d’ailleurs contribué à d’autres volumes de la collection. Comme eux, ce livre, adressé au grand public, vient remplacer le guide plus ancien de Manolis Andronikos, paru dans la même collection en 1978 (en grec) et traduit dans plusieurs langues, puis augmenté en 1980 et constamment réédité depuis.3 La nouvelle version proposée par Servi reprend un plan analogue, mais se veut une mise à jour intégrant les découvertes archéologiques récentes et offrant une présentation détaillée du nouveau musée. Certes, la composition des collections ne diffère guère de ce qui était exposé dans l’ancien musée, situé sur l’Acropole, mais la muséographie a radicalement changé et le livre rend bien compte des choix qui ont été faits.

Le guide comporte deux parties distinctes. La première est consacrée à l’histoire de l’Acropole et à ses monuments (p. 11-91), la seconde au nouveau musée de l’Acropole (p. 92-167). L’auteur traite chaque partie comme si elle était autonome, ce que l’on pourrait regretter. En effet, des renvois entre l’une et l’autre étaient possibles et même souhaitables, pour permettre au lecteur de naviguer plus aisément entre les pièces exposées dans le musée et leur contexte de découverte. On signalera en outre que le livre ne comporte pas d’index ni de glossaire (les termes grecs employés sont généralement explicités au fil du texte).

La première partie présente l’histoire du rocher depuis l’âge du bronze jusqu’à nos jours. Une attention particulière est portée aux époques archaïque et classique, au cours desquelles le site gagne en importance, conjointement au développement de la cité ; c’est surtout du temps de la démocratie péricléenne, au Ve siècle, que le programme de construction prend une ampleur sans précédent et donne au rocher la configuration qu’on lui connaît aujourd’hui. La présentation historique se clôt par une très (trop ?) courte section consacrée aux « temps mythologiques » : l’auteur rappelle que les principaux mythes fondateurs de la cité prennent place sur l’Acropole.

Les sections suivantes proposent une découverte complète du site archéologique. Pour se repérer dans l’espace, il est nécessaire de se référer régulièrement au plan général qui figure au début du livre (p. 8-9) – ce qui n’est pas toujours très commode. Servi nous fait alors parcourir les monuments un à un, en commençant par ceux situés sur l’Acropole elle-même, puis ceux répartis sur les flancs et au pied du rocher (versant sud, versants nord et est). Dans cette section, c’est bien entendu le Parthénon qui se taille la part du lion (p. 45-54). L’auteur le présente comme le plus grand « temple » consacré à Athéna, sans se faire l’écho des débats qui existent autour de la fonction réelle de l’édifice, en rapport avec la nature de la statue d’Athéna Parthénos : celle-ci faisait-elle l’objet d’un culte ou n’était-elle qu’un magnifique ex-voto consacré à la déesse ?4

La partie consacrée au musée est introduite par une brève présentation de l’édifice et de l’histoire de sa construction. L’auteur rappelle que la volonté de remplacer l’ancien musée situé sur l’Acropole remonte à 1976, mais n’a pu se concrétiser que bien plus tard, avec la victoire du projet conçu par l'architecte franco-suisse Bernard Tschumi, à l’occasion du quatrième concours international. L’édifice, ultra-moderne, a bien rempli le cahier des charges qui avait été fixé : respecter les vestiges archéologiques découverts sur l’emplacement qui avait été choisi (grâce à un système de pilotis et à l’aménagement prévu de l’aire archéologique qui sera ouverte aux visiteurs) ; suggérer un espace ouvert (la lumière rentre abondamment à l’intérieur du bâtiment et l’éclairage naturel, qui varie au cours de la journée, redonne vie et animation aux statues) ; interagir avec l’Acropole et ses monuments, bien visibles depuis le musée (c’est ce souci qui a présidé à la conception de la galerie du Parthénon).

Servi guide ensuite le visiteur salle par salle, vitrine par vitrine. Pour chaque grande section (sous-sol, galerie archaïque du premier étage, galerie du Parthénon, section ouest du premier étage, section nord du premier étage), l’archéologue commence par une brève évocation de la collection et des pièces remarquables, puis entre dans le détail, choisissant un large éventail d’objets exposés. Mais il ne s’agit ni d’un inventaire exhaustif, ni d’un catalogue approfondi : la plupart du temps, l’auteur se borne à mentionner les artefacts, en précisant entre parenthèses leur numéro d’inventaire et leur date (les dimensions ne sont pas fournies, sauf exceptions). Ainsi, les présentations les plus longues excèdent rarement cinq ou six lignes.5 Une part de choix est réservée au deuxième étage du musée, où se trouve la galerie du Parthénon. L’auteur souligne, photographies à l’appui, que la muséographie adoptée reprend la disposition originale des deux frontons, des métopes et de la frise qui décoraient l’édifice, tout en respectant l’orientation et les proportions de l’ensemble. Le visiteur parvient ainsi à se représenter l’aspect originel du Parthénon, en comparant avec ce qu’il peut voir, grâce aux larges baies vitrées, du monument en partie ruiné qui subsiste sur l’Acropole. L’effet est particulièrement réussi et plaide en faveur du retour des marbres conservés au British Museum depuis 1816 : les parties manquantes (environ la moitié du décor sculpté) sont remplacées par les moulages en plâtres que les Anglais avaient envoyés à la Grèce, à sa demande, dans les années 1930.

Comme il est de mise pour un guide, l’ensemble de l’ouvrage est richement illustré. Les photographies sont en couleurs : vues d’ensemble du site archéologique et de ses principaux monuments, aperçus des salles et de certaines pièces majeures conservées dans le musée. Les plans, en revanche, sont plus rares. L’auteur utilise en outre, dans la partie consacrée à l’histoire de l’Acropole, une série de dessins, gravures et peintures proposant des reconstitutions d’édifices ou des vues de leur état à l’époque moderne. La qualité de ces images est très inégale, et la source n’est presque jamais précisée, ce que l’on peut regretter. Des dessins anonymes, dont certains de qualité médiocre (telle la reconstitution de l’Athéna chryséléphantine de Phidias, conservée dans le Parthénon, p. 49), côtoient ainsi des lithographies du XIXe siècle. On notera la prudence avec laquelle est suggérée la polychromie architecturale sur les restitutions, alors que, dans le texte, plusieurs passages rappellent l’importance des couleurs sur les édifices et les statues qui peuplaient le rocher dans l’Antiquité.

En somme, le livre de Servi peut être utile pour accompagner une visite de l’Acropole et de son musée, en fournissant un parcours guidé et quelques clefs de lecture et d’interprétation. Il ménage une place aux nouvelles découvertes et théories : l’auteur signale par exemple brièvement l’existence d’une seconde frise ionique décorant le Parthénon (p. 54). Mais on relève quelques confusions, approximations ou simplifications historiques : le groupe sculpté en calcaire de la lionne attaquant un taureau est improprement associé à l’ancien temple d’Athéna Polias, dont les frontons étaient en fait en marbre (p. 57) ; la korè dite « au peplos » ne portait pas un « simple doric peplos » (p. 121) mais un vêtement richement décoré ; l’auteur ne mentionne pas les différentes interprétations proposées pour la signification de la frise dite « des Panathénées » (p. 52-54) ; les dieux se voient gratifiés d’étiquettes schématiques, voire abusives (p. 21, Aphrodite, « goddess of love », Athena Polias qualifiée de « peaceful », p. 57) ; on trouve le mot deme là où l’on attendrait demos,… C’est ce que l’ouvrage ne privilégie pas l’érudition mais s’adresse à un large public et vise à lui offrir un aperçu de l’histoire mouvementée de l’Acropole, sur plus de cinq millénaires. Il montre que les monuments construits au fil du temps sur le rocher reflètent l’intense activité rituelle qui s’y déployait dans l’Antiquité, mais aussi que les épisodes de destruction et de reconstruction qui ont jalonné les siècles suivants sont tout aussi révélateurs des changements politiques, culturels, sociaux et religieux qui ont marqué Athènes et la Grèce. Le destin du Parthénon est à cet égard exemplaire : transformé en église, puis en mosquée, il abritait un dépôt de munition au moment de sa destruction partielle par les Vénitiens lors du siège de la ville, en 1687. Dépouillé d’une partie de son décor sculpté par les hommes au service de Lord Elgin, au début du XIXe siècle, il fait aujourd’hui l’objet d’une grande opération de restauration : les échafaudages et les grues ont désormais trouvé leur place sur le rocher sacré des Athéniens, aux côtés des édifices érigés en l’honneur des divinités tutélaires de la cité.


Notes:


1.   J. M. Hurwit, The Athenian Acropolis: History, Mythology, and Archaeology from the Neolithic Era to the Present. Cambridge, 1999; B. Holtzmann, L'Acropole d'Athènes. Monuments, cultes et histoire du sanctuaire d'Athèna Polias. Paris, 2003. Un ouvrage collectif récent cherche à restituer le paysage architectural de l’Acropole aux époques hellénistique et romaine : R. Krumeich, Chr. Witschel (ed.), Die Akropolis von Athen im Hellenismus und in der römischen Kaiserzeit. Wiesbaden, 2010.
2.   M. Beard, The Parthenon. Cambridge, 2003; Fr. Queyrel, Le Parthénon, Un monument dans l'Histoire. Paris, 2008; A. Kaldellis, The Christian Parthenon: Classicism and Pilgrimage in Byzantine Athens. Cambridge/New York, 2009.
3.   L’édition anglaise la plus récente date de 2005.
4.   A. Prost, « Norme et image divine. L'exemple de la ‘statue d'or’ de l'Acropole », in P. Brulé (éd.), La norme en matière religieuse en Grèce ancienne. Liège, 2009, p. 243-260.
5.   Pour le musée nouveau, voir aussi M. Caskey, “Perceptions of the New Acropolis Museum,” AJA 115 (2011). On attend son catalogue complet. Pour l’heure, la présentation la plus détaillée des collections reste l’ouvrage de M. Brouskari paru en 1974 (The Acropolis Museum. A descriptive Catalogue. Athens, 1974

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