Bryn Mawr Classical Review

Bryn Mawr Classical Review 2012.01.30

Hans Beck, Hans-Ulrich Wiemer (ed.), Feiern und Erinnern: Geschichtsbilder im Spiegel antiker Feste. Studien zur Alten Geschichte Bd. 12.   Berlin:  Verlag Antike, 2009.  Pp. 240.  ISBN 9783938032343.  €54.90.  



Reviewed by Pauline Schmitt Pantel, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne (schmitt-pantel@wanadoo.fr)

[Authors and titles are listed at the end of the review.]

Le souvenir et la mémoire sont au coeur des débats des théoriciens de la culture et ont donné lieu à de nombreuses publications chez les historiens. Les études ici rassemblées rattachent ces thèmes à celui de la fête, car dans les sociétés anciennes un lien étroit existe entre eux. Le livre commence par un état de la recherche dans le domaine du souvenir et de la mémoire en sciences sociales. L’historiographie du sujet est étudiée depuis les travaux de Maurice Halbwachs et sa réflexion sur les usages sociaux du passé jusqu’à l’entreprise de Pierre Nora qui a donné naissance à la publication des « Lieux de mémoire ». L’apport pour le monde antique de Jan Assmann avec la notion de « mémoire culturelle » est rappelé ainsi que les travaux nombreux et souvent collectifs des dix dernières années.

Le thème de la fête est lui aussi replacé dans une perspective historiographique, les années 70 marquant l’entrée de la fête dans la recherche historique y compris en histoire ancienne. Les fêtes du monde gréco-romain sont longtemps vues uniquement dans le contexte religieux, comme expression du culte et de la piété individuelle et collective, leur diversité étant souvent attribuée à la multiplicité des divinités et des lieux de culte. Le regard change dans les années 90. Le rôle des fêtes dans la reproduction des groupes sociaux et leur fonction de médiation des représentations collectives du passé sont alors davantage étudiés. L’articulation entre fête et mémoire permet dès lors une réflexion sur le renforcement de la cohérence du groupe par la participation à la célébration d’un souvenir collectif. Une rapide synthèse de l’histoire des fêtes est ensuite proposée pour le monde grec et pour le monde romain.

La présentation du but du livre par Hans Beck et Hans-Ulrich Wiemer est une mise au point historiographique et méthodologique très claire, inscrivant la démarche qui est celle des auteurs dans une problématique contemporaine des sciences sociales. Les contributions qui suivent donnent des exemples précis du lien entre fêtes et mémoire pour le monde grec et pour le monde romain, comblant ainsi en partie l’insuffisance de la recherche sur ce thème mise en lumière par l’introduction.

Les deux premiers articles concernent le monde grec. Hans Beck s’interroge sur les fêtes de la « polis » et la mémoire en prenant d’abord comme exemple les rituels célébrés par les éphèbes qui sont une constante dans les cités. Puis le propos s’élargit à toute fête. Chaque fête a sa propre représentation du passé et contribue à la constitution d’une conscience historique. L’image ainsi créée mélange le passé mythique et le souvenir historique, sans que les Grecs fassent de différences entre les deux. De plus une fête cultuelle existante peut fort bien inscrire dans son rituel une commémoration historique. Les fêtes religieuses, les fêtes historiques et de commémoration contiennent les mêmes éléments et le même schéma de déroulement. L’affinité entre le passé fêté et le culte de la communauté a des conséquences importantes pour la compréhension de l’histoire des citoyens. L’histoire acquiert à travers le culte une autorité propre, elle est entourée d’une aura religieuse.

Hans-Ulrich Wiemer étudie les fêtes réorganisées ou nouvellement créées à l’époque hellénistique en s’arrêtant sur le cas des Leukophryena à Magnésie du Méandre, de la fête en l’honneur d’Artémis à Bargylia, des fêtes de Méssène. La culture politique des cités grecques se transforme profondément au IIème siècle avant J.-C. et cette transformation se traduit aussi dans le domaine des fêtes et des pratiques mémorielles. Les fêtes pour Artémis Leukophryéné à Magnésie du Méandre à la fin du IIIème siècle avant J.-C. en sont un exemple. Dans les réponses d’environ cent cinquante cités, confédérations et royaumes à l’invitation de Magnésie du Méandre, plusieurs arguments sont utilisés pour donner une réponse positive: l’autorité de l’oracle de Delphes qui est à l’origine de la création de la fête, les relations de parenté très anciennes entre certaines communautés remontant à la fondation des cités, et dans un temps plus récent l’aide apportée par Magnésie à différents « états » qui se trouvaient dans des difficultés de tout ordre. Bref, à des considérations religieuses se mêlent des raisons qui s’appuient sur l’histoire mythique et sur l’histoire d’un passé récent. Cette nouvelle création de fête témoigne à la fois de l’ouverture du monde hellénistique et des aléas des conflits incessants qui rendent l’obtention d’une asylie nécessaire à la survie d’une communauté. La réactivation d’une mémoire ancienne répond bien dans ce cas à un but très contemporain, Magnésie du Méandre cherche par le moyen de la reconnaissance tout simplement à vivre en paix.

Les quatre autres articles concernent le monde romain. Rene Pfeilschifter étudie les « Poplifugia », soit la fuite du peuple, une fête mal connue, qui a lieu chaque année à Rome le 5 juillet. Les hommes quittent la ville et un sacrifice a lieu sur le champ de Mars. Plutarque lie cette fête à celle des « Nonae Caprotinae » deux jours plus tard le 7 juillet. Des femmes esclaves qui portent la « stola » des matrones, mendient, se moquent, jouent à se battre, avant de faire un repas avec les femmes libres sous des huttes de figuiers. De nombreuses tentatives d’explications ont été faites depuis le XIXe siècle qui n’expliquent jamais l’ensemble du rituel. Celle de l’auteur met au centre l’histoire de Philotis et permet de réfléchir à l’articulation des mythes étiologiques avec la société qui les crée et les met en scène.

A partir des textes épigraphiques, Ralf Behrwald montre que le calendrier augustéen destiné à marquer une nouvelle époque scandée par la commémoration des grands moments de son arrivée au pouvoir, n'a pas constitué un cadre unificateur aussi prégnant qu'on ne l'a cru. Dans les « vici » de Rome, dans les « collegia », dans les cités italiennes, des calendriers particuliers sont bâtis à partir d'une sélection de fêtes réalisée par les communautés qui traduit la réaction de l'opinion locale face à la "propagande" centrale et montre les limites de celle-ci. Par la suite la succession des empereurs provoque l'accumulation de fêtes commémoratives et amène à abandonner en partie celles des prédécesseurs, a fortiori les fêtes qui se rattachent à la République. Subsistent cependant toujours les fêtes anniversaires des princes légitimes, et en même temps, symbole fort, l'anniversaire de la naissance de Marc Antoine, comme jour de malheur !

Matthäus Heil analyse l’évolution des jubilés impériaux (« quinquennales », « décennales », « vicennales ») depuis les « vota decennalia » sous Tibère en 34 après J.-C. jusqu’à l’extinction progressive de ces fêtes au VIe s. Jusqu’à Constantin ces fêtes rappellent, par leurs symboles et leurs rituels, le pouvoir victorieux de l’empereur qui lui permis de conforter l’Empire et qui assure ainsi sa légitimité. Après Constantin, sous l’Empire chrétien, les célébrations perdurent encore un temps, mais la fête se vide de son contenu, l’insistance sur le thème de la victoire disparaît, à mesure que la légitimé impériale trouve sa source dans la vigueur et l’orthodoxie de la foi plus que dans l’action militaire au service de l’Empire.

Mischa Meier s’intéresse aux « venationes ». Lorsqu’en 499 l’empereur Anastase les interdit un temps, il cherche à faire des économies et à compenser les pertes de rentrées fiscales causées par la suppression de l’impôt du chrysargyre. Mais il a pu aussi penser que cette mesure, en concentrant tous les spectacles désormais sur l’hippodrome, faisait jouer à son profit la symbolique cosmique dont ce lieu était porteur et rappelait opportunément les traditions romuléennes qui faisaient des courses l’occasion de la réconciliation entre le peuple et les anciens rois.

Chaque article est suivi d’une bibliographie. Ce livre est plus qu’un recueil d’articles. Il propose une nouvelle lecture du rôle des fêtes dans la construction de la mémoire des communautés politiques du monde antique, chaque analyse particulière venant s’inscrire dans une problématique générale clairement présentée.

Titres des chapitres et auteurs

Hans Beck/ Hans-Ulrich Wiemer : Feiern und Erinnern – eine Einleitung
Hans Beck: Ephebie – Ritual – Geschichte. Polisfest und historische Erinnerung im klassischen Griechenland
Hans-Ulrich Wiemer: Neue Feste – neue Geschichtsbilder? Zur Erinnerungsfunktion städtischer Feste im Hellenismus
Rene Pfeilschifter: Die Römer auf der Flucht. Republikanische Feste und Sinnstiftung durch aitiologischen Mythos
Ralf Behrwald: Festkalender der frühen Kaiserzeit als Medien der Erinnerung
Matthäus Heil: Die Jubilarferien der römischen Kaiser
Mischa Meier: Die Abschaffung der venationes durch Anastasios im Jahr 499 und die‚ komische’ Bedeutung des Hippodroms
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