Bryn Mawr Classical Review

Bryn Mawr Classical Review 2011.11.58

Nancy Bookidis, The Sanctuary of Demeter and Kore: the Terracotta Sculpture. Corinth 18.5.   Princeton:  American School of Classical Studies at Athens, 2010.  Pp. xxv, 319, 126 p. of plates.  ISBN 9780876611852.  $150.00.  



Reviewed by Sophie Montel, Université de Franche-Comté (Besançon) - Institut des Sciences et Techniques de l'Antiquité (EA 4011) (sophie.montel@univ-fcomte.fr)

Table of Contents

Cet ouvrage est le cinquième de la série des publications du sanctuaire de Déméter et Coré à Corinthe.1 Il est consacré aux sculptures de terre cuite de grandes dimensions découvertes dans le sanctuaire : sur les 944 fragments mis au jour, les 323 les plus significatifs sont présentés dans le volume. Ils permettent de reconstituer au minimum 132 statues (et 147 au maximum) mesurant, pour la plus grande partie d’entre elles, entre la moitié et les trois- quarts de la taille naturelle.2 Seules 2 d’entre elles sont bien conservées (cat. 8 et 41). La plupart de ces figures ont été modelées à la main, les moules n’ayant été utilisés que de façon occasionnelle. Ces sculptures, datées de la fin du viie siècle au ive siècle av. J.-C. (ou au début du iiie), représentent pour la plupart des jeunes hommes (au moins 99), vêtus (42) ou non (17), quelques enfants assis du type du jeune servant « temple boy » (15) et des figures féminines moins aisément identifiables. Ce volume constitue le parallèle de celui de Gloria S. Merker qui est consacré aux figurines de dimensions plus modestes.

L’ouvrage se compose de 8 chapitres ; il est accompagné de listes qui permettent de retrouver les statues selon plusieurs critères (numéro de lot, lieu de découverte, liste de concordance) et d’index très utiles. Il est illustré par 19 figures dans le texte, 5 tableaux, 126 planches en noir et blanc et 8 planches couleur. La riche bibliographie (13 pages) permet de replacer les terres cuites corinthiennes dans l’ensemble de la production de ce type d’offrandes, mais elle concerne plus largement les systèmes votifs des sanctuaires grecs.

Le premier chapitre (Introduction) présente les types reconnus, les contextes de ces terres cuites, leur disposition dans le sanctuaire de Corinthe (et dans les sanctuaires en général), les problèmes de chronologie et de terminologie. L’auteur rappelle que, comme ailleurs, les statues n’ont pas été découvertes à leur emplacement d’origine (à l’exception, peut-être, du jeune homme cat. 8), mais dispersées dans tout le sanctuaire, depuis l’entrée inférieure jusqu’au haut de la terrasse supérieure,3 où elles ont été remployées comme matériel de remplissage. La plupart des terres cuites objet de ce volume ont été découvertes dans des niveaux d’époque romaine, excluant toute possibilité de datation stratigraphique. Aucune loi sacrée éclairant les pratiques d’exposition de ces offrandes n’étant connue à Corinthe, l’auteur (p. 18-24) tire des informations du lieu de découverte et des espaces disponibles pour l’érection de ces statues de taille importante (eut égard aux figurines pour lesquelles les contextes d’exposition ne sont d’ailleurs pas beaucoup mieux connus) : des cavités et des bases de calcaire ayant pu supporter ce type d’offrandes ont par exemple été mises au jour à côté des gradins de la terrasse supérieure du sanctuaire. La datation par les contextes étant impossible, ce sont les délicates analyses stylistiques et techniques qui ont permis à N.B., non sans difficulté (comme elle le souligne dans des lignes méthodologiques exemplaires, p. 24-26), de dater les pièces.

Le deuxième chapitre est consacré à la technique de fabrication des statues du sanctuaire de Corinthe. L’auteur y présente successivement les types d’argile, le modelage, l’assemblage, la polychromie et diverses observations sur les drapés, le travail de surface, les armatures, les outils, mais aussi les empreintes de doigts, les joints, les trous d’évents, etc. La cuisson et les ateliers terminent ce chapitre qui constitue désormais une référence pour tous ceux qui s’intéressent à la production de terres cuites dans l’Antiquité. Bookidis permet au lecteur d’apprendre à apprécier les différences entre les productions qui résultent d’un modelage simple, complété par quelques détails plastiques et par la couleur (cat. 8), et celles qui, au contraire, traduisent un travail du relief bien plus abouti (cat. 55), permettant des effets de surface (ombre et lumière).

Les chapitres trois à sept constituent le catalogue des terres cuites, établi par ordre chronologique et thématique ; le catalogue proprement dit est toujours précédé d’une introduction. Pour chaque fragment, le lecteur trouve le numéro d’inventaire, les dimensions, une description de l’état de conservation, de l’argile employé ; l’auteur commente également la présence (ou non) de polychromie et le lieu de découverte. Une description plus nourrie, incluant des comparaisons, suit cette fiche technique et se termine par une proposition de datation. Le chapitre trois regroupe les sculptures de l’époque archaïque (fin viie siècle – début ve siècle). Le chapitre quatre celles de l’époque pré-classique (ca 480-450 av. J.-C.). Les trois chapitres suivants présentent les statues de l’époque classique, c’est-à-dire la majorité des terres cuites du sanctuaire, en fonction du type de personnage représenté : figures drapées, jeunes hommes nus et enfants, fragments en sus (parties de têtes, membres, offrandes détachées de leur figure). D’utiles dessins de reconstitution, sur lesquels des photographies des fragments attribués à la figure sont replacées, accompagnent ces chapitres.

Le dernier chapitre est une conclusion nourrie dans laquelle l’auteur présente ses hypothèses quant à l’identification et l’interprétation des figures étudiées, en particulier leur place dans le sanctuaire de Corinthe (Bookidis renvoie au volume de Merker sur les figurines des époques classique, hellénistique et romaine ; la lecture parallèle des deux volumes permet de se faire une idée précise des offrandes de terre cuite de ces périodes) et dans les sanctuaires de Déméter et Coré en général. Les statuettes étudiées représentent plutôt des fidèles que des divinités : les figures féminines peuvent être interprétées comme des jeunes filles non encore mariées (ou des représentations des déesses elles-mêmes), tandis que les enfants assis peuvent être liés aux demandes des parents pour une meilleure fertilité ou pour la bonne santé de leur progéniture (Déméter courotrophe). Pour tenter d’identifier les personnages représentés, les lois sacrées règlementant les tenues vestimentaires autorisées dans les sanctuaires sont convoquées par Bookidis, mais l’auteur constate qu’il est difficile de pouvoir tirer des arguments concluants de l’observation des têtes, des chevelures, des drapés et des chaussures des terres cuites ; la nudité des autres statues est discutée séparément (p. 266-267).

Ces offrandes ont pu être faites par des jeunes gens en passe de devenir adulte (des jeunes filles au seuil du mariage et des jeunes hommes entrant dans la vie civique), à l’occasion de rites initiatiques ou de compétitions sportives (cette dernière interprétation permet d’expliquer la présence des jeunes hommes nus). Bookidis propose une mise au point pour chacune de ces catégories interprétatives (p. 267-272). L’auteur s’interroge également sur la présence des figures masculines dans les sanctuaires de Déméter et Coré et sur la possible association de ces représentations masculines avec la présence de Dionysos dans le sanctuaire corinthien. Toutes les hypothèses sont présentées sans que l’auteur ne tranche en la faveur de l’une ou de l’autre (des dossiers complets sont ainsi fournis au lecteur).

Cet ouvrage rend toute sa place à la sculpture de terre cuite que l’on associe trop souvent à la sculpture architecturale. Dans les lieux où les artisans se procuraient difficilement marbre et calcaire, la terre cuite polychrome était un matériau de prédilection.4 L’auteur rappelle d’ailleurs en introduction que Corinthe était riche d’une argile de bonne qualité (p. 2) ; en plus des terres cuites du sanctuaire de Déméter et Coré, les fouilles ont révélé 131 fragments de statues sur le Forum et 307 membres (ex-voto anatomiques) dans l’Asclépiéion.


Notes:


1.   Nous donnons ici la liste des autres volumes de la série : XVIII.1: The Sanctuary of Demeter and Kore: The Greek Pottery (by Elizabeth G. Pemberton); XVIII.2: The Sanctuary of Demeter and Kore: The Roman Pottery and Lamps (by Kathleen W. Slane); XVIII.3: The Sanctuary of Demeter and Kore: Topography and Architecture (by Nancy Bookidis and Ronald S. Stroud); XVIII.4: The Sanctuary of Demeter and Kore: Terracotta Figurines of the Classical, Hellenistic, and Roman Periods (by Gloria S. Merker).
2.   L’auteur précise dans l’introduction que les fragments non retenus doivent correspondre à 25/30 statues supplémentaires.
3.   Le sanctuaire de Déméter et Coré, situé sur la pente nord de l’Acrocorinthe, est établi sur des terrasses qui permettent de rattraper la forte dénivellation (18,30 m) entre le bas et le haut.
4.   Voir par exemple les productions statuaires d’Étrurie, et d’Italie du sud (de Paestum en particulier).

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