Bryn Mawr Classical Review

Bryn Mawr Classical Review 2011.10.13

Paolo Liverani, Giandomenico Spinola, The Vatican Necropoles: Rome's City of the Dead.   Turnhout:  Brepols, 2010.  Pp. 352.  ISBN 9782503535784.  €95.00.  



Reviewed by Alexandra Dardenay, Université de Toulouse II (adardenay@yahoo.fr)

L’ouvrage présenté est la version en langue anglaise d’un livre publié en 2010 sous le titre Le necropoli vaticane. La città dei morti di Roma (Jaca Book, 2010). Il s’agit d’une synthèse non exhaustive, mais très complète, sur les nécropoles mises au jour dans le secteur du Vatican. D’emblée, le lecteur est conquis par la multiplicité et la qualité des illustrations et des photographies publiées. L’analyse de ces vestiges offre une fenêtre exceptionnelle sur la topographie des nécropoles romaines et sur l’architecture et le décor funéraires. La plupart des types d’ensevelissement pratiqués dans l’antiquité romaine sont attestés, des formes les plus modestes (paniers ou corbeilles contenant les restes du défunt simplement enterrés dans sol ; corps inhumés dans une fosse) aux plus riches (vastes tombeaux en suprastructure) en passant par les sépultures collectives, et autres tombeaux caractéristiques des classes moyennes comme ceux marqués par des autels funéraires ou de simples stèles. Autrement dit, nous sommes confrontés ici à des vestiges riches d’enseignement sur les rites funéraires romains, dont on connaît l’importance cruciale puisqu’ils concrétisaient la séparation entre le monde des vivants et celui des morts. D’autre part, les monuments funéraires antiques du Vatican permettent d’observer l’évolution de l’architecture, du décor et des rituels funéraires à un moment clé de l’histoire de Rome, celui du passage de la cité païenne à la cité chrétienne.

Ce livre est organisé en cinq chapitres et s’ouvre sur une présentation du contexte topographique. Le deuxième chapitre offre une brève synthèse sur les rituels funéraires romains à la lumière des découvertes des nécropoles vaticanes. Les auteurs envisagent ainsi successivement la question de la répartition entre inhumation et incinération, des rites funéraires proprement dits et enfin des fêtes en l’honneur des défunts. Concernant ces problèmes, les traces archéologiques mises au jour ici concernent essentiellement les banquets funéraires des Parentalia pour lesquels l’étude des terrasses des tombeaux E, F, H, L, O, notamment, a été riche d’enseignements. La lecture des rituels funéraires est également abordée par le biais des décors funéraires. C’est ainsi que les auteurs identifient dans les guirlandes sculptées (et peintes), sur les autels funéraires, une forme pétrifiée des guirlandes accrochées à ces mêmes autels à l’occasion des rites et fêtes en l’honneur des défunts. De fait, les fleurs « artificielles » des autels seraient redoublées en ces occasions très spéciales de vraies fleurs, créant ainsi un effet de trompe-l’œil multicolore. De la même manière, ils mettent en relation les roses des peintures murales avec les célébrations des Rosalia. Cette transition permet aux auteurs d’aborder d’autres problèmes d’iconographie funéraire, comme celui—épineux—des portraits de défunts inachevés que l’on observe sur toute une série de sarcophages. Ils concluent ce chapitre en évoquant les très grands écarts de standing entre les sépultures bâties et les simples corbeilles inhumées, mettant ainsi en évidence, par le biais de l’archéologie funéraire, dans une même nécropole, les deux extrêmes de l’échelle sociale. Sans oublier que la perte nécessaire de nombreuses structures en matériaux périssables fausse évidemment notre perception des réalités funéraires romaines. Par ailleurs, les auteurs observent que, s’il existait des subdivisions internes au sein des nécropoles, leur topographie n’était de toute évidence pas planifiée de manière rigoureuse : dans la zone sous la basilique Vaticane, par exemple, ont été essentiellement découvertes des sépultures des « classes moyennes », mais d’autres parties de ces nécropoles sont, à cet égard, plus hétérogènes.

Le troisième chapitre se consacre à la description de la nécropole sous le Vatican qui fit l’objet de plusieurs campagnes de fouilles sous Pie XII (1940-1949 et 1953-1957). Après un bref rappel de la topographie de la zone et de l’extension progressive, au cours du IIe siècle ap. J.-C., de la nécropole en direction du cirque qui sera finalement lui aussi occupé par des tombeaux, les auteurs abordent l’analyse du monument considéré comme la sépulture de l’apôtre Pierre. On identifie, en effet, le tombeau de l’apôtre avec un édicule très simple, doté de deux colonnettes encadrant deux niches superposées, que l’on désigne sous le nom de « trophée de Gaius », par analogie avec un passage d’Eusèbe de Césarée, premier historien de l’Eglise. Contre cet édicule fut adossé un mur (g), percé d’un loculus. Alors qu’elle étudiait les graffitis couvrant ce mur, la célèbre épigraphiste Marguerita Guarducci s’intéressa aux ossements prétendument découverts dans le loculus, et proposa d’y reconnaître ceux de l’apôtre Pierre. Bien que certains chercheurs rejettent l’identification et l’interprétation de Guarducci, les auteurs du présent ouvrage n’excluent pas que, dans l’Antiquité (au moins dès le milieu du IIe siècle), le « trophée de Gaius » ait été considéré comme le tombeau de Saint Pierre, pour différentes raisons d’ordre historique, archéologique et topographique. Ils soulignent en particulier que le « trophée de Gaius » se trouve sur le point focal de l’abside de l’église constantinienne érigée au dessus de la nécropole et que cette église présente, par ailleurs, la même orientation que le mur g. Le loculus du mur g fut-il assimilé au tombeau de l’apôtre Pierre au IVe siècle ? Les auteurs semblent estimer l’hypothèse très probable.

A la suite de ce monument funéraire, les différents tombeaux sont présentés dans un ordre topographique, tout en suivant une perspective historique : il s’agit notamment d’enquêter sur la lecture et l’interprétation des premières traces de christianisation de la nécropole. Or, la nécropole, en grande partie païenne—indépendamment de la présence du « trophée de Gaius »—ne montre que dans ses dernières phases quelques vestiges de sépultures chrétiennes. Les tombeaux les plus remarquables sont ensuite présentés selon une topographie cohérente, en commençant par le tombeau A, dit de « Popilius Heracla », puis le tombeau B, de « Fannia Redempta », qui s’adosse à la paroi ouest du tombeau A. Construit sous Hadrien, le décor pictural du tombeau B montre plusieurs phases liées aux modifications des structures. Vient ensuite la présentation du sépulcre X « des Tulii et des Caetenni » qui se trouve en face du tombeau B. Il s’agit d’un petit monument du début du IIIe siècle, aux décors très riches et variés, présentant un magnifique pavement d’opus sectile et des arcosolia ornés de scènes mythologiques parmi lesquelles le triomphe de Vénus et Dionysos découvrant Ariane à Naxos. On retrouve ce dernier thème—associé à la rencontre de Mars et Rhéa—dans le tombeau φ voisin (« des Marcii »), qui présente, comme le précédent, un exceptionnel décor de fresques et de stucs et dont la façade était ornée de deux panneaux de mosaïque dont celui qui subsiste—et représente la mort de Penthée—permet de juger de la finesse particulière de l’exécution. Parmi les autres tombeaux les plus remarquables de cette nécropole, signalons le tombeau Z, datable de la fin du IIe siècle et célèbre pour son décor égyptisant développé sur des murs enduits d’une peinture uniformément rouge-orangée, dont la tonalité tranche nettement avec les parois claires de l’époque d’Hadrien (tombeau C) ou les murs très contrastés du règne d’Antonin le Pieux (tombeau F).

Mais la plus grande et la plus riche tombe mise au jour dans cette nécropole est sans conteste celle « des Valerii » (H) érigée dans les années 155-161. Elle présente un extraordinaire décor de statues en stuc ornant de larges niches ménagées dans les parois. Le mobilier de cette tombe est lui aussi exceptionnel, présentant des sarcophages et des portraits de marbre ou encore—découverte rarissime—des portraits de stuc et des masques funéraires dans lesquels on peut identifier des membres de la famille des Valerii, et en particulier de très jeunes enfants. Dans ce tombeau, comme dans d’autres, on a pu identifier des traces (épigraphiques ou iconographiques) de « christianisation » de la nécropole, mais elles sont difficiles à dater et peuvent—pour nombre d’entre elles—ne pas être antérieures à l’époque constantinienne, voire provenir de sépultures creusées par la suite dans le sol de la basilique.

Le chapitre quatre concerne la nécropole vaticane de la via Triumphalis. La zone vaticane de la via Triumphalisfut progressivement occupée par des tombeaux dont le plus impressionnant reste celui de l’empereur Hadrien. Les sépultures les plus anciennes sont manifestement individuelles et sans orientation définie au préalable, ni organisation d’ensemble. Les tombes s’adaptent alors à l’orographie de la colline. Ainsi, les tombes les plus anciennes étaient-elles situées de part et d’autre de la via Triumphalis en occupant ses aires limitrophes sur plusieurs rangées. Le présent chapitre examine les tombes du secteur du Galion (fouilles années 1930 et 1964), du sous-sol de l’ « Autoparco » (1956-58), sous le bâtiment actuel de l’Annone Vaticane (1930) et sous le parking de Santa Rosa (2003). Décrivant ces zones les unes après les autres, les auteurs tâchent de présenter pour chacune d’elle leur origine, leur développement et le déclin de leurs structures ainsi que la description des rituels funéraires repérés. On suit ainsi le développement de cette nécropole jusqu’au début du IVe siècle : les auteurs mettent en relation son abandon avec la construction de la basilique constantinienne, inaugurée vers 320 et érigée quelques centaines de mètres plus loin. Victimes de glissements de terrain, progressivement oubliés, les tombeaux furent peu à peu recouverts de terre ce qui explique l’exceptionnel état de conservation des structures et de l’appareil décoratif. Ces tombes n’ont pas le luxe de ceux de la nécropole sous la basilique, mais permettent de suivre—sur plus de 300 ans—l’architecture et le décor funéraire des classes moyennes et les pratiques d’ensevelissement des classes inférieures. Il s’agit, en effet, essentiellement, de sépultures d’esclaves et d’affranchis, à l’exception notable de la tombe « des sarcophages » mise au jour dans le secteur de Santa Rosa et qui abritait un membre, au moins, de la classe équestre.

Enfin, pas de conclusion à cet ouvrage, mais un cinquième chapitre offert en guise de bilan où sont évoquées les conditions de conservation et de restauration de la nécropole sous la basilique Saint-Pierre. Une brève bibliographie thématique reprend le titre de chaque chapitre et est complétée par un index général. Au final, il s’agit d’un très bel ouvrage qu’on ne se lasse pas de feuilleter, et dont on retiendra plus particulièrement la richesse du propos et la qualité des photographies en pleine page, ainsi que le souci de donner un aperçu aussi bien de la diversité du décor ornemental (peintures, mosaïques, stucs, plaquages de marbre..) que du mobilier mis au jour (sarcophages, statuaire, lampes, verre, bijoux, etc.…). P. Liverani et G. Spinola nous offrent là une synthèse éclairante et passionnante sur cet exceptionnel ensemble funéraire.

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