Bryn Mawr Classical Review

Bryn Mawr Classical Review 2011.09.41

Reinhard Willvonseder, Corpus der römischen Rechtsquellen zur antiken Sklaverei (CRRS). Teil IV, Stellung des Sklaven im Privatrecht. 1. Eheähnliche Verbindungen und verwandtschaftliche Beziehungen. Forschungen zur antiken Sklaverei 3.   Stuttgart:  Franz Steiner Verlag, 2010.  Pp. xii, 187.  ISBN 9783515082075.  €36.00.  



Reviewed by Antonio Gonzales, Université de Franche-Comté (Besançon) (antonio.gonzales@univ-fcomte.fr)

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L’ouvrage de Reiner Willvonseder, Eheähnliche Verbindungen und Verwandtschaftliche Beziehungen , est le premier volume du tome 4, Stellung des Sklaven im Privatrecht, constitutif du Corpus der römischen Rechtsquellen zur antiken Sklaverei (CRRS). Il est construit comme un corpus de sources juridiques sur la place des esclaves dans le droit privé romain et, plus particulièrement, il s’agit, par ce volume, d’offrir les sources juridiques sur les liens de parenté et les formes d’union auxquelles participent des esclaves ou des individus qui perdent à un moment donné leur liberté et sont assujettis à des tâches qui les fixent durablement à l’intérieur de l’empire romain. Ce catalogue raisonné et ordonné des sources traduites en allemand et commentées est précédé d’une introduction qui définit méthodologiquement l’approche autour d’un exposé des caractères constitutifs du mariage et de la famille des Romains, puis de l’union entre esclaves, entre femme libre et esclave homme et entre homme libre et esclave femme. Cette introduction se termine sur la situation des unions des hommes attachés à la terre soit comme prisonniers de guerre, soit pour certains comme esclaves. Enfin, cette introduction d’une quinzaine de pages s’achève sur une série de remarques concernant les relations familiales des esclaves.

Ce premier ensemble permet, à la suite de l’avant-propos, de redonner une existence à un groupe juridique qui semblait en être démuni eu égard au droit de la famille et à la législation concernant les différents droits et contraintes relatifs aux unions matrimoniales ou non. En effet, la production scientifique classique ou moderne sur les esclaves du monde romain, pour ne pas dire de l’Antiquité, a eu tendance à esquiver la question de la famille, et les ouvrages traitant de l’esclavage antique tendent à nier implicitement une réalité quotidienne qu’il faut, sans doute, réinscrire dans un processus chronologique en relation avec la dynamique même de la conquête et de l’intégration dans l’empire.

L’idée d’une séparation constante des esclaves hommes des esclaves femmes préconisée par Caton dans son modèle de la uilla rustica fut déjà pondérée par les agronomes latins ultérieurs, qui, de Varron à Columelle accordent une place croissante à la compagne du vilicus et n’excluent plus le compagnonnage ponctuel ou pérenne entre esclaves. La stabilisation des frontières du territoire de l’Empire et la récession qui en découle dans l’approvisionnement guerrier en esclaves obligèrent, par esprit pratique et par nécessité économique, les autorités romaines et les domini à accepter des évolutions dans la vie quotidienne des esclaves. L’amélioration progressive des conditions d’existence pour une partie de ces derniers et la possibilité de s’unir pour procréer et ainsi contribuer à l’accroissement de la familia servile ont précédé la législation en faveur d’un adoucissement de la coercition inhérente à la condition d’esclave. Une mesure comme le ius trium liberorum, qui permet à une femme esclave qui met au monde plus de trois enfants viables de pouvoir être affranchie, reconnaît la nécessité de multiplier les naissances et légitime juridiquement des unions qui restent souvent ponctuelles et ne fondent pas un couple au sens du droit romain du mariage. Ces mesures sont progressives et se heurtent aux résistances sociales, morales et juridiques. De ce point de vue, le rôle des empereurs et de leurs conseillers est fondamental pour comprendre l’évolution du droit quant à l’union entre esclaves ou entre esclaves et libres. La production juridique en la matière pour l’époque impériale est croissante. L’influence des réalités militaires, économiques, philosophiques et sociales a accentué la dynamique d’évolution de la perception de l’union entre esclaves sans pour autant remettre en question l’esclavage en tant que tel.

A cet égard, le classement juridico-thématique des différents textes montre le poids relatif de chacune des problématiques juridiques auxquelles doivent se confronter, au quotidien, non seulement les juristes mais également les autorités politiques. Reinhard Willvonseder recense 80 documents pour la question de l’union et de la famille des esclaves ; 11 documents sur l’union entre esclaves ; 29 documents sur l’union entre une femme libre et un esclave, 34 documents sur le Senatus consultum Claudianum ; 51 documents sur l’union entre un homme libre et une esclave ; 23 documents sur les glebae adscripti ; 38 textes sur les unions et les familles des prisonniers ; 69 documents sur les liens de parenté des esclaves. Une étude du contenu des différentes sources permettrait de saisir les évolutions au cours du temps et de mesurer le poids relatif des situations vécues et des réponses qu’essaie d’apporter le droit en fonction des difficultés militaires, sociales, économiques et politiques que Rome doit affronter de manière croissante et quantitativement plus importante et s’efforce de surmonter. Ce travail d’analyse est amorcé dans le commentaire qui accompagne chacun des documents recensés, mais l’étude approfondie relève de monographies à venir ou d’études déjà publiées sur une partie de la documentation.

Pour offrir un socle documentaire à l’analyse, le corpus de textes juridiques, en lui-même, comme nous l’avons déjà souligné, recense en 165 pages les documents relatifs à la problématique des unions et des relations familiales des esclaves dans le monde romain. L’auteur s’emploie, dans son catalogue raisonné, à livrer l’ensemble des sources juridiques en prenant comme point de départ Gaius, puis le Digeste, les recueils de sources juridiques post- classiques, les lois germaniques (Edictum Theodorici Regis, ETh), les Institutions de Justinien, le Code théodosien, les Novelles post-théodosiennes, le Code Justinien, les Novelles de Justinien, les textes syro-romains. Chaque passage retenu est présenté avec sa référence et le texte latin, avant qu’une traduction et un commentaire historique et juridique ne viennent compléter le sens des sources retenues. Ce sont ainsi 278 textes qui sont proposés à la lecture et à l’interprétation postérieure des chercheurs.

En effet, ce livre, qui se conclut par deux indices des sources et des notions, n’est pas une étude en profondeur de la question du mariage des libres avec des non libres et des formes d’union que le droit romain va finir par tolérer et encadrer pour les esclaves ou pour ceux qui se rapprocheront de leur statut en raison des conditions de leur soumission à Rome. L’ouvrage qui s’inscrit dans la thématique du projet global du Corpus der römischen Rechtsquellen zur antiken Sklaverei (CRRS) est d’offrir une réflexion qui intègre un projet global, celui d’offrir en dix tomes, le catalogue exhaustif des sources romaines sur l’esclavage avec les thèmes suivants : la fin du statut servile, la fin du status servile entre ius gentium et ius ciuile, le droit et les esclaves, les esclaves dans le droit privé romain, les esclaves dans le droit pénal romain, les esclaves dans le droit sacré romain, la fonction protectrice de l’Etat envers les esclaves, les esclaves dans des secteurs déterminés d’activités, le régime de la propriété entre libres et esclaves, définition de quelques groupes catégoriels d’esclaves.

En conclusion, il faut souligner que cet ouvrage nous offre un véritable outil pour la recherche. Si l’on peut regretter que la période républicaine apparaisse peu dans ce corpus, il faut néanmoins relever que le corpus impérial conserve certaines dispositions antérieures. On comprend que l’auteur s’attache, dans le cadre du projet CRRS, à n’intégrer que des sources juridiques attestées. Le corpus montre bien que la position de la société romaine et le droit qui en émane prennent en compte les mutations liées à l’intégration des esclaves dans un processus de structuration familiale, d’abord pour des raisons liées à la reproduction de la force de travail, puis par assimilation de réflexions philosophiques et religieuses qui font de la famille le fondement de la société civile et spirituelle.

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