Bryn Mawr Classical Review

Bryn Mawr Classical Review 2011.09.40

Mariangela Puglisi, La Sicilia da Dionisio I a Sesto Pompeo: circolazione e funzione della moneta. Pelorias 16.   Messina:  Dipartimento di Scienze dell'Antichitè dell'Università degli Studi di Messina, 2009.  Pp. 519.  ISBN 9788882680237.  €80.00 (pb).  



Reviewed by Sandra Péré-Noguès, Université Toulouse 2 (perenog@univ-tlse2.fr)

Ce gros ouvrage de plus de 500 pages est le fruit d’un Doctorat de Recherche en Archéologie et Histoire mené par Mariangela Puglisi à l’université de Messine dans l’équipe de Maria Caccamo Caltabiano. Le sujet est ambitieux, puisqu’il s’agit d’étudier diachroniquement « le phénomène de la circulation monétaire en Sicile », des origines à Sextus Pompée, soit plus de quatre siècles d’histoire monétaire sicilienne. Le sujet est aussi compliqué du fait de la dispersion des données, mais surtout du manque d’études systématiques des collections et des monnayages recueillis sur le terrain. Malgré ces handicaps, l’auteur est parvenue à proposer une publication qui, en dépit de quelques faiblesses, est une intéressante synthèse de l’histoire monétaire sicilienne.

M. Puglisi commence son analyse par une recension assez exhaustive des publications générales et spécifiques sur le sujet (p. 17-49), puis elle expose les principes méthodologiques qu’elle a choisis, tout en insistant sur les difficultés rencontrées aussi bien dans l’état des publications de certains sites que dans l’accès direct à certaines collections (p. 51-58). Son objectif est dans un premier temps de faire un inventaire différencié des monnayages par zone géographique en distinguant les exemplaires selon leur provenance (fouilles, découvertes fortuites ou trésors). Dans un second temps, la confrontation de toutes les données régionales doit permettre une reconstruction diachronique de l’histoire monétaire sicilienne.

La première partie définit l’« inquadramento storico-archeologico-numismatico » de l’étude (p. 59-93). Si le chapitre consacré au contexte historique (p.61-70) est convenu, la présentation du cadre archéologique et topographique (p. 71-78) est beaucoup plus intéressante, puisque l’auteur revient sur la question des communications – en particulier les routes et les ports – en somme toutes les voies d’échanges, ainsi que leur articulation avec l’habitat aussi bien urbain que rural. Plusieurs cartes et un tableau (Tabella A) situées malheureusement en fin de volume agrémentent la démonstration qui n’échappe toutefois pas à un certain déterminisme géographique. Un troisième chapitre (p. 85-93) porte sur les ateliers monétaires et la variabilité de leur localisation. L’auteur note que l’activité des ateliers se révèle étroitement associée à la situation politique : à l’époque de Denys l’Ancien ou encore d’Agathocle, on peut ainsi observer une réduction sensible du nombre des ateliers et une variabilité moindre dans leur localisation. Cependant, les observations de l’auteur restent prudentes dans la mesure où beaucoup de frappes ne sont pas clairement rattachées à des ateliers précis, les ateliers n’étant pas eux-mêmes toujours identifiés.

Au cœur de la seconde partie se trouvent trois catalogues dont l’utilité est incontestable au regard des difficultés que pose la documentation monétaire de la Sicile. Le premier catalogue (p. 97-178) recense les découvertes monétaires fortuites par sites de provenance, eux-mêmes regroupés selon les provinces actuelles. Le second catalogue (p. 181- 219) fait un inventaire commode des trésors monétaires qui sont présentés dans l’ordre chronologique. Quant au troisième catalogue (p. 221-353), il s’agit d’un inventaire illustré et commenté des séries en bronze qui se fonde essentiellement sur un travail de collecte bibliographique. Si les catalogues concernant les découvertes s’avèrent indispensables pour avoir une idée des monnayages et de leur circulation, le fait d’avoir retenu les seules séries en bronze – les plus nombreuses et les mieux connues –pose à notre sens problème car il oriente le lecteur vers une approche quelque peu déformée de la réalité monétaire en Sicile, notamment à l’époque de Denys l’Ancien.

De fait, dans la troisième partie intitulée « La funzione della moneta dall’età dionigiana all’età repubblicana » (p. 355-389), l’auteur revient sur ce point en essayant d’interpréter l’ensemble des données de circulation. Après avoir traité brièvement des débuts des frappes qui apparaissent exclusivement dans les colonies grecques, elle insiste plus longuement sur la période liée au règne de Denys l’Ancien. A cette époque, le recours au bronze lourd se serait imposé pour payer notamment les armées, hypothèse défendue par Maria Caccamo Caltabiano. Elle repose sur deux facteurs : les lieux de trouvailles de ces émissions de bronze qui suivent les routes empruntées par les troupes mercenaires du «tyran» de Syracuse, et les surfrappes réalisées par les communautés mercenaires qui ont fait l’objet d’une étude de Daniele Castrizio 1. M. Puglisi accepte cette interprétation et choisit de mettre à part les autres émissions de la fin du Ve siècle : selon elle, elles auraient circulé à un niveau différent ou encore elles auraient été frappées à des dates différentes, dans tous les cas avant le règne de Denys l’Ancien. La démonstration laisse un peu perplexe sur bien des points. Replacée dans une perspective diachronique, l’histoire monétaire sicilienne, plus particulièrement syracusaine, révèle incontestablement une anomalie pour la période dionysienne, mais à la lecture des conclusions certes « transitoires » de l’auteur, on peine à en saisir les véritables motifs si ce n’est le poids économique de la guerre. Signalons au passage que cette période s’avère d’autant plus exceptionnelle qu’elle ne se reproduira pas dans l’histoire monétaire de l’île. En définitive, l’auteur revient à une vision assez traditionnelle : l’affirmation du phénomène monétaire en Sicile serait étroitement liée aux faits politiques, plus particulièrement aux guerres.

D’abondants appendices (34 cartes et 4 tableaux synthétiques) ainsi que soixante pages de bibliographie complètent cet ouvrage qui ne manquera pas d’être utile à nombre de numismates, archéologues et historiens spécialistes de la Sicile.


Notes:


1.   D. Castrizio, La monetazione mercenariale in Sicilia. Strategie economiche e territoriali fra Dione e Timoleonte, 2000.

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