Bryn Mawr Classical Review

Bryn Mawr Classical Review 2011.04.37

Dimitris Bosnakis, Klaus Hallof, Kent Rigsby (ed.), Inscriptiones Coi insulae: decreta, epistulae, edicta, tituli sacri. Inscriptiones Graecae XII 4,1.   Berlin/New York:  De Gruyter, 2010.  Pp. xi, 339.  ISBN 9783110218794.  $419.00.  



Reviewed by Eric Perrin-Saminadayar, Université Paul-Valéry, Montpellier (eric.perrin-saminadayar@univ-montp3.fr)

Table des matières

Depuis 1994, l’Académie de Berlin et du Brandebourg s’est lancée dans un vaste programme destiné à compléter le corpus des Inscriptiones Graecae par des volumes, qui avaient pourtant été planifiés par Wilamowitz en 1902, mais qui, pour toutes sortes de raisons, n’avaient pas pu voir le jour. Après les inscriptions de Samos, dont deux volumes ont été édités par Klaus Hallof en 2000 et 2003,1 voici le tour de celles de Cos et Calymna ; K. Hallof en a à nouveau orchestré la publication en livrant aujourd’hui un premier volume, qu’il a co-signé avec Dimitri Bosnakis et Kent Rigsby. Jusqu’à cette entreprise, l’épigraphie de Cos était loin d’être un champ désertique, mais il faut reconnaître que depuis les ouvrages anciens de Paton et Hicks ou de Herzog,2 les nouvelles découvertes sont parues séparément dans des revues, le recueil posthume de Mario Segre, publié à l’initiative de G. Pugliese Carratelli, qui reproduit des notes de travail du savant italien prématurément disparu, ne pouvant constituer un véritable corpus, en l’absence d’apparat critique et compte tenu de son caractère incomplet.3 C’est dire si le nouveau volume des Inscriptiones Graecae est le bienvenu; il était d’autant plus attendu que de belles études préparatoires, parues dans la revue Chiron, avaient déjà excité la curiosité des lecteurs en démontrant la richesse de l’épigraphie de Cos, dont il restait de nombreux textes inédits.4

Ce volume, le premier d’une trilogie annoncée dans la préface,5 rassemble les documents "publics et sacrés", classés par grands groupes de documents. Les décrets (n° 1-206), édités par K. Rigsby, occupent la première moitié du volume; ils sont répartis en cinq grands groupes: ceux de la cité de Cos forment un premier ensemble, où l’on trouve essentiellement des décrets de proxénie et des décrets en l’honneur de médecins; ils sont suivis par les décrets des dèmes, puis par ceux des associations; viennent ensuite les nombreux textes votés par d’autres cités et gravés à Cos, souvent en l’honneur de juges ou de médecins de l’île, autant de documents - il y en a plus de cinquante -- qui témoignent du rayonnement de la cité et de son sanctuaire d’Asclépios; les fragments de décrets sont enfin regroupés dans une dernière rubrique. Dans une seconde partie (n° 207-245), K. Hallof a réuni l’ensemble des textes relatifs à l’asylie de l’Asclépieion: ce faisant, il a extrait des documents qui auraient dû figurer dans d’autres parties de l’ouvrage (ainsi les lettres royales ou les décrets votés par les autres cités) pour mieux mettre en valeur le remarquable dossier qu’ils forment. Après cette "parenthèse", le volume reprend une classification des documents plus habituelle: on trouve dans la troisième partie les lettres de rois, d’empereurs ou de représentants du pouvoir romain adressées à Cos (n° 246-263) et dans la quatrième, les arbitrages, sénatus-consultes et édits (n° 264-273). La cinquième partie (n° 274-396) forme un ensemble homogène consacré aux tituli sacri où ceux-ci sont classés méthodiquement (calendriers religieux, documents relatifs à la vente de sacerdoces, lois sacrées, consécrations, règlements religieux des dèmes…). La dernière section (n° 397-423) réunit les inscriptions gravées sur les autels. Elle est suivie d’une table de concordances avec les éditions antérieures.

L’ensemble du volume offre donc une documentation riche et attendue ainsi que des dossiers complets, ce qui constitue un indéniable progrès pour l’étude de Cos; il répond en ce sens à une attente majeure de la communauté scientifique. Mais les auteurs ne se sont pas contentés de rassembler une documentation éparse: en recourant systématiquement aux carnets des savants qui les ont précédés (en particulier ceux de R. Herzog), grâce aux estampages et à l’aide des autorités scientifiques grecques de Cos, ils ont réussi à proposer nombre de lectures nouvelles et ils ont pu amender ou compléter certaines inscriptions grâce à des joints conséquents: ainsi le décret de l’association des artistes dionysiaques (n°124) ou celui en l’honneur de Nicomède de Cos (n°128). Une autre bonne surprise attend le lecteur: malgré tout le travail préparatoire déjà publié par les auteurs, seuls ou avec le concours de grands savants, les inédits sont nombreux dans ce volume,6 et il ne s’agit pas que de menus fragments. On citera en particulier l’heureuse publication d’un long texte (n° 131) comportant un décret de Télos en l’honneur de juges et du peuple de Cos ainsi que l’arbitrage rendu, le début d’une lettre impériale (n°260) adressée par Néron, qui vient enrichir le dossier épigraphique relatif au médecin de Claude, C. Stertinius Xenophon, un calendrier religieux du dème de Phyxa (n°279) encadré par un décret, d’une part, et des listes de noms, d’autre part, un règlement religieux (n°289) concernant les Asclépieia, un règlement (n°324) concernant la vente de la prêtrise d’Homonoia...

La présentation des textes suit scrupuleusement les canons des Inscriptiones Graecae: les lemmes sont complets et présentés de manière génétique, l’apparat critique est développé, notamment pour les textes particulièrement complexes et ceux qui n’ont pas été (ré)édités récemment. Les commentaires se caractérisent en revanche par leur brevitas, mais c’est un choix éditorial, comme celui de les rédiger en latin, ce qui pourrait dérouter nombre d’étudiants amenés à fréquenter le volume. Mais ceux-ci pourront toujours consulter la traduction des textes, en allemand, qui sera mise en ligne sur le site de l’Académie de Berlin, sur le modèle de ce qui a été fait pour les inscriptions athéniennes de l’Antiquité tardive, celles de Samos ou celles d’Égine.7

Un dernier point est à souligner: avec ce fascicule, De Gruyter, l’éditeur des Inscriptiones Graecae, inaugure une nouvelle couverture cartonnée et une nouvelle reliure solide, ce qui permet une manipulation de l’ouvrage plus aisée et évitera aux bibliothèques de priver les lecteurs d’un instrument de travail aussi précieux le temps de le faire relier.


Notes:


1.   IG XII 6. Pars I: Inscriptiones Sami Insulae: Decreta, epistulae, sententiae, edicta imperatoria, leges, catalogi, tituli Atheniensium, tituli honorarii, tituli operum publicorum, inscriptiones ararum (2000). Pars II: Inscriptiones Sami Insulae: Dedicationes, tituli sepulcrales, tituli Christiani Byzantini Iudaei, varia, tituli graphio incisi, incerta, tituli alieni; Inscriptiones Corassiarum (2003).
2.   W. R. Paton & E. L. Hicks, The Inscriptions of Cos, Oxford, 1891. R. Herzog, Koische Forschungen und Funde, Leipzig, 1899. Voir aussi A. Maiuri, Nuova silloge epigrafica di Rodi e Cos, Florence, 1925.
3.   M. Segre, Iscrizioni di Cos, Rome, 1993, 2 vol. (voir les remarques critiques de Ph. Gauthier, Bull. ép. , 1994, 450 et 1995, 448). Cf. aussi M. Segre, Iscrizioni di Cos: Epigrafie funerarie, Rome, 2007 (ed. M. L. Lazzarini), où l’on trouvera les indices.
4.   Chiron, 28, 1998, p. 85-162; 29, 1999, p. 251-309; 30, 2000, p. 415-449; 31, 2001, p. 229-275 et 333-345; 33, 2003, p. 203-262; 34, 2004, p. 87-107; 35, 2005, p. 219-272; 38, 2008, p. 205-242.
5.   Un second volume réunira les dédicaces et les catalogues de noms; un troisième sera consacré aux épitaphes. Tous deux sont annoncés, "Aesculapio annuente", dans un espace de cinq ans; ils seront suivis d’un volume d’indices et d’un dernier où l’on trouvera les inscriptions de Calymna.
6.   N° 47, 60, 65-67, 82-87, 105, 107, 111, 125, 132, 156, 179-180, 183, 186-202, 219, 229, 233-234, 236-238, 240-243, 235, 260, 265, 267, 279, 289, 292, 313, 324, 331, 340-341, 357, 369-374, 377-378, 383-384, 386-388, 392, 394-396, 398-399, 401, 408, 412-416, 418-419, 421, 423. Beaucoup de ces inédits proviennent des carnets de Herzog. On regrettera que les auteurs ne fournissent pas de photographie pour ces textes inédits lorsque cela est possible.
7.   Site internet de l’Académie de Berlin.

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