Bryn Mawr Classical Review

Bryn Mawr Classical Review 2011.03.47

Lydie Bodiou, Véronique Mehl, Jacques Oulhen, Francis Prost, Jérôme Wilgaux (ed.), Chemin faisant: mythes, cultes et société en Grèce ancienne. Mélanges en l'honneur de Pierre Brulé.   Rennes:  Presses universitaires de Rennes, 2009.  Pp. 318.  ISBN 9782753509467.  €20.00 (pb).  



Reviewed by Hélène Brun-Siard, Université Paris-Sorbonne (Paris IV) (Helene.Siard@paris-sorbonne.fr)

[La liste des auteurs et des titres figure à la fin de ce compte-rendu.]

Ce volume de Mélanges offerts à P. Brulé, dirigé par L. Bodiou, V. Mehl, J. Ouhlen, Fr. Prost et J. Wilgaux témoigne de manière éclatante de la diversité des centres d’intérêts de cet historien : monde féminin, religion, société, guerre, ou, pour reprendre l’énumération des éditeurs dans l’Introduction du volume, « Les pirates, les filles, les dieux, les corps » (p. 16). Les contributions ici rassemblées rendent précisément compte de ces mondes qu’explora P. Brulé dans ses travaux, tout au long de sa carrière.

Rendre compte de ces Mélanges s’avère par conséquent un exercice difficile, tant sont variés les thèmes abordés ici ; le sous-titre du recueil (Mythes, cultes et sociétés en Grèce ancienne) dit, par lui-même, leur diversité, comme en rendent compte aussi les sections sous lesquelles sont regroupées les contributions : la première partie, Mise en Route, réunit sous ce titre peu explicite—qui file la métaphore du chemin parcouru servant de titre au recueil—des articles sans rapport thématique les uns avec les autres, puisque P. Briant aborde le thème de la décadence perse, St. Maillot traite d’une association de sculpteurs à Rhodes, M.-M. Mactoux explore la symbolique du fouet et A. Powell propose un déchiffrement des idéaux spartiates ; les autres contributions, au contraire, s’ordonnent au sein de parties thématiques : la deuxième partie est ainsi intitulée Chemin de femmes, la troisième Vers le polythéisme/, la quatrième, enfin, Itinéraires corporels ; elles regroupent les contributions aux thèmes de prédilection de P. Brulé.

Les thèmes sont donc divers ; diverses également les périodes abordées, depuis l’époque archaïque (par exemple G. Boismenu qui traite de l’Athéna adolescente dans l’Odyssée) jusqu’à l’époque moderne (avec l’article de P. Briant sur l’historiographie de la décadence perse au XVIIIe siècle), en passant par l’époque hellénistique (ainsi, la contribution de St. Maillot consacrée aux associations rhodiennes du IIe siècle av. J.-C.) et l’antiquité tardive (Ch. Cremonesi qui analyse la relation thérapeuthique telle qu’elle est décrite chez Eusèbe de Césarée).

Les sujets sont également variés par leur ampleur et, pour ainsi dire, leur épaisseur historiographique : certaines contributions traitent de questions déjà largement rebattues pour proposer de nouvelles interprétations stimulantes, à l’exemple de St. Georgoudi (« Questions pythiques : retour sur le(s) trépied(s) et le laurier d’Apollon », p. 215-232) qui récuse le lien opéré dans la bibliographie entre le laurier, le trépied et la mantique apollinienne à Delphes ; ce lien serait, selon elle, le résultat d’une compréhension erronée, par les modernes, de l’expression « ἐκ (ou ἀπὸ) δάφνης » ou « ἐκ (ou ἀπὸ) τρίποδος » ; il serait également le fait d’Euripide qui, à la fin du Ve siècle av. J.-C., aurait mis l’accent sur le rôle prophétique de ces deux éléments. Elle renouvelle ainsi cette vieille question de l’oracle delphique, mais reconnaît que le débat est loin d’être clos : l’enquête doit encore être poussée sur certains points, notamment sur les mythes et les images qui paraissent établir, dès l’époque archaïque, ce lien entre la mantique apollinienne et le trépied (p. 232). Il vaudrait également la peine de s’interroger sur la raison qui pousse Euripide et les auteurs attiques à partir de la fin du Ve siècle à proposer cette interprétation « matérialiste » du phénomène oraculaire, si l’on s’accorde à leur en imputer la responsabilité. Grand sujet également, celui de l’« Ecole rhodienne » en sculpture auquel St. Maillot apporte un éclairage nouveau, en faisant le détour par une documentation rarement sollicitée par les spécialistes de sculpture : les textes qui font état d’une association de sculpteurs dans l’île et manifestent l’existence d’un « milieu artistique rhodien » (p. 40). Sujet plus confidentiel dans la bibliographie enfin que celui traité ici par M. Jost (« A propos des généalogies de Pan », p. 173-180) qui, par une lecture scrupuleuse des sources, met clairement en évidence les métamorphoses d’un mythe et démontre l’exploitation politique et idéologique qui en est faite.

La variété des sujets abordés va de pair avec celles des « Ecoles » historiques représentées dans le volume, ce qui dit aussi combien P. Brulé fait preuve d’une grande ouverture d’esprit, loin des chapelles dans lesquelles il n’a pourtant pas dédaigné d’entrer parfois. Sa Bibliographie, regroupée à la fin du volume (p. 307-311), en est la démonstration claire, de même que les personnalités qui contribuent à ces Mélanges : M. Jost, K. Karila-Cohen (« Les filles d’Athènes à Delphes : femmes, religion et société à travers l’exemple des canéphores de la Pythaïde », p. 133-142), A. Jacquemin (« Pendant qu’à Olympie les hommes … ou séparés pour être plus efficaces », p. 125-132) ou St. Maillot proposent une histoire où les sources écrites sont exploitées pour manifester l’organisation explicite d’une société ou d’un système de croyances et son effectivité. M.-M. Mactoux ou encore Cl. Leduc (« L’énigmatique Kourotrophos et l’olivier de l’Acropole », p. 143-163) se fondent sur les textes—ou les images dans le cas de H. Bébracte (« Le costume de l’épouse dans l’art funéraire attique de l’époque classique », p. 235-248)—pour en faire émerger des conceptions religieuses ou sociales sous-jacentes, non explicitement exprimées par les Anciens, faire ressurgir l’implicite en somme dans une approche plus anthropologique. C’est dans une certaine mesure la démarche aussi d’A. Powell qui cherche à décrypter les idéaux spartiates derrière des textes laudatifs ou critiques qui travestissent dans tous les cas la réalité qu’ils décrivent.

Cette diversité des approches historiques fait aussi écho à l’originalité de la personnalité scientifique de P. Brulé, originalité qu’il doit peut-être pour une part à une formation hors norme dans le monde universitaire français, comme le rappellent les éditeurs dans sa biographie (« Abécédaire inachevé. Fragments pour une biographie non autorisée », p. 9-12 et particulièrement p. 9-10 où ils évoquent sa formation initiale dans un lycée agricole). De ce fait, cette originalité est sensible également dans la forme que prennent ces Mélanges, car les éditeurs ont tenté d’échapper à ce que ce type d’hommages peut avoir de trop convenu parfois. L’exercice apparaît réussi, car la forme, très littéraire, choisie pour la récapitulation de la carrière de P. Brulé, témoigne de leur attachement sincère à ce professeur, dont sont fréquemment rappelées les qualités humaines qui vont de pair avec ses talents de chercheur (ainsi, p. 12).

Table des matières

Remerciements, p. 7

Lydie Bodiou, Véronique Mehl, Jacques Oulhen, Francis Prost et Jérôme Wilgaux, « Abécédaire inachevé. Fragments pour une biographie non autorisée », p. 9

Lydie Bodiou, Véronique Mehl, Jacques Oulhen, Francis Prost et Jérôme Wilgaux, « Introduction », p. 13

Première partie : Mise en route

Pierre Briant, « Le thème de la « décadence perse » dans l’historiographie européenne du XVIIIe siècle : remarques préliminaires sur la genèse d’un mythe », p. 19

Stéphanie Maillot, « Une association de sculpteurs à Rhodes au IIe siècle av. J.-C. : un cercle d’intégration de la société rhodienne », p. 39

Marie-Madelaine Mactoux, « Esclave, fouet, rituel », p. 59

Anton Powell, « Sparte, comment déchiffrer ses idéaux ? », p. 71

Deuxième partie : Chemins de femmes

Laurent Piolot, « A l’ombre des maris », p. 87

Louise Bruit-Zaidman, « Les femmes et le religieux dans les Lois de Platon », p. 115

Anne Jacquemin, « Pendant qu’à Olympie les hommes … ou séparés pour être plus efficaces », p. 125

Karine Karila-Cohen, « Les filles d’Athènes à Delphes : femmes, religion et société à travers l’exemple des canéphores de la Pythaïde », p. 133

Claudine Leduc, « L’énigmatique Kourotrophos et l’Olivier de l’Acropole », p. 143

Troisième partie : Vers le Polythéisme

Robert Parker, « Τίς θύων », p. 167

Madeleine Jost, « A propos des généalogies de Pan », p. 173

Paulo Scarpi, « Les visages du héros, discours mythiques et schéma rituel, pour une projection panhellénique, p. 181

Sylvain Lebreton, « Dionysos Omestes (Plutarque, Thémistocle, 13 ; Antoine, 24) », p. 193

Corine Bonnet, « Le visage et le nom. Réflexions sur les interfaces divines à la lumière de la documentation proche-orientale », p. 205

Stella Georgoudi, « Questions pythiques : retour sur le(s) trépied(s) et le laurier d’Apollon », p. 215

Quatrième partie : Itinéraires corporels

Hélène Bébracte, « Le costume de l’épouse dans l’art funéraire attique de l’époque classique », p. 235

Rachel Touzé, Le myrte et Aphrodite, quelque part entre le désir et le dégoût », p. 249

Gaucelm Boismenu, « La vierge sans mère » : les métamorphoses d’Athéna adolescente dans l’Odyssée », p. 261

Véronique Dasen, « Une « Baubô » sur une gemme magique », p. 271

Gwenaëlle Le Person, « Soigner l’épilepsie (Hippocrate, Maladie sacrée). Existe-t-il une opposition entre la médecine « populaire » des magoi et la médecine « rationnelle » des Hippocratiques dans le traitement de la maladie ? », p. 285

Chiara Cremonesi, « Entre savoir et pouvoir : la relation thérapeutique chez Eusèbe de Césarée », p. 297

Bibliographie de Pierre Brulé, p. 307

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