BMCR 2010.09.26

Bibliographischer Index zum Römischen Staatsrecht von Theodor Mommsen. Altertumswissenschaftliche Texte und Studien Bd. 41

, , Bibliographischer Index zum Römischen Staatsrecht von Theodor Mommsen. Altertumswissenschaftliche Texte und Studien Bd. 41. Hildesheim/Zürich/New York: Georg Olms Verlag, 2010. 287. ISBN 9783487143224. €39.80 (pb).

En dépit ou justement à cause de sa démarche dogmatique, et à coup sûr grâce à la richesse de l’information, la pertinence des nombreuses analyses ponctuelles et la clarté de la synthèse, le Römisches Staatsrecht reste, 122 ans après son achèvement en 1888, un ouvrage de référence indispensable à toute recherche sur les institutions politiques de la Rome républicaine. La consultation en est facilitée par des tables de matière très détaillées en tête de chaque volume et par le copieux index alphabétique à la fin du vol. 3.2. En 1979, Jürgen Malitz ( Theodor Mommsen, Römisches Staatsrecht, Stellenregister. München, 1979) publia un index locorum plus détaillé que celui établi par Mommsen. Et voici que Kerstin Kaufmann et Katja Wannack en donnent un index bibliographique.

Un ouvrage plutôt inhabituel. Les deux auteurs se proposent en effet d’identifier et de compléter les références bibliographiques que l’on trouve dans les notes infra-paginales des 3200 pages du Römisches Staatsrecht. Pour étonnant qu’il puisse à première vue paraître, le projet se révèle très utile. On sait que les savants du XIXe et début XXe siècle rédigeaient leurs références selon des règles beaucoup moins strictes que celles auxquelles nous nous astreignons aujourd’hui. Le volume raisonnable de la bibliographie existante à l’époque faisait que l’auteur était en droit de supposer chez ses lecteurs une certaine familiarité avec les titres si bien qu’il s’y référait avec une concision qui risquerait de passer aujourd’hui pour de la négligence 1. Ainsi, on lit RStR vol. 1, p. 569, n. 1 « Nipperdeys Vorschlag per leges zu streichen », et, bien que, dans les cent trente pages précédentes, Mommsen se soit plusieurs fois référé d’une manière moins concise à cette étude, le lecteur moderne appréciera d’apprendre qu’il s’agit d’une étude de Karl Nipperdey, intitulée Leges annales der römischen Republik et publiée dans les Abhandlungen der Philologisch-Historischen Classe der Königlich Sächsischen Gesellschaft der Wissenschaften, Bd. 5, Leipzig, 1870, p. 1-89, et que l’ emendatio en question se lit à la page 23 de cette étude.

Les deux auteurs répartissent les titres identifiés entre huit grandes rubriques: d’abord les références aux différents volumes du Handbuch der römischen Alterthümer, dont le RStR faisait partie et où il remplaçait les trois volumes de la Staatsverfassung de W.A. Becker et J. Marquardt, Leipzig, 1844-1849 (chap. 1); ensuite les références à des monogra¬phies (chap. 2); celles aux dissertations publiées dans les programmes de lycées ou d’universités (chap. 3), aux éditions de sources monumentales (épigraphiques et numisma-tiques) (chap. 4), aux éditions de sources littéraires (chap. 5), aux articles dans des périodiques (chap. 6), aux écrits de Mommsen lui-même (chap. 7) et enfin aux personnes qui lui ont fourni des informations oralement ou par lettres (chap. 8). L’ouvrage se termine par un aperçu synoptique des trois éditions successives du RStR, suivi d’un relevé des comptes rendus consacrés aux différentes éditions et à la traduction française du RStR ainsi qu’au résumé que Mommsen en fit paraître en 1893 ( Abriss des römischen Staatsrechts). Tout à la fin, un index alphabétique des quelque 330 auteurs cités par Mommsen.

Pour chaque étude, K. Kaufmann et K. Wannack indiquent, dans une première colonne, le nom de l’auteur (en ajoutant ou en développant au besoin le prénom), le titre complet, le lieu d’édition et l’année de parution, soit, pour les articles, le titre et la tomaison de la revue ainsi que la pagination complète ; une deuxième colonne renvoie à la page où Mommsen cite ce titre. Chaque titre a fait l’objet d’une description « par autopsie », ce qui permet aux deux auteurs de corriger quelques références erronées chez le maître: ainsi, RStR 1.587, n. 3, on lit « Chambalu de mag. Flaviorum p. 71 » : la référence exacte est rétablie comme suit: « Chambalu, August, De magistratibus Flaviorum, Phil. Diss. Bonn 1881, S. 17 ».

Les auteurs ne reprennent pas toutes les références aux sources anciennes, ce travail ayant été fait il y a plus de trente ans par Jürgen Malitz (cf. ci-dessus). Toutefois, elles donnent au chap. 4 les références exactes des éditions utilisées par Mommsen, dont il a indiqué le nom de l’éditeur, sans qu’il leur ait toujours été possible d’identifier avec précision l’édition effectivement utilisée.

Il faut reconnaître aux deux auteurs une grande familiarité avec les pratiques biblio¬graphiques. Un exemple: l’étude d’Ottokar Lorenz, Über das Consulartribunat, a paru initialement dans la Zeitschrift für die österreichischen Gymnasien 6(1885), p. 273-302 ; néanmoins, elle est signalée parmi les monographies (chap. 2) et non parmi les articles de périodiques (chap. 6): ce choix est judicieux, car la pagination indiquée par Mommsen montre bien qu’il n’a pas consulté l’article dans la revue même, mais dans un tirage à part qui comportait une pagination séparée. Ailleurs, le classement est plus discutable: p.ex. pourquoi signaler les Fontes iuris Romani antiqui de C.G. Bruns au chap. 2 (monographies) et les travaux d’exégèse juridique de Cujas au chap. 5 (éditions), et non l’inverse?

Dans l’esprit des deux auteurs, l’ouvrage n’est pas une simple bibliographie, mais également un outil qui doit renseigner sur la méthode de travail de Mommsen et permettre de situer le RStR par rapport à ses prédécesseurs lointains et immédiats. La consultation de ce relevé confirme de fait la pertinence d’observations déjà faites par les premiers critiques du RStR : 1° autant Mommsen utilise abondamment les éditions anglaises, françaises ou italiennes des sources monumentales, autant il se réfère rarement à des études proprement philologiques ou historiques publiées hors du monde germanique, l’exception notable étant ici la grande synthèse, toute récente à l’époque, de Pierre Willems sur le Sénat républicain ; 2° comme il l’annonce, d’un ton plutôt cassant, dans la préface de 1871, Mommsen ne juge pas utile de discuter explicitement les thèses contraires aux siennes, d’où la rareté des renvois non seulement aux travaux des auteurs antérieurs au XIXe siècle (notamment Carlo Sigonio), mais aussi à d’importants travaux d’historiens contemporains (dont Ludwig Lange)2. Notons également la centaine de renvois à l’ Inscriptionum Latinarum selectarum amplissima collectio d’Orelli-Henzen: c’est que les ILS de Hermann Dessau ont eu un illustre prédécesseur auquel Dessau lui-même a d’ailleurs rendu un juste hommage dans sa préface, mais que son propre recueil a fait tomber dans un oubli relatif.

Quelques regrets: selon une règle en vigueur dans les bibliothèques allemandes, les mots grecs contenus dans les titres sont transcrits en caractères latins (d’après la norme DIN 31634). Si cette pratique se justifie dans des notices catalographiques (pour des raisons de tri), elle n’est pas indispensable dans un ouvrage qui s’adresse à des lecteurs qui ont sans doute tous une plus grande familiarité avec la langue grecque qu’avec la norme DIN en question, sans parler du côté assez dépaysant et peu esthétique de ces transcriptions.

Autre point étonnant: l’emploi plutôt erratique des initiales majuscules dans les descriptions des titres. Il eût été préférable d’adopter la pratique des grandes bibliothèques nationales et universitaires et, au lieu de suivre les choix arbitraires des typographes, de limiter l’emploi des initiales majuscules aux seuls cas où le bon usage de la langue du titre les impose (cf. à ce sujet les Anglo-American cataloguing rules, 2nd ed., 1998 revision, appendix A = Anglo-amerikanische Katalogisierungsregeln. Deutsche Übers., München, 2002, p. 607-644).

Quelques rares coquilles: p. 52, lire seorsum (et non scorsum) ; p. 54, supprimer le point entre Romae et regionum; p. 75, lire romaine (et non romain) ; p. 77, lire oppidis (et non oppides) ; p. 88, lire appelées (et non applelées).

Notes

1. W. Nippel, Das Staatsrecht in der Diskussion, von 1871 bis heute, in W. Nippel-B. Seidensticker (éd.), Theodor Mommsens langer Schatten : das römische Staatsrecht als bleibende Herausforderung für die Forschung. Hildesheim ; Zürich [etc.], 2005, p. 41, parle de la « reichlich chaotischen Zitierweise Mommsens ».

2. Cf. W. Nippel, art.cit. [n. 1], p. 9-60, ainsi que A. Giovannini, Die wissenschaftlichen Vorläufer von Mommsens Staatsrecht, in W. Nippel-B. Seidenstricker, op. cit. [n. 1], p. 61-73.