BMCR 2010.08.12

Aspects of Ancient Greek Cult: Context, Ritual and Iconography. Aarhus Studies in Mediterranean Antiquity

, , , , Aspects of Ancient Greek Cult: Context, Ritual and Iconography. Aarhus Studies in Mediterranean Antiquity. Aarhus: Aarhus University Press, 2010. 243. ISBN 9788779342538. $48.00.

[La table des matières se trouve en fin de compte rendu.]

Voici un nouveau titre dans la série des Aarhus Studies in Mediterranean Antiquities, qui est vouée à la recherche interdisciplinaire et liée aux activités du Centre for the Study of Antiquity, un réseau collaboratif entre différents départements de l’Université de Aarhus, au Danemark. Le présent volume est le fruit d’un colloque sur le culte grec, tenu les 9-10 janvier 2004 et organisé à l’initiative du département d’archéologie classique. Jesper Tae Jensen explique dans l’introduction que l’événement s’inscrivait dans son programme de doctorat et avait pour but d’établir une collaboration interdisciplinaire et internationale entre jeunes chercheurs dans le domaine. Cette rencontre donnait aussi l’occasion de discuter de leurs idées avec des experts établis et d’en développer les conclusions dans les articles recueillis ici. Or, le titre évasif de Aspects of Ancient Greek Cult correspond à l’intention de rassembler diverses nouvelles approches dans ce domaine de recherche en plein épanouissement. En correspondance, le sous-titre de Context — Ritual — Iconography s’écarte du cadre traditionnel qui privilégie l’étude des textes littéraires et élargit l’horizon de l’enquête dans une direction plus compréhensive. Le volume inclut non seulement des sources littéraires, épigraphiques, papyrologiques et matérielles de l’antiquité, dans le contexte conventionnel des études classiques, mais introduit aussi des méthodes et perspectives d’autres disciplines comme la statistique et la théologie.

Lisbeth Bredholt Christensen ouvre le livre sur une discussion bienvenue du problème négligé de la définition du terme de “culte”. L’étude des religions, qui se concentre sur la théorie et la recherche systématique, a consacré beaucoup d’attention à la définition (“étique”) des catégories de “religion” et de “rituel”. Mais la notion de “culte” n’est utilisée que dans la description (“émique”) et renvoyée à la recherche descriptive, particulariste et localisée. Par contre, les archéologues et philologues classiques, qui se concentrent sur les aspects pratiques et historiques des phénomènes religieux, préfèrent le terme de “culte” dans une tentative d’échapper aux notions et problèmes de type théorique et théologique. C’est surtout en archéologie classique, satellite de la philologie, que l.’a. dégage cette tendance réductrice. Mais l’approche théologique impose des limitations aussi par son postulat qu’un culte présuppose une religion et des dieux, ce que nous ne pouvons vérifier que dans les textes (p. 22). Ceci exclut de parler de “culte” dans tout autre contexte (ex. le culte des morts) et remet en cause la position de l’archéologie pour étudier la “religion” en générale. Ces cloisonnements sont fondamentaux et réels. En effet, en dépit de ce plaidoyer, il faut constater que le terme de “religion” ne figure pas dans l’index général du présent volume dont une majorité des articles se concentrent sur l’étude empirique de l’art et de l’architecture grecque.

Poussant les frontières dans cette direction aussi, Richard Hamilton explore des méthodologies quantitatives et fait une démonstration de l’application de la statistique à l’étude des reliefs votifs attiques. Comme échantillon il construit un catalogue (dans l’appendice) des pièces classiques associées aux divinités “non olympiennes” comme les Nymphes, Asclépios et “le héros au banquet” et aux dieux olympiens comme Apollon, Artémis, Athéna et Zeus. Il constate que les fidèles sont présents dans 2/3 des cas, l’autel presque dans la moitié, les animaux dans un quart et le panier ( kiste) seulement dans huit exemples. L’enquête soulève aussi des corrélations significatives entre ces quatre variables comme la présence de l’animal qui est associée à celle de l’autel. Mais la mesure exacte de ces relations s’avère difficile à évaluer et expliquer. L’a. observe non seulement les avantages mais aussi les limites de la méthode. Il conclut ingénieusement que sa plus grande valeur est sa capacité d’exposer l’insignifiance d’éléments traditionnellement considérés comme beaucoup plus signifiants. Ainsi, le kiste ressort comme un complément visuel attirant mais non essentiel à l’offrande représentée sur le relief votif.

Les trois contributions suivantes proposent des nouveaux résultats et points de vue sur le culte et le sanctuaire d’Asclépios à Athènes. Bronwen Wickkiser met en question l’idée rec,ue que le culte aurait été importé à Athènes depuis Epidaure à la suite immédiate de la pestilence de 430/29. Elle soumet tout le dossier de la documentation (textuelle) à la critique et remarque, outre certaines inconsistances chronologiques, un “silence éloquent” (p. 57) dans la mesure où les sources n’associent guère Asclépios à la fin de l’épidémie athénienne de 430, ni, plus généralement, au traitement de la pestilence. La conclusion inéluctable mais provocante est qu’une constellation plus large de facteurs a motivé son importation. Vanda Papaefthymiou, dans la seule contribution en allemand — les autres sont en anglais — qui n’a pas fait partie de la conférence non plus, porte l’attention sur le sanctuaire d’Asclépios sur l’acropole même. Elle fait d’abord le bilan de son histoire et de la recherche pour apporter ensuite les résultats des nouvelles fouilles exécutées en 2001 aux alentours de l’autel, situé environ dix-sept mètres à l’est du temple lui-même. Elle attire l’attention sur neuf petites fosses artificielles et propose que certaines auraient servi pour la plantation d’arbres dans le sanctuaire, une pratique attestée aussi ailleurs et enregistrée en rapport avec l’Asclépieion athénien sur le monument de Télémachos sous l’archontat de Kleokritos (en 413/12). Certains fragments de céramique coïncident avec cette date. Les fosses ont livré aussi des nouvelles indices de datation qui repoussent un dernier revêtement à l’époque romaine. Michaelis Lefantzis et Jesper Tae Jensen se concentrent sur les premiers développements du sanctuaire. Ils soutiennent l’hypothèse — acceptée aussi par Papaefthymiou — que l’Asclépieion était originellement aménagé à l’est sur le versant sud de l’acropole. Mais ils ne sont pas d’accord avec Papaefthymiou — et l’opinion générale — pour identifier la structure en place comme un autel. Dans une analyse minutieuse de ses différentes composantes et caractéristiques, ils identifient non seulement au moins quatre phases de construction mais proposent aussi de dater la première phase entre 418 et 415, c.-à-d. au moment de la fondation du temple impliqué dans le développement du sanctuaire décrit sur le monument de Télémachos déjà évoqué. En plus, ils identifient le peribolos, préservé en partie dans l’angle sud-est de l’enceinte, avec le mur mentionné aussi, et soulèvent dans l’ensemble un plan modulaire unifié qui peut aussi intégrer le bothros de l’angle nord-ouest. La remarque conclusive souligne que ce n’est pas l’architecture qui définit le culte, mais le culte et les rituels qui définissent l’architecture. Pourtant cette hiérarchie est inverse de l’attention qui est portée au culte dans l’approche archéologique et ce n’est pas différent ici. En effet, le terme de “culte” ne figure que dans la conclusion qui veut contrebalancer cette disproportion.

La contribution la plus épaisse du volume, par Peter Schultz, s’éloigne du culte grec au sens strict pour se concentrer sur les portraits royaux de l’époque hellénistique. L’examen porte plus particulièrement sur les statues du Phillipeion d’Olympie. Par Pausanias, nous savons qu’à la suite de la victoire macédonienne à Chéronée, des statues étaient commandées chez Léocharès de Philippe II, sa mère Euridyke, son père Amytas, sa femme Olympias et son fils Alexandre. Elles étaient installées dans une tholos construite dans l’enceinte du sanctuaire d’Olympie. La base semi-circulaire qui a persisté est peu étudiée et se trouve au centre de la présente étude. Une analyse circonstanciée de ses différentes caractéristiques et relations apporte des nouvelles informations et solutions à toutes les grandes questions associées au monument : le patronage et l’artiste de l’ensemble, la composition et l’apparence des portraits, le contexte et la fonction du bâtiment. Sur ces trois plans, l’a. décèle l’émergence et le fonctionnement d’une iconographie et d’œuvres d’art spécifiquement destinés à l’héroïsation ou à la déification de Philippe II. Le processus aboutira à un des éléments les plus connus de la culture visuelle de l’époque hellénistique : les portraits des rois divinisés.

Tore Tvarnø Lind est un musicologue spécialisé dans la tradition musicale byzantine de l’Église orthodoxe à partir du Moyen-âge. Ce cadre explique probablement la place de sa contribution ici. Toutefois, il utilise son expérience et sa connaissance ici pour confronter la musique grecque antique et expose volontiers les limites de la recherche et du savoir traditionnels dans ce domaine. Il démontre comment la perspective ethnomusicologique peut aider à faire avancer la recherche musicale sur des sujets théoriques, socio-culturels et historiques. Il introduit toute une série de problématiques rafraichissantes comme l’historicité (des reconstructions), la création du Même et de l’Autre, et les fondements de l’identité culturelle, qui sont importantes à considérer dans la reconnaissance que notre compréhension de la musique et de la culture grecque est profondément marquée par des idées évolutionnistes et colonialistes. L’a. souligne la distance et la pluralité des “Grecs” et soulève l’impertinence de nos concepts et de la séparation entre la “musique” et le “culte” dans ce contexte où une approche plus critique et interdisciplinaire est davantage pertinente.

Pour finir, George Hinge se concentre sur ce lieu privilégié de la musique et du culte qu’est le chœur dans la société grecque. En particulier, il examine les Partheneia, hymnes interprétés par un chœur de jeunes filles, attribués à Alcman, le poète spartiate du VIIe siècle av. J.-C. Il souligne que ces “poèmes” n’ont été consignés par écrit qu’à l’époque hellénistique, après une tradition ininterrompue de transmission de ‘re-performances’ (p. 230) en contexte cultuel. En relation avec cette pratique, il avance l’hypothèse qu’ils n’étaient pas destinés à une occasion spécifique et soutient cette supposition par une analyse détaillée de l’usage et la signification des noms “personnels” dans les fragments préservés. Il démontre qu’il ne s’agit pas de personnes historiques mais de rôles joués par différentes filles de génération en génération dans le processus de leur intégration dans la structure civique en rapport avec ses divisions politiques spécifiques.

Une bibliographie et des notes abondantes accompagnent chaque chapitre. Ce format convient à la diversité et au degré de specialité de toutes les contributions. Elles intéresseront sans doute un publique très large mais aussi très varié. On déplore souvent l’hétérogénéité des actes de colloques. Or, la variété du contenu et des approches correspond à l’étendu du sujet et à la multpilicité des contributeurs ici. Ils viennent d’institutions danoises, américaines ou grecques, sont issus des domaines de la philologie, de l’histoire (de l’art), de l’archéologie, de la théologie ou de la musicologie, et spécialisés dans les périodes de la préhistoire, de l’anitquité ou du Moyen-âge. Mais ils visent à intégrer tous ces points de vu dans l’étude du culte grec. Malgré certaines incohérences et disparités déjà notées, la multiplicité des m/ethodologies est le grand point fort et fait l’originalité du livre entier. Il faut toutefois regretter le long décalage de temps entre la conférence et la rédaction des articles d’une part, et la publication du volume, de l’autre. Les travaux des cinq dernières années restent hors discussion. En compensation, cette distance permet aujourd’hui d’évaluer positivement la pertinence des différentes voies et solutions proposées. En conclusion, nous ne pouvons que nous réjouir de leur variété et encourager une recherche sur le culte grec dans toute sa complexité, qui fasse droit à ses multiples implications.

Table des matières Jesper Tae Jensen, Geirge Hinge, Peter Schultz, Bronwen Wickkiser, Preface, 7-8
Jesper Tae Jensen, Introduction, 9-11
Lisbeth Bredholt Christensen, “Cult” in the Study of Religion and Archaeology, 13-27
Richard Hamilton, Basket Case: Altars, Animals and Baskets on Classical Attic Votive Reliefs, 29-53
Bronwen Wickkiser, Banishing Plague: Asklepios, Athens, and the Great Plague Reconsidered, 55-65
Vanda Papaefthymiou, Der Altar des Askelpion von Athen, 67-89
Michaelis Lefantzis & Jesper Tae Jensen, The Athenian Asklepieion on the South Slope of the Akropolis: Early development, ca 420-460 B.C., 91-124
Peter Schultz, Divine Images and Royal Ideology in the Philippeion at Olympia, 125-193
Tore Tvarnø Lind, Music and Cult in Ancient Greece: Ethnomusicological Perspectives, 195-214
George Hinge, Cultic Persona and the Transmission of the Partheneios, 215-236
Index
List of Contributors