Bryn Mawr Classical Review

Bryn Mawr Classical Review 2005.02.03

Heather van Tress, Poetic Memory. Allusion in the Poetry of Callimachus and the Metamorphoses of Ovid. Mnemosyne, Supplementa 258.   Leiden:  Brill, 2004.  Pp. ix, 215.  ISBN 90-04-14157-X.  €84.40.  



Reviewed by Yannick Durbec, Docteur de l'Université de Provence (yannick.durbec@wanadoo.fr)
Word count: 828 words

Les études de grande qualité sur Callimaque et la réception de la poésie hellénistique par les poètes de langue latine se multiplient, permettant une meilleure compréhension des phénomènes intertextuels qui sont au coeur de la création poétique. Le livre de Heather van Tress est une contribution importante à l'analyse de l'allusion chez Callimaque et Ovide.

Ce livre se compose de six chapitres. Le chapitre I, p. 1-23, constitue une introduction à la méthode déployée pour étudier la nature callimachéenne des Métamorphoses d'Ovide, et plus largement, ce que Heather van Tress (HvT ci-après) appelle le callimachéisme. La poétique d'Ovide et celle de Callimaque sont étudiées sous l'angle de la technique allusive. Les principales théories sur l'allusion qui ont été mises en oeuvre dans le champ de la recherche philologique sur les poètes hellénistiques et latins sont méthodiquement exposées. L'analyse développée par Conte est adoptée par HvT qui la juge la plus systématique. Les allusions sont classées en deux catégories: les allusions intégratives et les allusions réflexives. Une modification est cependant apportée à l'approche de Conte par HvT: cette dernière ne distingue pas l'intention auctorielle de l'intention textuelle. Un tel effort de clarté méthodologique fait d'autant plus regretter la brièveté des premières lignes du texte, où HvT s'efforce de définir la poétique de Callimaque en 16 lignes.

Le chapitre II, p. 24-71, présente une étude de deux termes programmatiques du prologue des Aitia, διηνεκές et λεπτός, et du prologue des Métamorphoses, perpetuum carmen et deductum. HvT démontre de façon très convaincante que διηνεκές ne renvoie pas au genre épique mais plutôt à un récit narratif et linéaire, un type de récit que certains personnages homériques refusent précisément de faire. Le poète alexandrin se réfèrerait alors au jugement poétique exprimé par les poèmes homériques pour répondre à ses détracteurs. A travers le terme λεπτός HvT décèle des allusions à Homère, Euripide et Aristophane qui induisent à le traduire par "subtil", "ciselé". Dans le "perpetuum carmen deducere" du prologue des Métamorphoses se mêleraient les voix poétiques contradictoires de Callimaque (le poème finement ciselé) et de Virgile (un poème narratif détaillé). L'histoire de l'interprétation du prologue des Aitia (p. 26 et sqq.) souffre de carences bibliographiques importantes. Il est très surprenant de ne pas voir figurer, en note ou dans la bibliographie générale, l'édition fondamentale de G. Massimilla.1 Certaines études, plus ponctuelles mais néanmoins importantes, sont omises. J'en citerai deux en raison de leur intérêt pour la compréhension des allusions dans le prologue des Aitia: les articles de J. G. Montes Cala2 et de B. Acosta-Hughes et S. Stephens.3

Le chapitre III, p. 73-110, explore les modes d'allusion à l'oeuvre dans l'Hymne V de Callimaque et dans le livre III des Métamorphoses, à travers les histoires d'Actéon et de Tirésias. Ovide révèle sa lecture de la composition en parallèle des personnages d'Actéon et de Tirésias chez Callimaque et authentifie ainsi sa propre version du mythe. Callimaque ne fait pas allusion à ses sources, mais aux poèmes homériques, attirant par là l'attention de ses lecteurs sur la construction de ses personnages et tout particulièrement d'Athéna.

Le corpus analysé dans le chap. IV, p. 111-159, comprend l'Hymne IV de Callimaque et des passages du livre VI des Métamorphoses. Callimaque a donné à son poème des traits spécifiques du genre hymnique afin de le rattacher à ce genre. Dans un même temps il différencie sa propre version des récits racontés dans l'Hymne homérique à Apollon et chez Pindare. Ces variations sont placées dans la bouche de personnages -- des divinités par exemple -- qui leur confèrent autorité. Ovide use d'une technique similaire qui révèle des mécanismes de composition et l'usage de genres différents au sein d'un même poème.

Le chap. V, p. 160-190, s'intéresse aux relations entre allusions et genres à travers l'histoire d'Erysichthon racontée par Callimaque dans l'Hymne à Déméter et par Ovide au livre VIII des Métamorphoses. Etudiant les allusions aux poèmes homériques et hésiodiques chez Callimaque et au genre épique (Homère et Virgile) chez Ovide, HvT souligne leur rôle de déstabilisation de la notion de genre poétique. Cependant HvT a omis un élément essentiel du corpus. En effet, l'histoire d'Erysichthon doit être mise en relation avec celle racontée par Phinée fils d'Agénor chez Apollonios de Rhodes, Argonautiques II 468-489. HvT signale bien le parallèle entre les deux récits, p. 167, mais semble totalement méconnaître la bibliographie existante. L'intégration au dossier de cette pièce aurait cependant permis une analyse plus fine du caractère métapoétique de ces récits chez Callimaque, Apollonios et Ovide. Sur ce point je ne peux que renvoyer à la remarquable étude de J. Murray.4

Ce livre est d'un grand intérêt pour la compréhension des poétiques de Callimaque et d'Ovide. En effet, l'angle d'approche est particulièrement judicieux, puisque l'allusion qui se décline selon de multiples modalités est au coeur de la création poétique. Cependant le spécialiste de Callimaque et de la poésie hellénistique pourra déplorer l'omission de plusieurs références bibliographiques dont la prise en compte aurait permis à HvT d'approfondir ses analyses.


Notes:


1.   G. Massimilla, Callimaco I-II, Pise, 1996.
2.   J. G. Montes-Cala, Demeter Thesmophoros y estilo leptos en Callimaco, Excerpta Philologica II, 1992, p. 29-42.
3.   B. Acosta-Hughes et S. Stephens, Rereading Callimachus' Aetia Fragment 1, Classical Philology 97, 2003, p. 238-255.
4.   J. Murray, The Metamorphoses of Erysichthon: Callimachus, Apollonius, and Ovid, in Callimachus II, Hellenistica Groningana VII, ed. M. A. Harder, R. F. Regtuit, G. C. Wakker, Peeters, 2004, p. 207-242.

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