BMCR 2020.10.62

Babrius. Fabeln

, Babrius. Fabeln. Sammlung Tusculum. Berlin; Boston: De Gruyter, 2019. Pp. 230. ISBN 9783110621655 €39,95.

Preview

Ce petit volume de la collection Tusculum met heureusement à disposition d’un large public le recueil de Fables de Babrios dont l’importance ne doit pas être négligée dans l’histoire du genre de la fable. Il est constitué d’une longue introduction dont l’intégralité peut être consultée dans le Preview, du texte des 2 prologues (livres 1 et 2) et de 144 fables avec leur traduction en allemand et de quelques brèves mais importantes annexes : liste des différences de texte avec l’édition de référence de Maria Jagoda Luzzatto et Antonius La Penna publiée à Leipzig en 1986 dans la collection « Bibliotheca Teubneriana »; des notes d’explication indispensables à la compréhension des textes qui fournissent notamment les différentes versions pour chaque fable chez les auteurs anciens, médiévaux et modernes; une bibliographie réduite (qu’on pourra compléter par celle donnée, en 2018, par l’auteur sur son site niklasholzberg.com et qu’on pourra compléter par la thèse de Chloé Laruelle, soutenue à Bordeaux en 2017 et appelée à constituer un volume de la Collection des Universités de France aux Belles Lettres dans un délai qu’on espère aussi bref que possible); un lexique des mots grecs transcrits (noms propres et concepts) qui pourraient arrêter la lecture du grand public; un index des fables à partir de leur personnage principal.

A la différence de ce qu’il avait fait pour le recueil de Phèdre en 2018, Niklas Holzberg fait le choix de donner une traduction en prose (l’allemand n’étant pas adapté selon lui au choliambe employé par le poète) pour rendre la langue de Babrios aussi fidèlement que possible et permettre ainsi au lecteur non spécialiste ou non helléniste d’accéder au mieux au texte du fabuliste. De fait, la traduction se laisse lire aisément et le grand public saura prendre plaisir à la lecture de ces récits dynamiques et enlevés. Malgré sa dimension de relative vulgarisation, ce volume n’hésite pas à apporter au lecteur des données importantes pour situer ce recueil encore trop mal connu. Niklas Holzberg rapporte en effet les données essentielles de l’histoire de ce texte redécouvert récemment puisqu’il n’a été publié qu’en 1844 après sa découverte deux ans plus tôt dans un monastère du mont Athos. Le texte transmis, dans un état très défectueux, a donné lieu à un important travail de reconstruction de la part des philologues jusqu’à l’étude de John Vaio sur l’histoire du texte de Babrios en 2001. L’auteur rappelle les données essentielles des témoins directs ou indirects (par ex. les lexiques byzantins), en faisant le choix raisonnable de laisser de côté les témoins en prose qui viennent compliquer l’histoire chaotique de l’édition de ce texte, ce qui est un lot assez commun pour le genre populaire de la fable.

Niklas Holzberg donne par ailleurs quelques indications importantes sur l’auteur Babrios et sur la structuration du recueil qui se présente dans un ordre alphabétique, les rédacteurs n’ayant sans doute pas perçu l’organisation initiale donnée par le poète à sa collection. Il montre que des liens verbaux intéressants apparaissent entre différentes fables, même si un travail complet reste à faire sur l’architecture de l’ensemble. Il étudie aussi à partir de quelques exemples précis la technique narrative du poète, en la comparant quand c’est possible aux récits en prose attribués à Esope. Il met en évidence certains liens intertextuels avec d’autres auteurs (Xénophon, Plutarque…) et s’interroge avec finesse et acribie, à la lumière des deux prologues,  sur la conception que Babrios pouvait avoir du genre fabulaire, avec l’exemple « à la limite » de la fable 95 qui, avec ses 101 vers, se rapproche par le style et la structure narrative d’un epyllion.

L’introduction s’achève par un survol de la réception de Babrios dans la littérature ultérieure, notamment chez Avianus au Ve siècle de notre ère, chez Hans Sachs et Jean de La Fontaine dans la littérature occidentale moderne. Ce volume permettra donc un accès aisé à un large public de cet ensemble poétique important pour l’histoire de la fable, un genre qui traverse les cultures et les âges, sans être inutile aux hellénistes encore peu familiers de ce fabuliste de l’époque impériale. L’auteur a fait des choix raisonnables dans la présentation et l’édition de ce texte qui est extrêmement complexe ; il n’était assurément pas possible de rendre compte ici de l’instabilité de la tradition, même si c’est au détriment parfois de l’exactitude des données (à titre d’exemple, les différences de texte pour le prologue du livre 1 entre le manuscrit A (Lond. Add. 22087) et le P. Bouriant I, sont telles qu’il faudrait plutôt éditer les deux versions successivement). La clarté du propos et des choix montre en tout cas une grande familiarité de Niklas Holzberg avec ce recueil qu’il sert avec efficacité et perspicacité. On ne peut qu’espérer que cette édition sera suivie par d’autres et par des études poussées que mérite cet auteur encore mal connu.