BMCR 2020.06.17

The Great Oasis of Egypt: the Kharga and Dakhla oases in antiquity

, , The Great Oasis of Egypt: the Kharga and Dakhla oases in antiquity. . Cambridge: Cambridge University Press, 2019. 400 p.. ISBN 9781108482165 $120.00.

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L’importance des oasis au sein des déserts est indéniable. Les oasis d’Égypte ne font pas exception. Deux d’entre elles, celles de Kharga et de Dakhla, dans la Grande Oasis, ont retenu plus particulièrement l’attention de chercheurs réunis dans un projet commun mené par les universités de Limoges, Poitiers et New York University. Ces chercheurs utilisent avant tout les résultats des fouilles archéologiques menées sur les sites de El-Deir dans l’oasis de Kharga et d’Amheida (ancienne Trimithis) dans l’oasis de Dakhla. Ils ne négligent toutefois pas les connaissances glanées sur d’autres sites lorsque celles-ci sont utiles à leurs travaux. Les résultats de ces diverses recherches sont présentés dans le volume recensé qui ne se veut pas une synthèse générale sur les oasis. Celle-ci demanderait l’intervention d’un plus grand nombre de contributeurs et la prise en compte de travaux réalisés sur bien d’autres sites archéologiques.

Si l’on cherche des lignes directrices au volume, on s’aperçoit que les auteurs ont abordé l’étude de la Grande Oasis en gardant deux questions à l’esprit. La première est celle de la définition du paysage de l’oasis et de sa dynamique propre, articulant les contraintes environnementales et les réponses humaines dans la longue durée (en français dans le texte). La seconde question porte sur l’insertion de l’oasis dans un réseau plus large et sur la connectivité inévitable des communautés de l’oasis qui impliquent des modèles économiques spécifiques et la gestion de la circulation à travers le désert. Caractérisée à la fois par un isolement extrême et une connectivité de grande ampleur, la Grand Oasis développe une « idiosyncratie culturelle » (Kasper) et, en même temps, s’ouvre aux influences étrangères.

Si l’on envisage les choses de manière plus analytique, le livre étudie nombre de sujets. Dans une oasis, l’eau est primordiale. La géologie des oasis de Kharga et Dakhla n’est pas uniforme, ce qui entraîne une exploitation de l’eau par l’homme différente d’un endroit à l’autre (Bravard). Les ressources en eau sont assurées par des sources artésiennes et des puits prenant l’eau dans des nappes aquifères (Bravard, Ast). La population de la Grande Oasis était considérée comme étrangère par les Égyptiens de la vallée du Nil. Or, elle est de type méditerranéen, comme l’est la population de la vallée. Les pathologies qui la frappent peuvent parfois être mises en relation avec le mode de vie dans les oasis. Ainsi, l’abrasion dentaire est due à la quantité de sable qui reste dans les aliments. Mais les maladies ne différent pas de celles que l’on trouve dans la vallée du Nil (Dunand et Lichtenberg). Trimithis est la seule cité de l’Égypte romaine tardive pour laquelle on peut retrouver une grande partie du plan urbain. Mais, même le réseau des rues n’est pas parfaitement visible. C’est dire la difficulté qu’il y a de se livrer à une étude correcte de son urbanisme (Davoli). Hibis est le centre administratif de la Grande Oasis. Mais d’autres cités, Môthis et Trimithis, se développent à l’époque romaine quand la Grande Oasis constitue une seule unité administrative sous l’autorité d’un stratège (Bagnall et Tallet). L’importance des oasis implique un contrôle de l’État sur elles et sur les voies d’accès vers elles, même si les historiens ne sont pas d’accord sur l’ampleur de la présence militaire. Soldats et civils semblent vivre en bonne entente dans les oasis. Plusieurs documents informent sur l’approvisionnement de l’armée en biens divers. Animaux et denrées agricoles sont produits par des agriculteurs dont certains possèdent de grands domaines au IVe s. (Ast). Les habitants des oasis ne vivent pas en totale autarcie. Il faut donc des routes pour relier les oasis entre elles et avec la vallée du Nil. S. Ikram décrit les routes qui relient El-Deir et Amheida. Les routes du désert sont protégées par des forts, car elles ont une importance économique pour l’Égypte. Les relations commerciales sont éclairées par l’étude de la céramique. La production de poterie est de manière écrasante une production locale. Mais on trouve aussi de la fine vaisselle d’Afrique du Nord et des amphores de la vallée du Nil et d’ailleurs qui attestent l’existence d’un mouvement d’importation tandis que les poteries locales servent à l’exportation du vin et de l’huile. L’ocre et l’alun sont aussi exportés (Ballet, Caputo, Soto Marin). Tous ces produits peuvent être taxés. Ainsi, du Ve s. av. n. è. au Ier s. de n. è., l’huile à lampe destinée aux temples de Kharga est frappée d’une taxe (Agut-Labordère). Dans le réseau d’échanges, El-Deir occupe une position-clé. C’est là que se rencontrent les produits allant vers la vallée et ceux venant de la vallée (Chevalier). En matière de religion, on relève une forte attraction pour le dieu du désert, Seth. Mais les aspects négatifs liés à Seth dans la vallée n’apparaissent pas dans la Grande Oasis. Un clergé de Seth « seigneur de l’oasis » est bien attesté de même que des temples qui lui sont consacrés. Dans les cimetières de Kharga et Dakhla, les croyances et pratiques funéraires sont égyptiennes jusqu’au IIIe s. Un nouveau type de pratiques funéraires apparaît pendant le IVe s., sans doute sous l’influence du christianisme. Mais les chrétiens ne désavouent pas totalement leurs ancêtres païens : on trouve ainsi dans une tombe à El-Deir le corps momifié d’un enfant dans un cercueil décoré de motifs d’Anubis et Khepri. Les textiles funéraires d’El-Deir sont aussi pris en compte dans cette étude  (Dunand et Letellier-Willemin). Pour étudier l’éducation et la culture littéraire, R. Cribiore a fait appel au matériel papyrologique de Kellis et au matériel archéologique d’Amheida/Trimithis où l’on a trouvé une classe destinée à l’enseignement supérieur comme le montrent les textes littéraires que les étudiants ont écrits sur les murs. Ceux-ci sont préparés pour servir de tableau ! En matière d’éducation et de culture, les habitants des oasis n’ont rien à envier, semble-t-il, à ceux de la vallée du Nil. La région de Dakhla a donné plusieurs surfaces murales peintes presque complètes. Les magnifiques peintures murales découvertes dans la maison de Serenos à Amheida, une habitation datée du IVe s en font partie. Importantes aussi les peintures inspirées par l’Ancien et le Nouveau Testament qui se trouvent dans les chapelles de la nécropole de Bagawat (oasis de Kharga, IVe-VIIIe s. environ). Le style classique, avec des influences locales, l’emporte sur les traditions pharaoniques (McFadden).

L’ensemble du livre montre très bien que, de l’époque pharaonique à la période proto-byzantine, les oasis de Kharga et Dakhla, comme toutes les oasis, ne sont pas des entités repliées sur elles-mêmes. Elles disposent de ressources qui leur permettent de satisfaire plusieurs des besoins de leur population, mais pas tous. Elles doivent alors entrer en contact avec le reste de l’Égypte d’où d’importantes relations d’import-export. La lecture de ce livre — dont chaque chapitre est le fruit du travail des meilleurs connaisseurs de la question traitée — permet de mieux comprendre le fonctionnement des oasis.

Auteurs et titres

1. Introduction – Roger S. Bagnall and Gaëlle Tallet
Part I. Living in the Oasis : Human and the Environment
2. Water Ressources and Irrigation in Two Oases of the Western Desert of Egypt : Kharga and Dakhla – Jean-Paul Bravard
3. The Ancient Population of the Kargha Oasis – Françoise Dunand and Roger Lichtenberg
4. Trimithis : A Case Study of Proto-Byzantine Urbanism – Paola Davoli
Part II. Managing the Oasis
5. The Great Oasis : An Administrative Entity from Pharaonic Times to Roman Times – Roger S. Bagnall and Gaëlle Tallet
6. Land and Resource Administration : Farmers, Managers, and Soldiers in the Great Oasis – Rodney Ast
7. What Remains in the Hands of the Gods : Taxation in Kharga Oasis through the Demotic Ostraca (Fifth Century BC to First Century AD – Damien Agut-Labordère
Part III. Trade and Mobility in a Connected Environment
8. The Horth Kharga Oasis Darb Ain Amur Survey (NKODAAS) : Surveying the Tracks between the Two Oases – Salima Ikram
9. And the Potsherds ? Some Avenues of Reflection and Synthesis on the Pottery of the Great Oasis – Pascale Ballet
10. Egyptian and Imported Amphoras at Amheida – Clementia Caputo
11. Kegs from Amheida – Irene Soto Marín
12. El-Deir as a Switching Point – Yaël Chevalier
Part IV. An Oasis Culture ?
13. Temple Building on the Egyptian Margins : The Geopolitical Issues behind Seti II and Ramesses IX’s Activity at Amheida – Olaf E. Kaper
14. Funerary Practices in the Great Oasis during Antiquity – Françoise Dunand and Fleur Letellier-Willemin
15. Was There an Interest in Literary Culture in the Great Oasis ? Some Answers – Raffaella Cribiore
16. The House of Serenos and Wall Painting in the Western Oases – Susanna McFadden