Bryn Mawr Classical Review

BMCR 2018.09.46 on the BMCR blog

Bryn Mawr Classical Review 2018.09.46

Giovanni Alberto Cecconi, Andrea Raggi, Eleonora Salomone Gaggero (ed.), Epigrafia e società dell’Etruria romana. Atti del Convegno di Firenze, 23-24 ottobre 2015​.   Roma:  Edizioni Quasar, 2017.  Pp. 286.  ISBN 9788871407722.  €28.00 (pb).  


Reviewed by Philippe Mauget, Institut Ausonius (UMR 5607 CNRS / Université Bordeaux Montaigne​) (p.mauget@wanadoo.fr ; philippe.mauget@u-bordeaux-montaigne.fr)

[Authors and titles are listed at the end of the review.]

Cette publication, dirigée par G.A. Cecconi, A. Raggi et E. Salomone Gaggero et parue en 2017 chez les réputées Edizioni Quasar de Rome, rassemble les actes du congrès qui s’est tenu à Florence les 23 et 24 octobre 2015. La découverte continue de nouvelles inscriptions nécessitait en effet une mise au point sur les recherches en cours relatives à la population et à la société de nombreuses cités d’Etrurie à l’époque romaine. Les problématiques abordées dans cet ouvrage l’ont été dans une connexion étroite avec le projet 2010-2011 Colonie e municipi dell’Italia romana nell’éra digitale et la réalisation de la banque de données épigraphiques italienne en ligne Epigraphic Database Roma (EDR, au sein du projet EAGLE), comme l’explique G.A. Cecconi (p. 27-33). S. Orlandi propose d’ailleurs un état des lieux des avancées récentes et des travaux à venir relatifs à cette database (p. 15-26).

Concernant l’Etrurie septentrionale, deux communications viennent compléter la vaste bibliographie existant déjà sur Luna. Dans la continuité des travaux épigraphiques de M.G. Angeli Bertinelli, E. Salomone Gaggero propose tout d’abord une importante et méthodique mise à jour des structures politiques et administratives de cette cité en se fondant principalement sur les inscriptions publiées récemment ou tout simplement encore inédites bien que recueillies dans les années 1970 (p. 35-56). Parmi les nouveaux textes, citons notamment ceux qui mentionnent de nouveaux duouiri, venant s’ajouter à la longue liste de magistrats municipaux déjà connus. Ces membres de l’élite civique sont malheureusement presque tous anonymes mais l’itération du duovirat relatée dans la pierre fait assurément d’eux des hommes de tout premier plan. L’un d’entre eux le fut d’ailleurs trois fois avant de devenir augure et de se diriger vers la carrière équestre. F. Frasson propose ensuite l’édition complète et révisée d’une inscription votive fragmentaire dédiée au Genius plebis à Luna, probablement entre la moitié du IIe et le premier quart du IIIe s. p.C. (p. 57-73). L’extrême rareté d’une telle dédicace, attestée seulement à deux reprises dans le monde romain, permet à l’a. de revenir sur les occurrences connues et de comparer très pertinemment les contextes dans lesquels furent gravées ces inscriptions. L’interrogation majeure réside donc dans la définition de cette plebs concernée par le Genius protecteur. Au regard du contexte local, l’a. cherche à démontrer que ce vocable pourrait concerner le populus de la cité, c’est-à-dire l’ensemble de la population de la colonie de Luna.

À propos de la cité voisine de Pise, S. Segenni propose un focus sur la société municipale de Pise à l’époque romaine à travers les inscriptions (p. 75-88). L’a. s’intéresse principalement à la classe dirigeante de la cité à l’époque augustéenne à travers l’étude de deux décrets mentionnant notamment la liste des décurions. Une étude onomastique très détaillée retrace justement l’importance de chaque gens au sein de la cité et plus largement au niveau de la regio VII elle-même. L’a. engage par ailleurs une problématique bienvenue sur la continuité gentilice des familles dirigeantes aux différentes phases institutionnelles de la ciuitas, de la Guerre sociale au municipe et jusqu’au IIe s. p.C. Le rôle de l’ordo populusque Pisanus et de la plebs Pisanorum n’est toutefois pas oublié, puisque l’a. présente également deux textes récents mais fragmentaires, de nature honorifique, qui laissent le champ libre à de nombreuses hypothèses, parfois audacieuses, sur l’identité des damnati présents dans ces inscriptions.

C. Gabrielli (p. 117-133) tente de définir les points de convergence entre les deux cités voisines de Florentia et Faesulae et de mettre en avant leur identité propre, par l’épigraphie notamment. L’a., exemples à l’appui, utilise certaines inscriptions pour mettre en évidence l’existence de frontières diffuses entre les deux territoires. Pourtant, sur le plan religieux, l’a. montre aussi une proximité institutionnelle et administrative entre les deux centres politiques, notamment dans le cas du culte d’Isis, bien attesté épigraphiquement dans les deux cités, qui possédaient chacune un temple dédié, mais aussi à l’occasion de la restauration du Capitolium uetus de Faesulae soutenu par Florentia ou par la présence conjointe à la fin du IIe s. d.C. d’un pontificat municipal. Le principal intérêt de cette contribution réside assurément dans le rejet de la thèse souvent admise d’une décadence progressive de Faesulae après la création de la colonie de Florentia à la fin de l’époque républicaine, tant les preuves épigraphiques d’une vitalité conjointe des deux centres abondent. G. Firpo revient sur la partition de la population de la cité d’Arretium après la Guerre sociale en examinant notamment le cas des partisans de Marius touchés par l’ademptio ciuitatis infligée par Sylla (p. 135-146). L’a. passe notamment en revue les différents procès auxquels participa Cicéron sur la question des statuts juridiques liés à cette privation de la pleine citoyenneté et conclut sur la probable inefficacité de cette loi syllanienne jusqu’au recensement de 69/70 a.C., qui marque un retour à la stabilité au sein de la population arrétine.

Pour clore les présentations axées sur le nord de l’Etrurie, G. Caracciolo et G.L. Gregori reviennent sur la remarquable quantité et variété de l’épigraphie relative à la cité de Clusium et nous présentent trois textes inédits de l’ager Clusinus conservés à Chianciano Terme, au nord-ouest du territoire civique antique (p. 147-160). Un autel funéraire du début du IIe s. p.C. mentionne un esclave, uilicus d’une propriété terrienne appartenant à un membre de la gens Sulpicia, dont la présence à Arretium permet de supposer des liens étroits entre les deux cités, par le biais sans doute de la uia Cassia. L’anonyme d’une plaque funéraire fragmentaire de l’époque trajane pourrait quant à lui être un vétéran des légions, devenu curator ueteranorum à son retour dans la cité et chargé sans doute de cette mission civile au sein d’un collège. Le troisième document, plus énigmatique, nous renseigne sur la carrière d’un chevalier dont seul subsiste le cognomen et qui fut tribun militaire de la legio I Italica en Mésie Inférieure avant d’occuper les fonctions de procurateur financier dans la province de Lyonnaise, à une date comprise entre le Ier et le IIe s. p.C. Pour l’a., ces trois inscriptions semblent donc confirmer la présence dans cette partie du territoire clusien de propriétés foncières appartenant à la classe dirigeante locale.

La proximité géographique des cités de l’Etrurie romaine avec la capitale de l’Empire permet inévitablement de poser la question des rapports entretenus au fil des siècles entre ces ciuitates et Rome. C’est de cette thématique que s’est emparée N. Lapini en étudiant les liens de Rome avec Saturnia et Heba, deux centres importants de la Maremme, dès la chute de Volci en 280 a.C. et le contrôle de toute l’Etrurie méridionale par l’Urbs (p. 161-181). L’a. revient ainsi avec précision sur la fondation de ces deux colonies vers la moitié du IIe s. a.C. et le renforcement de liens étroits avec Rome, si l’on en juge par l’importance accrue de l’évergétisme municipal et le nombre des dédicaces honorifiques aux empereurs et à leur famille sous les Julio-Claudiens et les Sévères. A peu de distance vers l’est, c’est la cité de Volsinii qui a motivé la communication de A. Rossi, chargée pour la base EDR des nombreuses notices épigraphiques sur cette cité.1 Là encore, l’étude des inscriptions connues a fait naître une problématique ambitieuse, à savoir l’analyse des liens entretenus entre ce petit municipe et la grande cité de Carthage, principalement aux IIe-IIIe s. p.C. au sein de membres de l’élite et dans le cadre d’une dynamique plus large de contacts entre l’Italie et l’Afrique romaine (p. 183-190). L’exemple le plus probant, analysé par l’a., concerne un sénateur volsinien du milieu du IIe s., proconsul d’Afrique, qui pourrait avoir fait bénéficier la communauté carthaginoise de son influence et de sa protection dans le cadre d’une reconstruction édilitaire à la suite d’un incendie, geste qui aurait induit un hommage lointain à cet homme, dans sa petite patrie. Dans le contexte bien connu de l’héritage étrusque intégré par l’Etrurie romaine, M. Torelli a choisi de nous livrer une enquête prosopographique en abordant de manière complexe et érudite le cas de la defixio de trois membres de la gens sénatoriale romaine des Mamilii, dont le texte, découvert dans la nécropole de la Banditaccia à Caere, est connu depuis 1930 (p. 191-204). La démonstration du maître italien aborde successivement l’histoire de la gens Mamilia, les liens étroits entretenus entre les élites de Rome et de Caere dès le IVe s. a.C. et surtout les raisons du dépôt d’une telle défixion dont l’a. attribue la paternité à l’un des Calpurnii de Caere, en représailles à la chute de leur patron L. Calpurnius Bestia, le consul de 111 a.C. condamné à l’exil suite à la loi anti-corruption de C. Mamilius Limetanus.

E. Benelli fonde son étude sur l’analyse des usages épigraphiques du Ier s. a.C., qui se caractérisent par la survivance de l’écriture étrusque dans l’Etrurie romaine et cible sa démonstration sur trois cités majeures et éclairantes du Nord : Arretium, Clusium et Perusia (p. 205-215). L’a. ne néglige pas les difficultés d’une telle recherche, basée majoritairement sur des inscriptions de nature funéraire souvent difficilement datables. Il revient avec précision sur le cas de Chiusi, déjà bien connu par ses nombreux articles, mais l’exemple de Pérouse, assez brièvement détaillé, montre comment une méthode analytique à la fois onomastique et prosopographique participe à la compréhension de l’interpénétration des langues étrusque et latine dans un microcosme social à l’échelle de la cité. L’a., qui inclut également les contextes archéologiques dans ces phénomènes linguistiques, propose utilement de nombreuses hypothèses expliquant la persistance de la langue étrusque, basées notamment sur le niveau social des scripteurs. E. Zuddas revient à son tour sur la praetura Etruriae et le rescrit d’Hispellum qui ont tant fait couler d’encre depuis les travaux désormais lointains de B. Liou en 1969 (p. 217-235). L’a. revient ainsi avec force sur les nombreux courants historiographiques traitant notamment de la simultanéité ou de la succession de la fonction de praetor Etruriae et de celle de coronatus Tusciae et Umbriae ou de la nature civique et religieuse de la magistrature étudiée, sans oublier les hypothèses sur l’identification du lieu d’organisation des ludi de la province au IVe s. à Orvieto ou Bolsena. En fin d’ouvrage, P. Liverani présente enfin la dernière attestation chronologiquement connue de l’ordo Rusellanorum (p. 237-260). Ce texte inédit daté de 305 p.C. nous transporte dans la Rosellae du règne de Constance Chlore, à qui était dédiée la statue autrefois supportée par cette base. Au-delà du simple commentaire de l’inscription, l’a. approfondit longuement le contexte archéologique de la découverte du support inscrit, qui a laissé place à de nombreuses interprétations mais qui semble être plutôt une basilique à deux nefs avec tribunal. L’a. conclut à une certaine vitalité de la Roselle du début du IVe s., à en juger également par l’inscription éditée ici de manière complète et attestant de la restauration à cette époque des termes centraux de l’époque d’Hadrien.

Pour conclure, si l’on excepte l’originale contribution de M.L. Caldelli, A. Raggi et C. Slavich relative à la présence de nombreuses inscriptions d’Ostie dans les cités côtières de l’Etrurie romaine (p. 89-115), l’ensemble des articles présents dans ces Actes permet de dresser un panorama précis, rigoureux et mis à jour des institutions, de la population et de la société de la Regio VII, émanant pour la plupart de grands spécialistes de l’Etrurie étrusco-romaine. Si l’ensemble des cités d’Etrurie n’est pas traité dans cette publication – certaines sans doute par manque de sources suffisantes comme en témoigne N. Lapini pour Suana (p. 162) –, il faut reconnaître de nombreuses qualités à ce projet éditorial, parmi lesquelles la présence de plusieurs inscriptions inédites, accompagnées d’indispensables photographies, ou le vaste arc chronologique considéré dans ces présentations, allant des Etrusques à l’Antiquité tardive. Signalons enfin l’initiative louable des éditeurs de l’ouvrage qui ont permis la communication des adresses électroniques personnelles des participants au congrès, ce qui permettra, soyons-en sûrs, de multiples échanges féconds à l’avenir entre les chercheurs sur l’Etrurie romaine.

Authors and Titles

Premessa
Programma dei lavori
Giulio Ciampoltrini, "Saluti della Soprintendenza Archeologia Toscana"
Silvia Orlandi, "Il progetto EAGLE/EDR: obiettivi iniziali, acquisizioni recenti, prospettive future"
Giovanni Alberto Cecconi, "L’unità fiorentina (EDR-PRIN 2010-2011) e le ricerche sulle comunità dell’Etruria romana"
Eleonora Salomone Gaggero, "Ordo populusque Lunensium : un aggiornamento con documenti editi e inediti"
Federico Frasson, "Il culto del Genius plebis a Luna : un’attestazione epigrafica"
Simonetta Segenni, "La società municipale pisana tra nuove e vecchie iscrizioni"
Maria Letizia Caldelli, Andrea Raggi,, Carlo Slavich, "La dispersione delle iscrizioni ostiensi sulle coste tirreniche"
Chantal Gabrielli, "I rapporti fra Florentia e Faesulae in età imperiale"
Giulio Firpo, "Epigrafia e società ad Arretium in età tardo repubblicana"
Giuliano Caracciolo, Gian Luca Gregori, "Epigrafia e storia del territorio. Inediti dall’ager Clusinus nel Museo Civico Archeologico delle Acque di Chianciano Terme"
Novella Lapini, "I rapporti di Roma con due centri di spicco della Maremma : Saturnia e Heba"
Alice Rossi, "Da Volsinii a Carthago : sulle tracce dei legami tra un piccolo municipio e una grande città dell’impero"
Mario Torelli, "Prosopografia etrusca, prosopografia romana. Il caso della defixio di Mamilius Limetanus da Caere"
Enrico Benelli, "Epigrafia etrusca nell’Etruria romana"
Enrico Zuddas, "La praetura Etruriae tardoantica"
Paolo Liverani, "Roselle tardoantica e l’ultima attestazione dell’ordo Rusellanorum"
Gianfranco Paci, Conclusioni
Indici analitici (a cura di Federico Frasson)
Fonti
Fonti di tradizione manoscritta
Fonti epigrafiche
Fonti numismatiche
Nomi
Nomi di persona
Nomi geografici
Soggetti e termini notevoli

Notes:


1.   A noter la publication prochaine du Corpus des inscriptions latines de Volsinii par le recenseur même.

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